‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 70 sur 146 · LÉGATION DU CARDINAL ALBORNOZ · texte numérisé non relu

LÉGATION DU CARDINAL ALBORNOZ

Thérèse de Luna, comptait parmi ses ancêtres un roi d’Aragon. De bonne heure, Garcia Âlbornoz envoya son fils à Toulouse pour y étudier, et le travail assidu du jeune élève, joint è ses heureuses dispositions, lui fit faire <le rapides progrès dans les sciences (1). Cependant, à travers les succès littéraires du jeune élève, perçaient déjà des goûts militaires qui se développèrent bientôt avec éclat. Devenu chevalier, il gagna par sa valeur les éperons d’or. Don .Alphonse XI, juste appréciateur du mérite, se l’attacha étroitement, et le fit conseiller d’État et son porte-étendard (2), ce qui ne l’empêcha pas toutefois de devenir archidiacre de Calatrava, et, peu de temps après, en 1337, à la mort de don Ximenès de Luna, archevêque de Tolède, d'être choisi par le chapitre de cette église pour remplacer ce prélat (3). Don .Alphonse, qui ne pouvait se passer des talents d’Alhornoz pour la guerre, l’emmena avec lui, en 1340, dans sa célèbre campagne d’Andalousie contre les Maures d’Afrique. 11 assista à la bataille de Salado, dite de Tarifa, où il contribua si puissamment à la victoire en dirigeant par ses sages conseils la valeur impétueuse du monarque castillan, qui voulut être armé chevalier de sa main (4). Il dirigea ensuite le siège d’Aigésiras, après l’avoir préparé par d’habiles négociations, et partagea la gloire de la reddition de cette place.

Biais le grand .Alphonse étant mort, le crédit d’Alhornoz diminua rapidement sous le règne de Pierre le Cruel. C’é-

(1) Sepulveda, Renim gestariiin Alboruotii, l. 1, u" 1. — Lescalf, Vie du grand cardinal Albornoz, 1. 1, p. 2 et 4. — Duverdicr, Hist. des cardinaux illustres, in-4°, Paris, 1055, p. 218.

(2) nistoriæ romanœ Fragmenta, ap. Muratori, Antniuilates italic» raedii ævi, t. III, l. III, c. v.

(5) Lescale, 1. 1, p. 5.

(4) Id., I. I, p. 8 et 10. — Sepulv., 1. I, n" 1 . — Duverdier, Hist. des cardinaux illustres, p. 220.

niSTülilE DE LA PAPAUTÉ, LIV. IX.

laicnl des conseillers libertins, sanguinaires, et non des ministres sages, qu'il fallait à un prince qui lit mourir la femme la plus accomplie de son siècle pour mettre à sa place une misérable concubine, à un prince qui fut le bourreau de .ses sujets. De généreuses observations qu’il osa lui adresser sur .ses excès lui attirèrent la colère de ce tyran ombrageux. Pour lui éviter un Crime de plus, .\1bornoz quitta l’Espagne et vint clierclier à Avignon un asile à l’ombre du trône apostolique. Sa réputation l y avait précédé, et Clément VI le lit cardinal du titre de Saint-Clément, dans sa promotion du 17 décembre lôôll. Il résigna alors son archevêché de Tolède, disant que s’il conservait cette église, où il ne résidait point, il serait tout aussi blâmable que le roi Pierre en retenant Padilla du vivant de son épouse légitime (1).

Jusque-là, /Egidius Albornoz n’avait fait que préludera sa destinée; la carrière où elle devait s'accomplir allait commencer avec sa légation. Nous le verrons pendant quinze ans déployer sur le théâtre de l’Italie la profondeur des desseins avec la rapidité de l’exécution ; les stratagèmes les plus inconnus de Tari militaire avec les combinaisons les plus savantes de la politique, tout ce que le génie a de ressources dans les situations difficiles, tout ce que l'habileté a de moyens pour profiler des occasions que présente la fortune, enfin l’intrépidité du héros unie à la constance inébranlable du sage. La bulle par laquelle le pape investissait le cardinal de sa mission renfermait les pouvoirs les plus étendus. 11 devait ctoulfer l’hérésie, comprimer la licence, restaurer l’honneur du sacerdoce, relever la majesté du culte divin, imposer silence à la discorde, prêter secours aux malbeu-

(I) Se|iulv., 1. I, n" 2. — Loscale. I. I, p. 27, 28 et 29. — üuvcrdicr. p. 223.

Page 1