‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 77 sur 146 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

SOMMAIRE

Premières opérations d'Albornoz contre Giovanni di Vico. — Grando compagnie. — Combat de Siinl-I^urcnl. — Prise de Corsidio et de Toscanelln — Cruauté de Vico. — Combat de CastcUaccio. — Siège d'Orvieto. — Soumission de Vico. — Conquête du duché de Spolfle — Invasion de la Marche d'Anrône par le légat.

— Gentilc de Mogliuno. ~ Ligue des tyrans de la marche d'AncAnc et de la Ro« magne. ~ Soumission de Rodolphe de Camerino. ~ Charles IV en Italie. ~ Le legal le visite à Sienne. — Les Malatcsta de Rimini. — Leurdèriilc et leur soumission. ~ Opèntions de rarméc ponliiicalc en Uomagne cl dans le Patrimoine.

Reddition de Santo Archangelo, de Savignano, de Ravenne et de Cervia. ~ Soumission de Rernardino da Polenta. OrdeUffi de Forli. — Sa cruauté. — Eipédiiion de Kcrnaml Rlasco sur le Tronto contre l.i grande com|mgnic. Défaite de Manfredi de Facnz.i. Le légat s’apprête à attaquer Ordelafli. — Préparatifs de ce lyr.in. — Héroïsme de sa ftinme Marzia, chargée de défendre Céséne. — Capilubtion de cette place — Siège de Forli. ~ Rappel d’Albornoz. ~ L’abbé de Cluny, Androin de la Roche, le remplace. — Réception d'Albornoz à Avignon. — Compagnies de France, les Aou/i>r* et les Tard-Venui. — Leurs ravages. — Ils rançonnent Avignon. — Sac de Pont-Sainl-Esprit. — Deuxième légation d’Albornoz en Italie. — Il achète l*éloignemenl de la gnnde compagnie.

— Reddiiioii de Forli. — Tyrannie d Olcggio i ilolognc. — Portrait de Bcmahos, neveu et successeur de Giovanni Visconli. — Ce tyran convoite Bologne.

— Oleggio remet cette fille eiilrc les mains d’Albornoz, — Guerre entre le légal et Rernaboa. — Détresse du légat. — Apparition des Hongrois. — ' Retraite de Bemabos. — Nouvelle détresse du légat. — Il négocie en vain avec le roi de Hongrie. — Succès de Bernabos. — Situation critique do Bologne. — Stratagème du vieux Malatesta en faveur du légat. — Bataille de San RufTello. — Défaite de* Bernabos. — Soumission entière des Imitais de l'Kglise. ~ A faire d'Espagne; Pierre le Cruel. ~ Affaire de France et d’Angleterre. • Négociations infructueuses d’Innoccnt VI pour la paix. — Bataille de Poitiers. — Chagrin d’innocent VI. — Paix de Bréligny. — Affaires d’Allemagne. — Mission de Philippe de Cabassole. — Le bienheureux Pierre Thomas : ses commencements, ses légations en Orient, scs succès contre les Turcs. — Mort d'innocent VI.

Pendant que les révolutions agitaient la ville de Rome, le légat Ægidius Albornoz avait commencé celle longue sé-

rie d’exploits qui rclablirent si glorieusement l’autorité du Saint-Siège dans les Étals de l'Église. Dès qu’il eut mis le pied sur les terres du Patrimoine, les portes de Montefiascone, de Montefeltro. d’Aquapendente, de Bolsena, s’ouvrirent devant lui; mais Trani, Amelia, Narni , Orvieto, Viterhe, Maria et Canino, où dominait le préfet Giovanni di Vico, lui restèrent obstinément fermées. Ce fut avec un douloureux étonnement que le cardinal mesura du regard le faible coin de terre que l’usurpation avait laissé à l’Église (I). 11 fixa son quartier général à Montefiascone. Mais, avant même de faire son entrée dans celte ville, il avait essayé si la voie des négociations ne réussirait point ;'i ramener Giovanni di Vico au parti de la justice, et les deux conseillers de l’arcbevèque Yisconti étaient partis de Sienne pour Vilcriu!. A force do bonnes paroles, ces envoyés déterminèrent le prefello à venir à Monteliascone saluer le légat et s’aboucher avec lui quand il y serait arrivé.

En effet, il y eut à Montefiascone, entre le cardinal et le prefello, une conférence dans laquelle ce dernier, après de longues bésilalions, promit de rendre à l’Église les forteresses qu’il tenait de sa libéralité. Déjà la nouvelle que tout allait se terminer par un accommodement excitait l’allégresse des peuples, lorsque, de retour à On ielo, le prefelto refusa de tenir ses engagements. Toutes les sollicitations pour l’y amener furent inutiles. Alors le légat, déployant le pouvoir de l’Église, frappa Giovanni d’une sentence d’excommunication (‘i).

(1) Lcgatiis paucas adeo civitates et loca, Ecclesiæ subessc videns suminoperc ohstiipuit. (FragmcnUi Ilist. romanæ, ap. Murat., Anliq. italica*. l. lit, c. V.)

(2) Sc'puivcda, 1. I, n“ 10 et 1o. — Lescale, I. I, p. 52 cl 62. — Fragm. llisl. rnman.T, ubi supra. — Malt. Vill., I. lit. c. m. Chron. d’Orvietu, Mural., l. XV. p. 688.

GUEnnE D’ALBORNOZ CONtSe VICO. 237

Mais, pour réduire ce perfide el puissant ennemi à l’obéissance, il falljiit un moyen plus énergique que les censures canoniques, dont se moquait Giovanni. Ici Albornoz se trouvait dans la situation la plus critique. Quoiqu’il eût reçu les milices de Pérouse, de Florence et de Sienne, son armée était bien inférieure à celle du prefetto, surtout en cavalerie, et chaque jôur les désertions l’alTaiblissaient encore, car la disette y régnait. Les subsides qu’innocent VI avait promis n’arrivaient point; et, quoique l’évêque de Badajoz, envoyé à la cour d’Avignon, mît tout en œuvre pour en hâter l'expédition, elle était toujours différée, vu la pénurie du trésor. D’un autre côté, le patriarche d’Aquilée, l'évêque de Todi, et plusieurs autres qui avaient promis des vivres, manquaient à leur parole, et les vaisseaux qui devaient en apporter de Corse et de Sardaigne tombaient aux mains des pirates. Ce fut en vain que le légat essaya d’attirer sous ses drapeaux la compagnie de Montréal; après bien des négociations avec son chef, tout ce qu’il put en obtenir fut qu’elle ne ferait rien contre les intérêts de l'Église.

Ainsi, malgré son foudroyant manifeste, Albornoz se vit contraint de rester derrière les remparts de Montefiascone, au pied desquels le prefetto poussait chaque jour des partis, comme pour insulter à la faiblesse de son adversaire (I).

Déjà plus de trois mois s’étaient écoulés dans cette inaction forcée. Le légat comprenait que, au début d’une expédition comme la sienne, la cause de l’Église était perdue s’il ne frappait un coup vigoureux, et il eut recours au stratagème. A l’époque dont nous écrivons l’histoire, ce

(<) Sepulv., 1. 1, n“ 16 cl 17. — Lcscsle, 1. 1, p. 64, 63 et 66. — Compendio delta guerra memorab., m-4°, Boldgna, 1. 1, c. vi, vu cl scq.

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n’était plus avec des soldats nationaux, intéressés à la conservation et à la gloire de la patrie, que jes Étals d'Italie faisaient la guerre. La même erreur qui avait autrefois perdu Carthage se répétait chez les républiques de la Péninsule pour les perdre à leur tour. Tandis que les citoyens des villes se livraient aux opérations de l’industrie, aux jouissances de la fortune, aux intrigues de la politique, ils confiaient le soin de les défendre à des condottieri, ou aventuriers gagés, qui faisaient une spéculation des batailles, un trafic de leur sang; qui, sans haine et sans affection, servaient toutes les causes, combattaient sous tous les drapeaux. Étrangers sans patrie, et guerriers sans honneur, la solde était l’unique aiguillon de leur courage. Comme leur profession n’avait d’autre but que le gain, on les voyait toujours prêts à quitter le maître qui les payait pour se vendre .à un plus haut enchérisseur. Ainsi, la guerre n’était plus qu’une affaire d’argent, et, quebjue grands que fussent les revers éprouvés sur les champs de bataille, la cause d’un Ét.at n’était jamais perdue tant qu’il était assez riche pour acheter ces milices mercenaires. L’armée de Giovanni di Vico était en grande partie composée de pareils soldats. Il vint à Tesprit du légat de tenter leur cupidité. D’habiles émissaires, à l’aide d’une solde plus forte et de promesses brillantes, réussirent à gagner quelques chefs, et cinq cents cavaliers avec leurs capitaines se détachèrent du prefetto et passèrent sous les drapeaux de l’Église (I ).

Désormais assez fort pour tenir la campagne, le cardinal s’ébranla de Môntefiascone au commencement de mars '1354, et se porta sur Orvieto. Non loin de cette ville se trouvait une église dédiée à saint Laurent, bâtie sur

(1) SepuW., 1. 1, c. XX. — LescJle, 1. I, p. 71 ,

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