ALBORNOZ ATTAQUE LA ROMAGNE. 27T
milices du pays, il va s’établir sur le Tronto, étendant le front de sa ligne le long du fleuve en s’appuyant sur Ascoli, et faisant garder jour et nuit les gués par où l’ennemi pouvait passer. Ce ne fut qu’au mois de juillet que le comte Lando, avec ses bandes chargées de butin, se présenta sur la rive opposée du Tronto ; mais lorsqu’il vil les soldats de Blasco rangés en bataille de l’autre côté, il crut qu’il y aurait de la témérité à tenter le passage et redescendit le fleuve jusqu’à son embouchure, où, ayant découvert un gué, sans doute oublié par Blasco, il entra sur les terres de l’Église et se mit en devoir de marcher sur Ascoli. Le nombre des troupes pontificales, leur bonne contenance, l’arrètèrcnl. Fondre sur ces aventuriers, les écraser et en rejeter les débris dans les Abruzzes était la pensée de Fernand Blasco; mais les prudentes instructions du cardinal s’y opposaient. Il n’y aurait qu’une gloire stérile à vaincre une pareille armée, une perle irréparable à en être vaincue; il suffisait de lui imposer. On traita avec elle. Moyennant 5,000 ducats d’indemnité, Lando s’engagea à évacuer, dans l’espace de douze jours, les domaines ecclésiastiques sans y faire aucun dégât (1).
Ainsi s’évanouirent les espérances que la ligue avait fondées sur la grande compagnie. Toutefois, peu s’en fallut qu’elle ne profitât de sa courte diversion. L’actif OrdelaOi, saisissant le moment où la plus grande partie des troupes pontificides étaient occupées sur le Tronto, fondit tout à coup sur le corps d’Alphonse de Tolède; mais heureusement Galeotto Malatesla vint à propos renforcer ce général avec cent chevaux, et Ordelaffi, vigoureusement reçu, fut ramené avec perte dans Forli (2).
(I) Lescale, 1. IV, p. 199 et 200. — Malt.Vill,, l.Vl, c. xx. xtv, w-vi el iri. — Compendio, I. II, c. xi.
f2) Lescale, 1. IV. p. 202 et 203.
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278 IllSTOinE DE LA PArADTÊ, UV. X.
Affranchi de toute crainte du côté des aventuriers de Lando, Âlbornoz put réunir tous scs efforts contre Riccardo Manfredi. Pendant que Fernand Blasco occupe Ferme et les postes importants de son territoire, Alphonse de Tolède, ralliant Bemardino da Polenta, marche contre Faenza pour la bloquer, et commence par en dévaster les environs. Riccardo Manfredi contemplait, du haut des remparts de sa capitale, ses campagnes livrées à la fureur du soldat. Ne consultant que son indignation, il exhorte ses nombreuses milices à seconder son courage, et, sortant de la ville à leur tête, il présente la bataille à Alphonse de Tolède. Le combat fut long, sanglant, et la victoire disputée; mais enfin, quoiqu’il eût fait éprouver de grandes pertes à son adversaire, Manfredi, rompu sur tous les points, se vit obligé de céder le champ de baUnille et de rentrer en désordre dans Faenza, qui fut sur-le-champ investie et battue par toutes les maebines de guerre. Autant Manfredi avait montré de confiance en lui-même avant le combat, autant il manifesta d’abattement après sa défaite. Quand il aurait pu, avec les forces qui lui restaient, avec un allié tel qu'Ordelaffi, lutter avantageusement, il crut toute résistance inutile, et, remettant ses possessions entre les mains du cardinal, il se résigna, lui qui avait élevé sa maison h un si haut degré de puissance, à ne posséder, le reste de sa vie, que la faible seigneurie de Bagnacavallo (1).
La chute de son dernier allié annonçait à Francesco des Ordelaffi que c’était à lui désormais à porter tout le poids de la guerre. Cette pensée n’abattit point son courage. Il convoqua les principaux habitants de Forli, et leur demanda conseil sur ce qu’il avait à faire dans la situation
(t) Scpulv., 1. Il, n” 27 et 28. — Lescale, 1. IV, p. 207, 209 et suiv. — Coinpeadio, 1. Il, c. xii. — Matt. Vill., 1. Vit, c. miv.
FRANCESCO DES ORDELAFFI. 279
où il SC trouvait. Ceux-ci, après s’ être consultés, lui firent cette réponse : « Seigneur, notre fidélité et notre amour « pour ta maison ne se sont jamais démentis. Lorsque tes « ancêtres eurent besoin de nos biens et de notre sang « pour recouvrer leur souveraineté, nous leur prodi- « guàmes nos biens et notre sang. Ce que nous fimes pour « eux, nous voulons également le faire pour toi quand « une occasion favorable se présentera. Mais dans ce mo- « ment tu es seul contre toute la puissance de l'Église; « car il n’y a aucun secours à espérer. Entreprendre une « lutte si prodigieusement inégale serait téméraire. Traite « donc avec le légat aux meilleures conditions possibles. « C’est le conseil que nous te donnons.»
OrdelalTi avait écouté en silence. Quand l’orateur eut cessé de parler : « Or, entendez, dit-il, maintenant quelles « sont mes intentions. Je ne veux faire aucun traité avec « l’Église que Forli et toutes les places que je possède ne « me soient conservées; car je suis décidé à les défendre « jusqu’à la mort. Je soutiendrai d’abord un siège dans « Césène, dans Forlimpopoli et dans chacun de mes châ- « teaux. Ces places perdues, je défendrai les murailles de « Forli; ses murailles prises, je disputerai pied à pied « ses rues, ses places, mon palais, jusqu’à la dernière tour « de mon palais, avant de donner mon consentement à la « perle de la moindre de mes possessions. Jurez-moi une « fidélité inviolable, ou craignez ma vengeance (1). »
Malgré son caractère intraitable et cruel, Ordelaffi, par des bienfaits répandus à propos, avait su gagner les cœurs des habitants de Forli. Personne ne répliqua ; tous promirent de s’attacher à la fortune de leur seigneur (2). Déjà
(1) Malt. Vill., 1. Vit, c. ixxviii.
(2) Ordelaffus, intima Foroliviensibiis amicitia conjonclus, ab illis affectuose diligebatnr. (Fragni. Hist. rom , I. 111, c. tu.)
les lioslilités avaient commencé de la part du légat, déjà Alphonse de Tolède, avec l’armée pontificale, battait la campagne. Dans une de scs courses, il vint presque jusque sous les remparts de Forli. Ordelaflî sortit brusquement avec la garnison pour lui enlever son butin. Il ne fut pas heureux : attiré dans une embuscade, il perdit deux cents hommes et fut rejeté dans Forli. L’àme d’OrdelafG était forte; son adversaire avait chèrement payé son succès, ce revers ne le déconcerta pas. En se chargeant de défendre lui-même Forli, il confia la garde de Césène à son épouse Cia ou Marzia, fille de Vanni de Susinana des Ubaldini. Celte femme héroïque, loin de s’effrayer d’une pareille commission, l’accepta cour.ageusement. « Défendez Forli, écrivit- « elle à son mari, je réponds de Césène (I).» Armée de pied en cap comme un chevalier, elle s’enferme dans la ville avec deux cents chevaux, une nombreuse infanterie, Sinibaldo, son jeune fils, sa fille déjà nubile, deux de ses neveux encore enfants, les deux filles de Gentile deMogliano, et un certain Sgariglino de Fetragiidula, qui devait lui servir de conseiller. Elle eut bientôt l’occasion de justifier la confiance dont l’avait investie son époux (2).
Alphonse de Tolède, après avoir battu Ordelaflî, pris Castelvecchio et dévasté le pays, vint mettre le siège devant Césène vers la fin d’avril 1557. Césène est divisée en deux parties : la ville basse, qui en est la portion la plus considérable, mais dont les fortifications sont faibles ; la ville haute, entourée de fortes murailles, et qu’on nomme pour cette raison la Murata. La citadelle couronne ces deux villes de ses créneaux et de ses tours. Les habitants de la ville basse n’eurent pas plutôt aperçu sous leurs défi) Signior mio, piscciave de havere bona cura de Forli, che io haverajo hona cura de Cesena. (Ilisl. rom. Frammenla, I. Ht, c. ix.)
(i) Mali. Vill., I. Vit, c. iviii.
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SlÉGt; DE CÊSÊNE. -281
biles remparts l’appareil de la guerre, que, désespérant du suceès de la lutte qui allait s’engager, ils traitèrent avec le cardinal, et, le 29 avril, lui remirent celte partie de Césène, qu’il üt incontinent occuper par quinze cents chevaux. Celle négociation fut conduite avec un secret tel, queMarzia n’en eut connaissance que par la vue des troupes pontificales. Elle n’eut que le temps de se retirer précipitamment, avec la garnison, dans la Muratn. Mais trois des citoyens qui avaient signé la capitulation tombèrent entre ses mains; on leur trancha la tête sur la muraille même et on jeta leurs cadavres à l’ennemi. Peu de jours après cette exécution, elle découvrit que Sgariglino, son unique conseiller, la trahissait ; elle lui fit suhir le même supplice. Dès ce moment, Marzia ne se fia plus qu’à elle-même du soin de toutes choses. ^Juil et jour armée, nuit et jour visitant les postes, animant les travaux, surveillant tout, ordonnant tout, inquiète à la moindre alerte, la première à l’attaque, la dernière dans la retraite, elle semblait se multiplier. Grâce à son infatigable activité, le légat, après un mois de siège, n’avait pu gagner un pouce de terrain dans la Muraia (I). .\lbornoz avait trouvé dans une faible femme un adversaire digne de lui.
Cependant, le 28 mai, les choses changèrent de face. Le cardinal, (jui s’élail préparé ce jour-là pour un grand effort, donna le signal d'un assaut général. Il étendit son attaque à tous les points à la fois, et, pour qu’elle ne souffrît aucune interruption, de nombreuses réserves remplaçaient immédiatement les divisions fatiguées. Pendant longtemps Marzia fit face de tous côtés sans céder aucun avantage. Mais, à la fin, voyantses troupes, harassées de fatigue et éclaircies sur le point d’clrc forcées, elle abandonna
(I) Mail. Vill., 1. Vil, c. Lvm el lxiv.
la Murata, et se réfujîia, avec les débris de sa garnison, dans la citadelle. Vaincue et non découragée, elle se prépara à soutenir un Iroisième siège dans ce dernier asile. Vainement, dans cette position suprême, son vieux père vint la trouver et employa, pour la décider à rendre la place, tout ce que la tendresse paternelle a de plus irrésistible; elle répondit à son père que son époux lui avait défendu de la rendre jamais, cl elle le renvoya désespéré, mais ravi d’admiration (I),
Toutefois, riiéroïne de Césène n’avait pas prévu tous les obstacles que devait rencontrer son dévouement, et il s'en présenta un alors contre lequel son courage ne pouvait rien. Jusque-là ses soldats, généreusement attachés à sa fortune, avaient déployé sous sa conduite la plus énergique valeur; mais ils n’avaient pas l’indomptable constance de leur chef. Quand ils virent la forteresse ,à demi ruinée par les travaux continuels des assiégeants, le cœur leur manqua et ils allèrent Irouvi'C Marzia : « Uame, lui « dirent-ils, tant que nous avons eu Tespérance de re- « pousser l’ennemi, nous avons combattu avec courage. « Mais, dans l étal où sont les choses, il u’esl plus en « notre pouvoir d’empêchcr la ruine de la citadelle. C’est « pourquoi nous voulons la rendre, que vous le vouliez ou « non; car nous désirons sauver nos vies. » Celte déclaration anéantissait la possibilité d’une plus longue défense, et Marzia consentit à traiter. .Mais, jusque dans cet acte où elle était forcée d’avouer sa défaite, celte héroïne porta la fierté de son caractère. En rendant ce qu’elle ne pouvait plus garder, elle exigea que ses soldats se retireraient francs et libres. Quant à ce qui la concernait, elle dédaigna de rien stipuler, cl resta, avec sa famille, prisonnière
(t) Malt. Vill., I. Vit, c. Livii cl ixu.
RAPPEL D'ALBOBNOZ.
(lu légal, qui, rempli d’admiralion pour sa noble coiiduile, la traita avec les plus grands honneurs. Cette importante capitulation eu lieu le 21 juin 1357 (I).
Césène rendue, la cavalerie pontificale se porta incontinent sur Castel-Novo di Cesena, qui, mal pourvu de défense, lui ouvrit ses portes. De là, elle courut à Bretinoro. Cette place était un des boulevards de TKlal de Forli, et renfermait une nombreuse garnison. Il fallut l’assiéger; mais on l’attaqua avec tant de vigueur, que, réduite aux abois en quelques jours, elle se rendit le 5 juillet.
De toutes les possessions d'Ordelaffi il ne restait plus que Forli , et rien ne semblait devoir retarder la ruine de cette capilale, quand tout à coup le comte Lando reparut en ennemi sur le territoire de la Romagne ; soit que l’appàt du pillage le ramenât, soit que le seigneur de Forli eût réussi encore une fois à lui faire accomplir une diversion. Le cardinal fut obligé d’interrompre scs opérations pour se retourner (x»ntre ce méprisable adversaire. Or, pendant qu’on prêchait à Florence une croisade, qu’on menaçait Lando et qu’on traitait avec lui, deux mois se passèrent, et Ordelaffi respira. Enfin, Albornoz, de concert avec Florence, parvint à acheter à prix d’or l’éloignement de cette importune compagnie, qui alla porter scs ravages en Lombardie (2). Mais, alors même que la situation du seigneur do Forli redevertait dangereuse, un autre événement vint à son secours. Cet événement fut le départ d’ Albornoz, qu’innocent VI rappelait auprès de lui, et le remplacement de ce grand capitaine par l’abbé de Cluny, Androin de la Roche, homme d’une certaine valeur politique, mais dé-
(1) Malt. Vill,, I. Vil, c. uxvii.
(2) Florence paya pour sa part 16,000 florins. (Lettre de la seigneurie au pape, ex Archivio storico, n° 24 , p. 414.) — Mail. Vill., 1. Vil,
c. LXXIX, LXXX, IXXXIII, LXXXIV, LXXXV et LXXXIX.
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pourvu de talcul pour la guen'e. Ce changement avait élé notifié au cardinal Albornoz dès le mois d’avril, et à cette époque l’abbé de Cluny était déjà présent à l’armée ; mais les instances réunies des généraux, des soldats, de l’abbé de Cluny lui-meme, et la gravité des circonslances, l’avaient décidé à retenir le commandement jusqu’à la lin d’aoùt(i), Albornoz fut reçu à Florence avec une pompe extraordinaire. La seigneurie le fêla pendant cinq jours consécutifs et le combla de riches présents (2). Mais c’était à Avignon que l’attendaient les plus grands honneurs. Son entrée dans cette ville ressembla au triomphe d’un dictaleur. Le pape cl tout le Sacré Collège allèrent au-devant de lui jusqu’à la distance de deux mille pas et le conduisirent au palais pontifical. Innocent VI le complimenta lui-même, et, aux applaudissements universels, le prochima Vh e de l'Iùjliitc (5).
Les motifs du rappel d’ Albornoz préoccupèrent fortement l’opinion publique. On le regarda assez généralement alors comme l’effet d’une disgrâce provoquée par une intrigue de cour (4). Cette opinion ne nous semble pas fondée. Les bistoriens l’appuient sur les conjectures les plus diverses, et les honneurs dont le légat fut l’objet à .Avignon la repoussent. Il est plus naturel de croire que, après les triomphes d’Albornoz et l’extrémité où se trouvait réduit le seigneur de Forli, Innocent VI crut pouvoir con-
(1) Malt. Vill., 1. VIII, c. an, et I. Vil, c. ivi. — Baluze, 1. 1, p. 3.59.
(2) Id., I. VU, c. c.
(3) Sepulv., 1. Il, 11” 3t. — Lescale, I. IV, p. 227. — Baluze, Vilæ, t. 1. p. 359 et 360.
(4) Les Fragmenta (I. III, c. viu) disent que le rappel du cardinal eut lieu à l'iustigatinn du comte de Savoie, à qui ses déprédations faisaient craindre mi tel homme. Matleo Villani se contente de relater les diverses conjectures qui avaient cours alors.
GUANDES COMPAGNIES DE ERANCE. ï85
lier à d’aulres mains le soin d'aciiever une entreprise dont l’issue n’ était plus douteuse, et mettre à prolit sur un autre théâtre le génie de celui qui avait détruit tant d’armées et abaissé tant de tyrans.
Parmi les embarras qu’avait alors la cour romaine, nous ne devons pas oublier ceux que lui causaient des ennemis semblables à ceux qui, sous la conduite du comte Lando, faisaient trembler l’Italie. Dès le commencement de l’année 1557, une compagnie d’aventuriers ou rouliers (1) s’était formée dans la province de Limoges, sous le nom de Soeiélè de l’Arquisilim (2). Cette compagnie reconnaissait pour chef un certain rnaud Quémie ou Cervole, Périgourdin de nation, et qu’on appelait l’Archiprètre de Vezzins (5), apparemment de ce que, quoique chevalier, il possédait un arcbiprêlré de ce nom. Le but de ces aventuriers, assemblés de tous les pays, était de s’enrichir par des brigandages, que la France, épuisée par la guerre et presque réduite à l’anarchie, était incapable de réprimer. Le meurtre, le ravage, la désolation, tous les fléaux marchaient à leur suite. Après avoir parcouru, durant la première moitié de l’année 15;)7, l’Auvergne, le Forez, le Lyonnais et les bords du Rhône, recrutant partout sur la route les bandits qu’animait la soif du pillage, ils entrèrent le 15 juillet en Provence, du consentement d’Amédée des Baux, de Raymond des Baux, comte d’Avellino, et de plusieurs autres seigneurs du pays. Ces barons ne cherchaient qu’à venger la mort d’un autre Raymond, comte d’AvclIino, sénéchal de Naples, que Louis, roi de Naples, avait fait, dit-on, assassiner. La Provence était alors sous
(1) Ea Intin ruptuarii, rutarii. (Ducange.)
(2) B.iluze, t. I, p. S60. Societas del Acquislo.
(3) Archipresbyler de Verniis. ( Baliiie, p. 554.)
le gouvernement de Philippe, prince de Tarente, frère du roi Louis (I),
Peu de jours suffirent à l’archiprêlre pour réunir au pont de Sorgues, entre le Rhône et la Durance, plus de quatre mille hommes, j)resque tous de cavalerie. De là, comme un torrent, il inonda tout le pays situé entre Orange et Carpentras, prit. Salon, Saint-Maximin et plusieurs autres châteaux. Philippe de Tarente voulut, avec les troupes qu’il possédait, s’opposer à cette invasion, et vint prendre position à Orange. Mais il reconnut bien vite que c’était avec une armée entière et non avec une poignée de soldats qu’il fallait entrer en campagne contre de tels ennemis. La terreur était partout, et la cour romaine surtout tremblait pour Avignon, dont l’opulence devait vivement tenter la cupidité de ces bandits.
Cependant, les capitaines députèrent au pape pour l’assurer, lui et sa cour, qu’ils ne leur feraient aucun mal, et qu’ils respecteraient les terres du Saint-Siège. Ils offraient même de confirmer celte promesse par serment, j)rolestanl qu’ils n’avaient d’autre intention que de faire la guerre au prince de Tarente. Mais Innocent VI, comptant peu sur les serments de gens sans foi, implora le secours do Charles IV, du dauphin de France, du comte d’Armagnac, et, en attendant, arma quatre mille Italiens, la plupart de ses vassaux, et mit la ville en état de défense. Le comte d’Armagnac accourut de Montpellier à la tète de mille lances, avec lesquelles il reprit quelques châteaux et remporta plusieui-s avantages. Mais les roiilien n en continuèrent pas moins leurs déprédations. On prit enfin le parti
(t) Bciluze, 1. 1, p. 300. — Mail. Vill., 1. VII, c. i.cxxvii. — Froissart, I. I, p.irl. II, c. I.X.— Bouche, Ilisl. de Provence, l. tl, p. 370. — Ilisl. du Languedoc, l. IV, p.'202. — Mémoire de M. de Zurlaulicn sur lesrouliers, etc., dans Leber, Colteclion dos meilleures dissertations, t. XVTII, p. 455