‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 83 sur 146 · ALBORNOZ ATTAQUE LA ROMAGNE · texte numérisé non relu

ALBORNOZ ATTAQUE LA ROMAGNE

blc pour secouer le joug et venger la honte de leurs défaites. Albornoz voyait trop loin pour ne pas être frappé de CCS considérations. C’est pourquoi, malgré les lettres du pape, il résolut de pousser la guerre sans interruption contre les autres confédérés.

La paix avec les Malatesta avait été conclue à la fin de mai ; dès le commencement de juin le légat se remit en campagne. Cette fois, pour profiter de la dispersion des milices ennemies, et pour opérer avec plus de promptitude et sur plusieurs points à la fois, il partagea son armée en trois corps. Le premier, sous la conduite du valeureux Fernand Blasco, fut envoyé contre Gentile de Mogliano; le second, sous le commandement d’Alphonse de Tolède, eut l’ordre de se porter contre Césène, de commencer le blocus de cette jdace, et d’en ruiner les environs ; Boniface d’Orvieto conduisit le troisième en arrière vers Corneto, pour châtier Giovanni di Vico, dont on avait à se plaindre, ou peutêtre pour lui enlever le vicariat de cette ville. Fernand Blasco s’acquitta avec son activité ordinaire de sa mission; il ravagea pendant dix jours le territoire de Fermo, puis assiégea cette ville et l’emporta d’assaut. La garnison, réfugiée dans la forteresse, s’y défendit-avec son chef encore douze jours, après lesquels toute espérance d’échapper étant perdue, Gentile de Mogliano se rendit à discrétion. Blasco, aussi généreux que vaillant, sollicita et obtint du cardinal le pardon de ce seigneur; mais, en l’accordant, Albornoz exila Gentile du territoire de Fermo, pour le punir de sa trahison. De son côté, Alphonse de Tolède prit Santo-Archangelo, Savignano, et porta ses ravages jusque sous les murs de Césène (f).

(1) Sepulv., 1. Il, II'” 21 el 22. — Lescale, l. Ht, p- 191, 192, 195 Cl 191.

La vigueur de ces o|»éralions jeta la terreur dans Tâme de Bernardine da Polenta. Le cardinal l’apprit, et bientôt Ravenne vit le patriarche d’Aquilce, avec un camp volant, s’établir devant ses portes. Bernardine n’attendit pas d’être attaque pour entrer en négociation : il promit de payer comptant une grosse somme d’or, d’entretenir cent cinquante chevaux au service du pape pendant toute la durée de la guerre, à la condition de posséder, en qualité de vicaire du Saint-Siège, Ravenne et Cervia. Ces offres furent acceptées d'autant plus volontiers, qu’elles répondaient aux besoins pécuniaires du cardinal. Ravenne et Cervia ouvrirent leurs portes aux garnisons pontificales (I).

De tous les seigneurs confédérés contre le Saint-Siège, Albornoz n’avait plus devant lui que Riccardo, Manfredi de Faenza et Francesco des Ordelafli, deForli. Eux abattus, la conquête du domaine ecclésiastique était acbevée. Avant de les attaquer par les armes, le légat, suivant les formalités ordinaires de l'Église, lança contre eux une sentence canonique, dans laquelle les seigneurs de Faenza et de Forli étaient signalés comme hérétiques, rebelles à l’Église et condamnés ; puis il ajouta à cette sentence la prédication d’une croisade, accordant les faveurs ries guerres saintes à tous ceux qui serviraient, l'espace de deux ans, sous les drapeaux du Saint-Siège (2).

Manfredi et ürdelafti virent sans trembler, pendant toute la dernière moitié de l’année les apprêts menaçants de leur terrible adversaire; ils semblaient se jouer de là tempête, se fiant à leur valeur et à leur puissance pour la dissiper. Ordelafli surtout manifesta la plus insolente audace. Lorsqu’il entendit le son delà cloche annon-

(1) Srpulv., 1. Il, n“ 25. — Lesc;ile, 1. IV, p. 19.5 et 190.

(2) Malt. Vill., I. VI, c. xiv. — Fragm. Hisl. romaoæ, 1. III, c. vin. — Chron. d'Orvicto, p. 681.

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cer la sentence d'excommunication fulminée contre lui par le légat, il ordonna sur-le-champ qu’on sonnât toutes les autres cloches de la ville, el excommunia, à son tour, le pape et les cardinaux. Il fit brûler publiquement leurs images, el, tournant en plaisanterie, avec ses familiers, celte scène impie : « L’on nous a frappés d’anathème, dit- « il, nous ne cesserons pas pour cela de boire et de man- « ger. » Puis, joignant la plus atroce barbarie à l’impiété, il déchaîna la persécution contre le clergé, forçant les prêtres à célébrer malgré l’interdit. L’évêque de Forli, personnellement outragé, se vit forcé à l’exil ; les prêtres qui refusèrent de célébrer furent ou pendus, ou écorchés vifs, ou expirèrent dans d’autres tourments non moins affreux (1).

Cependant, Ordelaffi n’était pas tellement occupé de ces lâches vengeances qu'il ne travaillât activement à préparer les moyens de combattre son adversaire avec succès. Pendant que, de concert avec Riccardo Manfredi, il envoyait solliciter des secours auprès de Galeazzo et de Bernabos Visconti, qui avaient succédé dans la seigneurie de Milan au célèbre Giovanni, leur oncle, mort l’année précédente, tâchant de représenter à ces princes la politique du légat comme l’ennemie secrète ou déclarée de tous les Gibelins, et tendant à soumettre, si l’on n’y prenait garde, tous les fitats de l’Italie à la puissance de l’Église, il cherchait à gagner la grande compagnie et à lui faire opérer une di-

(I) Hic IVanciscus qiium campanam ad cvcomnmnicalionem adver^us scipsum pul.<.iri audivit, prolimis jiissil iil cclcræ campanx concrepareiil, et pontiliccm cum cardinniibiis conimunionc privavit... Cum iiigenuis amicia suis colloquia miscens diccbat : Nos anathemate percutai sumus ; non ob id lamen paiiis, caro et vinum... nauscani gustui créant... Octo qui celcbrare nolucrunt, sancto marlyrio cæsi occubuere. Septem laqueo suspensi et alii septem pelle corporis nudati perierunt. (Fragni. Hist. rom., I. Ht, c. vu.)

HISTOIRE DE l.A PAPAUTÉ, LIV. X.

version dans la Marche d’Ancône. Celte compagnie, que le chevalier de Montréal avait organisée, ne s’était point débandée après la mort 'de ce chef; le comte Conrad de Lando, le plus renommé des compagnons du chevalier, en avait pris le commandement, et, à l’époque dont il s’agit, elle parcourait les deux Abruzzes, que la faiblesse du gouvernement de Jeanne lui laissait piller impunément. Francesco des Ordelafli et Riccardo Manfredi parvinrent à soudoyer ce ramas de brigands, qui s’engagèrent à attaquer Albornoz au midi, tandis que les confédérés le combattraient au nord (1).

Le légalélait au courant de ces intrigues, et s'appliquait à les déjouer. 11 écrivit promptement au pape d’employer son inllucnce auprès des frères Visconli pour les détourner de secourir les enneniis de l’Église. Quant à la grande compagnie, il s’agissait de prendre des mesures pour arrêter sa marche vers la Romagne. On était au mois de février de l’année la prédication de la croisade avait réuni

sous les drapeaux du Saint-Siège douze mille combattants, et le nombre total des troupes ecclésiastiques était de trente mille hommes, sans compter les garnisons des villes conquises (2). Celle masse imposante de forces permettait au cardinal de les diviser sans s'affaiblir. Il les partage donc, en dorme la moitié à .Alphonse de Tolède pour opérer contre Césène, et envoie l’autre moitié, sous la conduite de Fernand Blasco, vers les frontières des Abruzzes, pour faire face à la grande compagnie. Ce général, chemin frisant, grossit ses troupes avec les garnisons des places, s’empare d’Ascoli par composition, soumet également les seigneurs de Fabriano et Tévêque de Foligno, et, ralliant les

(t) Lescale, 1. IV, p. <97 et 198. — Compendio, I. H, c. x. (2) Fragm. Hist. roman.r, 1. III, c. vui.

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