‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 71 sur 146 · LÉGATION DU CARDINAL ALBORNOZ · texte numérisé non relu

LÉGATION DU CARDINAL ALBORNOZ

reux et procurer le salut des âmes ; annihiler les alliances, confédérations, ligues, formées contre l’Église romaine; forcer à la restitution les usurpateurs et les injustes di;tenleurs des biens de celle Église ; reslaurer son aiitorilé; faire la guerre et la paix (I). Une mission si large signalait autant la grandeur du mal aucpiel Albornoz devait remédier qu’elle prouvait la confiance d’innocent VI en son légat. Il n’y était fait, il est vrai, qu’une assez vague mention du but principal de la légation d’Albornoz, c’est-à-dire, du recouvrement des provinces ecclésiastiques occupées par les tyrans ; mais jtersonne alors ne se méprit sur les vraies intentions du pape (2).

Pour mettre le cardinal en mesure d’exécuter un projet aussi important, Innocent VI lui donna beaucoup de promt-sses, mais peu de subsides, car le trésor pontilical était épuisé, et parmi toutes les puissances de l’Europe sollicitées de venir au secours de sa détresse pécuniaire, l’AIlemagnc seule répondait à l’appel du Père commun des fidèles (ô). Mais la rare capacité d’Albornoz devait suppléer à tout.

Le légat partit pour l’Italie vers la fin du mois d août de l’année 1.553, sui vide quehiuesfroujæs composées d’aventuriers français, bourguignons, allemands et espagnols, et accompagné de Lopez de Luna, arcbevèipic de Saragossc, et d’Alphonse de Tolède, évêque de Uadajoz, ses amis. Sous sa bannière marchaient don Goniez Albornoz, son neveu, Fernand Blasco et Garcia .Mbornoz, ses parents, tous trois vaillants chevaliers, et qui avaient appris l’art de la guerre

(1) Voir cette bulle a la tilc du Recueil des constitutions ægidiennes, in-fol., Rome, 1545.

(2) Matt. Vill., I. III, c. Lxxxiv. — Baluze, Vitæ paparuin, p. 525, et 5ù8, — Raynald, ex ms. Vatic., ad ami. t5o5, n" 1 .

(5) Sola Alamannia solvit subsidium. (Baluze, Vila-, l. I, p. 5to.)

sous le grand Alphonse XI (I). Il arriva à Milan le 14 sep-, lembre. Giovanni Visconli avait trop de perspicacité pour ne pas entrevoir ce que la mission du cardinal renfermait de dangereux pour lui, dont le Saint-Siège avait tant à se plaindre ; mais il était en même temps trop habile politique pour se poser en adversaire des projets de la cour romaine sans avoir attendu les événements. Il reçut le cardinal comme s’il eût été le plus fidèle allié du Saint-Siège, avec cette politesse qu’il employait à séduire et cette magnificence par laquelle il savait éblouir (2). Non content de lui envoyer un brillant cortège, qui l’accueillit à son entrée sur les terres de Milan, il se porta lui-même à sa rencontre, avec ses trois neveux, jusqu’à deux milles de la capitale. Pendant trois jours que le légat passa à Milan, toute sa suite fut défrayée aux dépens de l'archevêque (5) ; rien ne lui fut refusé, pas même la promesse de coopérer à ses entreprises. Mais, lorsque le cardinal voulut partir, Giovanni Visconti le détourna adroitement de passer par Bologne, représentant que cette route, courant au milieu de contrées occupées par les ennemis qu’il allait combattre, n’était pas sûre pour lui (4).

Ici Albornoz pénétra les défiances de l’archevêque; mais il avait besoin, lui aussi, de ne point froisser un tel homme : il respecta donc ses répugnances pour la roule de Bologne, et, après lui avoir demandé deux de ses conseillers en garantie de sa bonne volonté, il se dirigea jiar Pise vers Florence, oû il arriva le 9 octobre. Les honneurs qui l'attendaient dans cette capitale de la Toscane furent-

(1) Se|mlv., 1. I, n” 5. — Lesc»le, 1. I, p. 38 el 59.

(2) Malt. Vill., l. lit, c. nxjtnr.

(3) De Sade, Mémoires pour la vie dft Pétrarque, (. Ht, 1. V, p. 3t6.

(J) Sepulv., 1. 1 , n"' 6 et 7. — Lcscalc, 1. I , p. <8. — - .Malt. Vill., ubi

supra. — Duverdier, p. 22t.

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