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non moins magnifiques qu’à Milnn^ mais plus sincères, car la cause du légat était aussi celle de la république. Les habitants de Florence le reçurent au bruit de toutes les cloches, en procession, et sous un dais de soie brodée d’or, porld par quatre nobles citoyens. Des provisions abondantes furent prodiguées à sa petite armée, que la seigneurie augmenta de cent cinquante cavaliers (I), Il ne resta que deux jours à Florence ; de là il se rendit à Sienne, où sa présence rallia les différents partis à la cause de l’É- }{lise, et où il grossit encore sa troupe de nouveaux renforts (2). Enfin il atteignit Montefiascone et s’y arrêta pour en réparer les fortifications, voulant faire de cette ville son point d’appui dans l’expédition qu’il allait organiser.
Les députés de Rome vinrent le trouver à Montefiascone; ils sollicitaient un accommodement avec le Saint- Siège (3). En effet, plus que jamais la capitale du monde chrétien était le théâtre des factions. Depuis l’expulsion du tribun, elle avait successivement passé par toutes les phases de l’inconstance populaire. Le gouvernement institué par le cardinal Bertrand de Deux s’était promptement usé. Plusieurs autres dont on essaya après lui n’eurent pas un meilleur succès, et tous les brigandages que Rienzi avait détruits reparurent dans la ville.
Cependant le peuple, poussé à bout, s’émeut, et, guidé par des hommes sages, il s’assemble, le lendemain de Noël I3ü0, dans l’église de Sainte-Marie-Majeure. Après une courte délibération, on conclut que, pour ramener l’ordre, il faut un chef avec une autorité absolue, et, d’une commune voix, on revêt de celte autorité absolue Jean
(1) Sepiilv., 1. l, n“* 8 et 9. — Lcscalc, 1. t, p. S2. — Hatl. Yill., ubi supra.
(2) Scpulv., 1. I, n“ 10. — Lescale, 1. I, p. 54. — üiiYcrdier, p. 224.
(3) Malt. Vill., I. III, c. xci.
CeiToni, simple bourgeois, mais d'une grande réputation d'intégrité. Ce elioix fait, on court au Capitole, où dominait Luca Savelli, on le force à céder la place au nouveau maître. En vain les nobles accourent en armes pour arrêter l’élan du peuple; eux-mème.s sont obligés de reconnaître Cerroni, ijui prèle serment de lidélité au pape entre les mains de son vicaire, Ponzio l’erroto (1),
Ce changement, qui s'était opéré en quelques heures et sans effusion de sang, ramena la tranquillité dans la ville Mais un ordre de choses calme et régulier parut bientôt lieaucoup trop uniforme .à un |)cuple habitué au mouve ment des jiarlis et aux scènes mobiles des révolutions. Il aurait fallu aux ISomains d’alors un chef énergique et ferme pour les façonner à la discipline, et Cerroni était faible; un chef d’une certaine renommée politique pour conserver au pouvoir sa majesté, et Cerroni n’avait (|ue la renommée de la vertu ; enfin un chef guerrier pour com- ])rimer les factions, et Cerroni était l'homme de la paix. Sa considération ne tarda pas à décliner. Les nobles, Luca Savelli en tète, le tournèrent en dérision ; lui-même sentit qu’il devenait impossible. Il résigna le pouvoir a|uès l’avoir tenu vingt mois, et s’enfuit (2). La retraite de Cerroni rendit aux factions toute leur turbulence; le désordre- devint extrême; les partisse divisèrent, se subdivisèrent. Savelli, Orsini, Colonna, confondirent leur haine et leur ambition. On se battit dans lîome, on se battit hors de Rome; tout fut rempli de carnage (é).
Tant de confusion ouvrit enlîn la porte à un dernier tyran, nommé Francesco Baroncelli. Le 14 septembre, il y eut un nouveau soulèvement. Pres<pic tous les nobles
(I) Mail. Vitt., I. 11, c. M.vii.
(•2) l’apetïcordi, ji. 201.
i5) Mail. Vit!., I. It,r. uwiii.
ROME AI'RÈS LA CHUTE DE RIEXZl.
éluient liors de la ville, occupés à se faire la guerre : Baroncelli n’avail pas eu de peine à organiser une conjuration. A la lèle de l’émcule, il s’empare du Capitole, en massacre le gardien, l'aoloFrancolini, et appelle le peuple à la liberté. Le peuple s’assemble à sa voix dans l’église d’Ara-Cffli ; Baroncelli le captive, le séduit, l'entrame par une improvisation éloquente, cl le peuple, à qui Baroncelli retrace son ancien tribun, l’accepte pour dominateur. C’était un homme du peuple, qui avait été naguère envoyé de Bien/i à Florence; on le surnommait lo Srhinri) (I), et il était écrivain du sénat (‘2). Baroncelli revêt aussitôt les insignes de l’autorité suprême, prend le nom de second trihiin et de conml uunnsle de Rome, nomme des magistrats, exerce la justice et ramène quebpies instants l’ordre lé>gal. Ma is, plus inconséquent, plus vain encore que son devancier et son modèle, il passa bien plus vile que lui de la modération du pouvoir aux excès de la tyrannie, et périt dans une émeute populaire [’).
C’était après cette dernière catastrophe que les Romains, las des discordes civiles, se présentaient au cardinal Albornoz. Celui-ci les reçut bien, leur accorda raccommodement (pi’ils demandaient avec sa protection, à la condition qu'ils feraient cause commune avec lui contre les ennemis de i figlise (4), Puis, sur l’ordre du pape, daté du 24 mars lôô4, il institua sénateur pour six mois Guido d'Isola {ô). Par un hasard singulier, pendant que
(t) C’esl-.i-dire l'Esclave.
(2) Papcncordt, )). 293.
(3) Malt. Vill., 1. II, c. Lxxvin. — RayiialJ, anii. <333, n" .3. — Zephirino Rc, p. 274 cl seq. Ce dernier fait tm talileau alTreux de la tyrannie de Raroncclti.
(4) Malt. Vill., 1. lit, c. xci.
(5) .Malt. Vill., loc. cil. — Dalnse. Miscellonea, édit. Mansi, t. III, p. 137.
IIISTOIliE DE LA PAPAL’TÉ, LIV. IX.
les Romains iuipioraienl la proleclion du cardinal contre les abus de la puissance tribuniliennc, ce légal avait prés de lui Cola di Rienzi, l’homme même qui avait inauguré cette puissance. Comment cet aventurier était-il arrivé jusque dans le camp du légat? C’est ce qu’il faut raconter.
Après qu’il eut résigné le pouvoir entre les mains du peuple, Rienzi s’était enfui à Civita-Yccchia, dont la forteresse était entre les mains de son neveu ; mais celui-ci s’étant vu dans la nécessité de la rendre, Rienzi revint à Rome et trouva le moyen de rentrêr dans le château Saint- Ange. De là, il essaya de tenter le peuple par de nouveaux emblèmes : en faisant peindre sur le mur de l’église de Sainte-Madeleine un ange avec les armes de Rome, tenant d’une main une croi-x surmontée d’une colombe, et foulant aux pieds un lion, un dragon, un aspic et un basilic. Le tribun par là annonçait à ses ennemis son rétablissement et sa vengeance. Mais Rienzi étant venu voir cette image trouva qu’on l’avait salie avec de la boue. Perdant aussitôt toute espérance, il quitta Rome pendant la nuit, et se rendit, vers la fin de Janvier, auprès du roi de Hongrie (1). C’était le moment où ce monarque, vainqueur de Jeanne presque sans combat, devenait maître du royaume de Naples, Il dut être d’autant mieux reçu du prince, que la reine vaincue était plus honorablement accueillie à Avignon par le pape. Mais il jouit peu de temps d’une si puissante protection ; la peste qui éclata bientôt à Naples ayant forcé le monarque hongrois à déserter sa nouvelle conquête, une fois de retour dans ses Étals héréditaires, il ne songea plus à Rienzi; et celui-ci, après avoir
(t) Fragnienla, 1. XXU, c. xii. — Papencordt, p. 209. — Chron. Regiense. l. XVIII, p. 60. — Cron. Sanese, id., p. 12t. — RebdortT, p. 459.— Litteræ Clenuntis VI, ap. Raynald , ad ann. 1548, n° 10. — Uisl. Cortus., 1. IX. c. III.