‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 76 sur 146 · MORT DE RIENZI · texte numérisé non relu

MORT DE RIENZI

montre seul au balcon supérieur du palais. Mais sa main étendue commande en vain le silence ; mais inutilement il s’efforce d’clever la voix au-dessus des rugissements de la multitude furieuse ; on ne lui répond que par de nouveaux cris de mort et une grêle de projectiles lancés sur le balcon ; sa main droite en est blessée, et il se décide à rentrer. Cette tentative infructueuse a troublé ses pensées. Après de longues hésitations, après mille desseins formés et aussitôt abandonnés, il se résout à tenter une fuite au travers de la foule. Déjà le palais était en flammes, la seconde porte était consumée, le fracas de l'émeute se rapprochait de lui, le moindre retard devenait mortel. Alors il se dépouille de son armure, rejette au loin les marques de sa dignité, se coupe la barbe, noircit son visage, se drape d’un vieux manteau de paysan, et charge sa tête d’un matelas, comme l’ayant pillé dans la maison. Ainsi déguisé, il descend, traverse heureusement l’incendie, et se mêle aux flots du peuple, contrefaisant ses manières et répondant dans le dialecte des gens de la campagne aux questions qu’on lui adresse. Tout paraissait sauvé, lorsqu’un homme, apercevant des bracelets d’or qu’il avait oubliés, le saisit par le bras et lui crie : « Où vas-tu (I) ? » Rienzi, déconcerté, se fait connaître. On .s’attroupe, on s’empare de lui, on le traîne au perron du Lion, où il avait fait prononcer tant de sentences capitales. 11 y reste pendant une heure, muet, immobile, dans le honteux costume de son déguisement, exposé aux risées de la multitude. Personne, toutefois, n’osait porter la main sur lui. A la lin, un certain Francesco del Vecchio, dégainant son glaive, le lui plongea tout entier dans le ventre; le notaireTrejo lui fendit la tête; il fut ensuite frappé de mille coups. La populace,

(1) Non gire, dove vai lu?

toujours prête à outrager le jour présent ce qu’elle adorait la veille, insulta son cadavre ; on en livra les restes aux flammes (1).

Ainsi périt Cola di Rienzi. La première période de sa domination sur Rome avait duré sept mois, mêlée de bien et de mal. La seconde fut encore plus courte, et tout entière tyrannique. Rienzi devait tomber pour deux raisons : d'abord parce qu’il voulut remettre en honneur des idées étrangères à celles de son siècle et opposées au caractère de la société au milieu de laquelle il vivait, ensuite parce qu’il était un homme incomplet. Capable de faire une révolution, il ne l’était pas de la diriger; doué d’assez de talent pour s’élever jusqu'à la suprême puissance, il en manquait pour s’y asseoir. Il lui .aurait fallu de la politique, et il n’avait que de 1 instruction ; du courage, et il n’avait que de la témérité ; du caractère, et il n’avait que de la jactance. Le pouvoir lui échappa parce qu’il ne fut pas assez fort pour le retenir. Toutefois, malgré ses erreurs, Rienzi a laissé une trace profonde dans l'histoire, parce qu'il y a eu, en effet, dans son entreprise, quelque chose de libéral et de grand qui la distinguera toujours de ces entreprises vulgaires dans lesquelles des hommes obscurs et corrompus .agitent les masses pour se pousser à la tyrannie.

(I) La Vita. 1. II, c. x*iv.

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