‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 79 sur 146 · GUERRE D’ALBORNOZ CONTRE VICO · texte numérisé non relu

GUERRE D’ALBORNOZ CONTRE VICO

Après cette exécution sanglante, le prefetto, croyant sa domination affermie, se prépara à tenter de nouveau la fortune de la guerre. Le légat avait détaché vers Rome Giordano et Fernand Blasco, avec ordre d’y rallier le contingent de cette ville, résolu qu’il était d'attaquer Corneto. Giovanni envoya sur-le-champ, au secours de cette place, Victorio, un de ses meilleurs capitaines, avec cinq cents chevaux. Celui-ci, chemin faisant, forma le projet d’enlever Montefiascone à l’Église.

Il y avait, non loin de Montefiascone, un château du nom de Castellaccio, qui appartenait au prefetto. Victorio appelle à lui le stratagème : il se concerte avec le commandant de Castellaccio, qui écrit confidentiellement à Charles Adnadula, gouverneur de Montefiascone, de se rendre, le lendemain avant le jour, sous les murs de la forteresse, pour en recevoir les clefs. Aduadula, charme, répond au commandant qu’il se trouvera au rendez-vous. Mais, comme il n’était pas complètement rassuré sur la bonne foi de cet officier, il prit avec lui l’élite de la garnison de Montefiascone, marchant en bon ordre. Victorio l’attendait derrière un bois dont il aviyt masqué scs ejnq cents chevaux. Aduadula était perdu s’il eût débordé l’embuscade. Mais, arrivé à la hauteur du bois, il arrête ses soldats et détache en avant cent cinquante hommes vers le château pour s’assurer des bonnes dispositions du commandant. A la vue de ce petit corps, cet officier s’imagine que c’est l’escorte d’Aduadula, que le stratagème a réussi, et fait pousser le cri de : «Vive l’Église! » : c’était le signal convenu. Aussitôt la garnison du fort fait une décharge de traits, et Victorio, sortant de son embuscade, s’élance sur les cent cinquante hommes pour les écraser; mais, dans l’élan même de cette charge, il est assailli par Aduadula, qui accourait au secours de ses gens, et auquel

il cède bientôt lâ champ de bataille et la victoire (1).

Ce succès ouvrait au légat les portes de Cornelo; il y courut en effet. Mais Vico étant parvenu à jeter des renforts dans la place avant l’arrivée d'Albornoz, celui-ci se contenta d’en ravager les environs, ainsi que ceux de Celeno etdeVelralla; puis il vintmettrele siégedevant 0rvieto(2). Vico se débattait en vain contre sa mauvaise fortune. Un instant il avait compté sur la compagnie du chevalier de Montréal, puis sur les sympathies du parti gibelin. Mais, d’un côté, le cardinal s’était assuré de la neutralité de la compagnie; de l’autre, les villes gibelines, effrayées du progrès des armes pontificales, s’empressaient à l’envi par des traités de prévenir l’attaque du légat (5). Battu de toutes parts, voyant ses châteaux les plus forts aux mains de son adversaire, Orvieto dévouée au parti guelfe, n’opposant aux assauts qu’une résistance molle qui faisait présager une reddition prochaine, ses troupes éclaircies et découragées, il se convainquit, en homme prudent, que la lutte n’était plus possible, et il songea à faire sa soumission. Ses envoyés se présentèrent au camp du légat, devant Orvieto. et, sans demnnder aucune condition, remirent entre ses mains tout ce que leur maître avait usurpé sur l’Église. Le fils même de Giovanni, laissé en otage, devait garantir la sincérité d’une telle soumission, qui fut sur-le-champ acceptée. L’archevêque de Saragosse etl’évèque de Badajoz allèrent, avec deux cenls.chevaux, prendre possession de Viterbe, et, le 9 juin, le légat fit son entrée solennelle dans Orvieto avec toute son armée, au milieu de l’allégresse générale. Les clefs de la ville lui furent re-

(1) Sepulv., 1. 1, D“ 27 et 28. — Lescale, 1. U, p. 84, 83 et 86. — Compendio, 1. 1. c. n.

(2) Malt. Vill., 1. IV, c. ix.— Fragm. Hisl. ronianæ, 1. lit. c. v.

(5) Sepulv., 1. 1, passim.

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