SOUMISSION DE VICO
mises. 11 alla prendre son logement à l’évèché. Tous ceux que la tyrannie duprefetto avait forcés de s’exiler rentrèrent à la suite du vainqueur, qui promit de respecter tous les statuts, règlements et toutes les franchises du peuple d’Orvieto. Après cette soumission importante, Sulri, Terni, Narni, Celerio, Cepignano, Spolete, Assise, A'uceria, vinrent d’elles-mêmes se ranger sous l’obéissance de l’Église (1).
Albôrnoz savait allier la clémence à la victoire. Après avoir humilié Giovanni di Vico, il ne crut pas qu’il fût dans les intérêts de l’Église de l’anéantir, et il lui laissa pour douze ans le vicariat de Corneto, de Civita-Vccchia et de Respampano. Cette transaction était sage; car elle montrait aux autres chefs gibelins que le Saint-Siège voulait ses droits, non leur ruine; et toutefois, quand 1a nouvelle en fut connue à Avignon, elle y excita plus de mécontentement que la défaite du prefetto n'y avait répandu de joie. Soit que la jalousie, ce mauvais génie qui habite les cours, eût prévenu Innocent VI contre son légat, soit que ce pontife ne vît, en effet, de sûreté pour ses conquêtes que dans la ruine entière de Vico, il écrivit au cardinal que, laisser entre les mains d’un ennemi tel que celui qu’il venait de vaincre les places du domaine ecclésiastique, ce n’était pas seulement une indécente récompense de la tyrannie, mais encore une politique funeste à la tranquillité du domaine recouvré; qu’ ainsi il lui ordonnait de casser une pareille transaction et de compléter la ruine de l ennemi. Albornoz comprit que ses succès deviendraient inutiles s’il souffrait que ses actes fussent contrôlés par une autoiHté supérieure, à la vérité, mais éti angère au théâtre des événements. Il répondit au Saint Père avec
(t) Sepulv., 1. I, n“ 37 et 58.-^ Malt. Vill., 1. IV, c. x. — Cliron. d'Onrieto. p. 681. — Fragm. Hist. romanæ, 1. III, c. v.
niSTOlRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. X.
le respect d’un fils soumis; mais il expliqua sa conduite, eu fit ressortir l’à-propos ; ajouta qu'il y aurait un danger imminent à revenir sur un traite conclu ; qu’on pouvait, au reste, compter sur la fidélité de Giovanni di Vico. Puis il termina ainsi sa lettre : « Maintenant, si ces raisons « ne suffisent pas à Votre Sainteté et qu’elle répugne à ce « que le vaincu reste en possession du vicariat que je lui « ai confié, je la conjure, au nom de Dieu, de charger un « autre que moi do l’en priver (I), »
Cette généreuse réponse suffit; Innocent VI n’insista pas; il comprit qu’il fallait laisser faire les traités à celui qui savait gagner les halailles. Alhornoz, sans perdre de temps, envoya sommer Giovanni de Canluccio, tyran d’Aggohio, de restituer sans délai la ville qu’il avait usurpée sur le Saint-Siège, sous peine d’être frappé d’anathème et de voir toutes les forces de l’Église sous ses remparts. L’exécution de ces menaces ne fut pas nécessaire. Cantuccio sentit qu’il était trop faible pour lutter contre le vainqueur de Vico, et quelques négociations suffirent pour remettre le Saint-Siège en possession d’Aggobio, dont le vicariat fut dévolu au brave Charles Aduadula (2).
Cette reddition eut lieu vers la fin de juin 135 {.Ainsi, en quatre mois, le cardinal Alhornoz avait restitué à l’autorité do l’Église romaine, soit par la force des armes, soit par l’habileté de ses négociations, tout le patrimoine de saint Pierre et le duché de Spolete, et, réunissant scs forces, il se présentait sur les frontières de la Marche d’.\ncone. C’était là que l’attendaient les grandes difficultés de sa mission; car, sur ce nouveau théâtre, il allait se trouver aux prises avec des milices autrement
(1) Sc|iiilv., 1. I, n**» 40, -tt et 42. — Lcscalc, 1. Il, p. 125 cl 124. — Compendio. 1. I, c. xvii. — Fragin. Ilist. romanæ, I. lit, c. v.
(2) Sepulv., 1. 1, c. mvi. — Mail. VilL, 1. IV, c. xiit.
GÜEnnE D'ALBonNOZ CONTRE LES MALATESTA. 2ti5
belliqueuses que les condollieri du prefetlo, et les deux Malatesla de Rimini, Manfredi de Faenza, Ordelafli de Forli, qui les commandaient, étaient les premiers hommes de guerre de l’Italie. Albornoz ne l’ignorait pas; mais il avait à leur opposer des lieutenants dévoués et intrépides, une armée nombreuse, aguerrie, victorieuse, électrisée par le prestige de sa renommée, et, par-dessus * tout, les inépuisables ressources de son génie militaire.
On se demande ici comment des hommes tels qu’Ordelafïi et les Malalcsta, au lieu d’unir leurs efforts à ceux de Giovanni di Vico contre le légal, dont il était aisé de jîénétrer le dessein, pour l’écraser et le rejeter en Toscane, l’avaient laissé tranquillement accabler le prefelto, et ne songèrent à lui résister qu’au moment où ils le virent se préparer h fondre sur eux. Les fautes des hommes politiques s’expliquent le plus souvent par leurs passions. Les usurpateurs du domaine ecclésiastique étaient tous jaloux et ennemis les uns des autres. Ainsi, chacun d’eux avait vu avec un secret plaisir l’abaissement d’un voisin puissant et dangereux, espérant éviter son sort en s’abritant à propos derrière les articles d’un traité favorable. De son côté, Albornoz avait habilement bercé ces espérances en prêtant l’oreille tà toutes les ouvertures qu'on lui faisait, gagnant à agir un temps que scs imprévoyants adversaires perdaient à négocier. Dès son entrée en Italie, les députés des Malatesta étaient venus le trouver à Fornoue, et ils- en avaient reçu des paroles rassurantes. Ils revinrent de nouveau à lui au moment où il achevait la conquête du duché de Spolelc, et offrirent d’acheter la paix au prix de 12,000 ducats de tribut annuel, et de trois cents chevaux qu’ils s’engageaient à entretenir pendant trois mois au service de l’Église. Mais Albornoz, qui n’avait plus besoin dede'lai, leur déclara nettement qu’une soumission cxpli-
2ti« HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. X.
cite et la remise entière de toutes leurs places entre les mains du pape étaient la condition première et indispensable de la paix, et, sur leur refus de souscrire à cette condition, il lança contre les Malatesla une sentence d’excommunication, et se prépara à la guerre (1).
Pour aller jusqu'aux Malatesta, il y avait deux principautés, celle de Camerino et celle de Ferme ; la première se trouvait aux mains de Ridolphe, la seconde en celles ' de Gentile de Mogliano. Ce dernier était peu l’ami des Malalesla. Anciennement, des rivalités avaient eu lieu entre lui et CCS deux seigneurs, provoquées par des intérêts ou des jalousies, et, si d’impérieuses circonstances avaient fait taire ces rivalités, le souvenir n’en était point effacé dans la mémoire du tyran de Fermo. Albornoz ne l'ignorait pas; convaincu qu’en offrant à Gentile l’occasion de venger ses anciennes injures, il lui serait facile de le gagner à la cause de l’Église, il lui fil porter des propositions de paix et d’amitié, à condition qu’il se séparerait des Malatesla et se rangerait de son côté. Gentile n hésiLi point; il était faible, le cardinal puissant; les intérêts de ses anciens ennemis devaient le loucher peu dès l'instant qu’il pouvait en séparer les siens : il se décida donc à résigner Fermo et ses dépendances, à se contenter de la seigneurie de quelques châteaux, et vint lui-même apporter à Foligno sa soumission au légat. I.a ville de Fermo fut aussitôt occupée par une garnison pontificale (‘2),
Cette défection ouvrit les yeux aux Malatesta; ils résolurent alors de faire ce qu’ils auraient dû accomplir vingt mois auparavant. Ils envoyèrent vers tous les seigneurs de la Romagne et de la Marche représenter que
(1) Scpulv., 1. 1, n“ 9, cl 1 II, n° H. — Compendio, 1. II, c. i.
(2) Scpulv., 1. 11. n° 3.— Lescsle, 1. 11, p. 136. — Compendio, 1. Il, c. Il cl III. — Mail. Vill., 1. IV, c. XXXIII.
GUEBnE D'ALBORNOZ CONTRE LES MALATESTA. 26T
leur cause était la même, que l'ambitieux légat menaçait également l'indépendance de tous, et qu'il n'y avait qu’un seul moyen de conjurer l’orage qui se formait, celui d’oublier leurs vieilles inimitiés et de réunir leurs forces contre l’ennemi commun. La proposition des Maintesta était trop sage pour être repoussée; on l’accepta partout avec empressement, et, sur-le-champ, les seigneurs gibelins conclurent entre eux une ligue dont les Ordelaffi de Forli, lesManfredi de Faenza, les Malalesta deRimini, furent les principaux membres (1).
I/année ^555 commençait: l’armée pontificale était dans ses quartiers d’hiver. Mais il était important de ne point laisser la confédération gibeline s’organiser tranquillement, et le légat reprit incontinent les opérations de la guerre. Ne gardant qu’un petit nombre de gens auprès de sa personne, il donna à Fernand Blasco la plus grande partie de ses troupes, renforcées de deux cents chevaux envoyés par la ville de Todi, et le poussa en avant. La nouvelle de la marche de ces- troupes no se fut pas plutôt répandue, que les petits seigneurs gibelins, frappés de terreur, envoyèrent de toutes parts leur soumission au cardinal. Fernand Blasco n’eut que la jieine de prendre possession de Hecanata, de San-Severino. Ridolphe, seigneur de cette dernière ville, pour recevoir le général de l’Église avec plus d’honneur, sortit à sa rencontre jusqu’à la distance de deux milles. Il suivit de plus les drapeaux du Saint-Siège (2),
Ces brillants succès furent tout à coup interrompus par des lettres venues d’Avignon. .\près avoir excité sort légat à la guerre. Innocent VI lui écrivait de ne point la conti-
(1) .Malt. Vill., I. IV, c. LU et lvii.
(2) Sepulv., 1. Il, n° 5.— Malt. Vill., 1. IV, c. ivii.
nuer jusqu’à ce que sa domination fût affermie dans les nouvelles conquêtes. H fallut donc suspendre les opérations déjà commencées, informer le pontife de l’état où se trouvaient les choses, et attendre qu’il envoyât la permission de reprendre les hostilités, ce qui causa un mois d’inaction. Il est vrai que Fernand Blasco répara un peu cette interruption en enlevant, coup sur coup, aux Malatesta, Falero, Moro et trois autres places ; mais les confédérés avaient eu le temps de s’organiser, de prendre à leur solde deux mille chevaux et mille fantassins, de jwrter la masse de leurs forces à plus de quatre mille hommes de cavalerie, de détacher du parti de l’Église, par la séduction des promesses et le spectacle imposant de leur puissance, ce même Gentile de Mogliano, qui, sans respect pour les sei'ments les plus solennels, chassa la garnison pontificale de Fermo, et se rangea sous les étendards de la ligue (1). Ainsi, malgi’é ses premiers succès, le légat était devenu inférieur à ses ennemis, tant la perte du temps est funeste à la guerre.
Dans ces entrefaites, un événement, qui pouvait avoir les plus fâcheuses conséquences pour les opérations de l’armée ecclésiastique, attirait les regards de toute l’Italie. L’empereur Charles IV venait de faire, avec l’agrément du pape, son entrée dans la Péninsule, et, après avoir reçu la couronne de fer à Monza, se dirigeait vers Rome pour y prendre la couronne impériale. Mais le caractère du monarq-ue allemand ne se démentit point. Tel il s’était montré lorsque les suffrages des électeurs, dirigés par Clément VI, l’avaient élevé à l'empire, tel on le vit au milieu des républiques italiennes, oubliant les traditions gibelines de ses prédécesseurs, constamment l'allié des Gucl-
(t) Scpiilv., I. II, n"9.— Mau. Vill., I. IV, c. mi.