‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 68 sur 146 · TROISIÈME CONCLAVE D'AVIGNON · texte numérisé non relu

TROISIÈME CONCLAVE D'AVIGNON

« l’effraye; mais, comme un lion généreux, il est incapa- « ble de terreur quand il s'agit du bien de l’Église (1).»

Si les cardinaux avaient voulu complètement la réforme somptuaire de la cour romaine, le discours du cardinal de Talleyrand, bien loin de les dégoûter de Jean Birel, les aurait au contraire confirmés dans leur choix. La promptitude avec laquelle ils renoncèrent au saint religieux donnerait à penser que leurs projets de réforme étaient circonscrits dans certaines limites, et qu’ils craignaient de dépasser leur but. Pour une fin louable sans doute, mais dont il est malaisé de pénétrer les motifs, un certain nombre d’entre eux, aussitôt après avoir rejeté leur premier candidat, rédigèrent une sorte de compromis dont ils signèrent et jurèrent tous l’exécution. D’après ce compromis, le nombre absolu des cardinaux était fixé à vingt ; le pape ne pouvait en nommer de nouveaux avant que le nombre des anciens fût réduit à seize; le pape ne pouvait nommer les cardinaux, les déposer, les frapper d’anatbème, leur ôter le droit de voter, que du consentement du Sacré Collège. En outre, le même consentement du Sacré Collège était nécessaire au pape pour donner à fief ou à bail, ou de quelque manière que ce fût, les provinces villes, forteresses de l’Église romaine, pour nommer et destituer les grands officiers de la cour romaine, Tout parent ou allié du pape était par là môme exclu des charges de maréchal de cour ou de gouverneur des domaines ecclésiastiques. Le pape futur devait, le jour même de son élévation, ratifier ces engagements. Si un tel compromis eût pu devenir la loi suprême du chef de l’Église, le pape aurait bien pu encore être entouré de toutes les magnificences

(I) Pétri Dorlnndi Chron. Cartiiusiensc, 1. IV, c. xxn. — Brevis Historia ordinis Cortaiis.. ap. Martene et Durand, Vêler, script. Collccl., t. VI, p. t87.

HISTOIRE DE LA PArAUTÊ, LIV. IX.

pontificales, sa dignité aurait pu être encore l’objet de la vénération des peuples ; niais, dans le fait, il n’aurait été qu’un fantôme; le Sacré Collège eût régné. Les esprits les plus sages du conclave sentirent combien la Papauté allait être énervée par cet engagement. Mais, comme dans le moment ils ne pouvaient résister aux circonstances, ils se réservèrent le droit de les renier en ajoutant à leur serment la formule suivante : « si l'acte est conforme au droit (1).» Cet engagement survécut ;i peine au conclave qui l'avait produit.

Jean Bircl devenu impossible, les cardinaux se replièrent sur eux-mêmes, et la cabale aurait été capable de retarder indéfiniment l’élection du pape si la nouvelle ne se fût tout à coup répandue que le roi de France se rendait à grandes journées à Avignon pour faire passer une de ses créatures. Les cardinaux, redoutant que la présence du monarque ne gênât la liberté du conclave, se bâtèrent de prévenir son arrivée en réunissant leurs suffrages sur le cardinal d’Ostie, Étienne Aubert, qui prit le nom d’innocent VI. Comme son prédécesseur, le nouveau pontife était Limousin. Il avait vu le jour dans un petit village appelé .Mont, annexé à la paroisse de Beyssaç, près du cbàtcau de Pompadour. Au dix-septième siècle, on montrait encore une ruine (|ue les habitants du pays nommaient la maison du pape Innocent VI. La tradition attribue à ce pontife la construction de l’église de Beyssac. L’architecture de l’édifice est, en effet, dans le style de l’époque, et l’on voit à la voûte les armes d'innocent (2). Les noms de ses parents sont à peu près inconnus; il fut la seule illustration de sa famille, quiretomba dans l’obscurité après lui. La première

(t) Raynald, ann. tSSa, n"26. — Alii si jure nilerenlur, jurejuraiulo adjunxenint. (N° 27.)

(2) Baluze, Vilae paparum, I. I. p. 9t8.

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