AVENTURES DE RIENZI
en’é quelque temps en divers lieux, s'ennuyant de cette existence vagabonde, revint à Rome dans la dernière moitié de l'année 13V8. Une chronique contemporaine assure qu’il fut alors rétabli dans sa dignité de tribun, et jouit d'une plus grande puissance qu'auparavant (1). 11 serait malaisé d’admettre ce double fait, lorsque tous les autres historiens gardent le silence sur cette prétendue restauration de Rienzi , mais ce qui ne peut être révoqué en doute, ce dont les lettres du pape au cardinal Ànnibal de Ceccano, successeur de Bertrand de Deux,*font foi, c’est que cet aventurier fit jouer tous les ressorts pour recouvrer son ancien titre, et qu’il remplit la ville d’intrigues eide machinations (2).
Le légal ayant fait publier l'ordre qu’il avait reçu de rechercher l’ex-tribun pour en faire bonne justice, celui-ci s'enfuit de nouveau. L’histoire le perd de vue pendant toute l’année 1549 (5), Il était allé chercher un asile au Monte-Majella. Celte portion des Apennins, la plus gigantesque et la plus sauvage de la chaîne, était dans ce tempslà habitée par une foule de religieux franciscains de la stricte observance, reste de cette fraction rebelle qui s’était séparée de l’ordre pour suivre les attraits d’une pauvreté exagérée, et que les anathèmes de Jean XXII avaient frappée avec tant de rigueur. Ces religieux se donnaient le nom de Spirituels, mais on les appelait dans le monde Fratricclles. A ce fimalisme de perfection qui les avait fait condamner par l’Église, les Fratricclles du Monte-Majella
(1) El est tribnnus qui fugalus Tuerai, rcslitutus et potentior quam unquant Tuerai ante Tugam. (llocsem, p. 510.) Ce chroniqueur conTond sans doute les époques. Je m'étonne que Baluze (t. I, p. 887] ait adopté le témoignage si conTus d'IIocsem.
(2) Rayoald, ann. 1348, n° 13.
(3) Tribuuus roipanus non comparai. (Ilocsom, p. 514.)
joignaient les erreurs tle I*ierre-.Tean d’Olive sur le prétemiii règne rie rEspril-Sainl par ramoiir (1), cl soupiraient après ravénenient prochain de cette lieureuse domination, qui devait mellrc fin à tous les désordres et inaugurer la paix, la concorde et la charité. Rienzi a tracé luimènie un tableau inléressanl des nmnirs sévères, de la simplicité, des exercices pieux de ces solitaires (’2). Les visions des Fralricelles, leur vie exagérée, plurent à son imagination naturellement exaltée, et, passant ilc rainour de la girttre au renoncement le plus austère, il se joignit à eux et prit part à tous leurs exercices de pénitence (■>).
idais, après quel»pies mois de celle vie, un des solitaires, nommé Fra Angelo, personn.igc en grande vénération de sainteté parmi les Fralricelles, vint le trouver, l'appela par sou nom, bien que Rienzr ne se fût fait connailrc à per.>ionne, lui dit qu'il avait assez vécu dans la solitude, qu'il devait désormais travailler pour le bien général, lui annonça la régénération du monde par l'Espril-Saint , •ajouta que l'heure de cette régénération était arrivée, que le Seigneur avait jeté les yeux sur lui pour y travailler de concert avec l'empereur élu, cl lui ordonna d'aller trouver Charles IV. Ces dernières jiaroles effrayèrent un peu Rienzi ; car il avait naguère offensé ce monarque en le citant à son tribunal. Mais Fra Angelo lui montra d’autres prophéties où sa destinée passée et future se trouvait prédite. Rienzi n'hésita plus, et son ambition, subitement re-
(I) Voir NalJilis Alpxnnd., Ilist. ccclcs., l. VII, p. 97.
|2) Voir dans Paponcordl celle pince, inédile jusque-là, p. 220.
(5) üio corne Tralricello. gi.mdo pe le iiioiilagiie di .M.ijclla cou roniili e personne di penitenza. (Fragmenta, 1. Il, c. xii.) Dans sa leltre a (’li.irles tV. Cola dit qu'il p.issa Ironie mois parmi ces solitaires {per men.tef trit/mln}. Il faut qu’il y ail là un mensonge, car il est impossible d’accorder avec eel espace de temps les séjours que Rienzi lit à Rome à plusieurs reprises cl la date de son voyage à Prague auprès de (Jliarles IV. -