‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 85 sur 146 · GRANDES COMPAGNIES DE FRANCE · texte numérisé non relu

GRANDES COMPAGNIES DE FRANCE

de traiter avec eux (1). L’Archiprètre fut invité à se rendre à Avignon. « Et vint sur bonnecomposition, et la plus grand’- (< partie de ses gens, et fut aussi révèrement reçu comme « s’il eût été fds au roi de France, et dîna par plusieurs « fois au palais de-lez le pape et les cardinaux ; et lui fu- « rent pardonnés tous ses pécliés, et au partir lui fit déli- « vrer quarante mille écus pour départir à ses conipa- « gnons. Si s’esparlirent ces gens-l.à : mais toujours le- « noient-ils la roule le dit Archiprètre (2). »

Innocent VI saisit l'occasion de cette alerte pour faire conlinuer les remparts dont son prédécesseur avait commencé d’entourer la cité papale. A cet effet, on imposa de fortes contributions à la cour romaine, à tous les ecclésiastiques de France et d’Allemagne, Les ouvriers, les marchands du Comtal Venaissin furent taxés, et, outre cela, chaque individu paya un florin. La crainte qu’inspiraient les compagnies excita la générosité des citoyens, et, en peu de temps, Avignon vit presque se terminer cette magnifique enceinte de murailles dont le voyageur admire encore aujourd’hui l’élégante structure (5),

Les précautions d’innocent VI ne furent point vaines. L’année suivante la même compagnie reparut. Après avoir saccagé Manosque, Cucurron, Ausonis, elle rentra en Provence au mois de mars, et assiégea la ville d’Aix. Mais* elle fut repoussée parles habitants, et Jean Siméonis, jurisconsulte de Vence, .à la tête de deux mille hommes, la battit en diverses rencontres, et la força à la retraite ( i). En 1300, une autre bande de routiers, qui avaient pour

(1) Zarlaubcn, Mémoire cité. — llist. du Languedoc, lieu cité.

(2) Froissart. lieu cité.

(3) Matl. Vill., I. Vllt, c. xni. — Bouclie, llist. de Provence, t. Il, p. 579.

(-4) Id., p. 579 et 380. — Gaufridi, llist. de Provence, 1. 1, p. 223.

chefs Guiol du Pin, Lamit cl le Petit Méchin, et qu’on nomma les Tard-Venvx, parce que ceux qui les avaient précédés avaient moissonné la France, et que ceux-ci lïe faisaient qu’y glaner, descendit la rive droite du Rhône, et s’abattit sur la ville de Pont-Saint-Esprit, la nuit de la fête des Saints-Innocents. Celte ville, qui ne s’attendait point à celte brusque attaque, ne s’était pas mise en défense. Cependant, Jean Sauvain, sénéchal de Beaucaire, entreprit de repousser les assaillants avec quelques troupes; mais une chute l’ayant mis hors de combat , les routiers le firent prisonnier et s’emj)arèrenl de la ville, puis de celle de Cadenel, où ils commirent les plus affreux excès (1). Froissarl raconte ainsi la prise de Ponl-Saint-Espril : « Dali- « lier, Guiol du Pin, Lamit et le Petit Méchin chevaiichè- « rent, eux et leurs roules, sur une nuit bien quinze lieues, « et vinrent sur le point du jour à ladite ville du Saint-Es- « prit, et la prirent, et tous ceux et toutes celles qui de- « dans éloient : dont ce fut pitié, car ils y occircnl maints « prud'hommes et violèrent maintes damoiselles, et y con- « (piirent si grand avoir que sans nombre, et grandes « poiirveances pour vivre un an tout entier (2). »

I,a possession de Ponl-Saint-Espril fil concevoir aux routiers l’espérance de rançonner la cour romaine. Chaque jour leurs partis couraient de là jusqu’aux portes d’Avignon, interceptant toutes les communications avec cette capitale. Innocent VI crut devoir essayer sur eux la force de l’autorité spirituelle du chef de l’Église, et les fit sommer de se retirer, les menaçant, en cas de refus^ de procéder contre eux. Mais des brigands, accoutumés au meurtre et au pillage, tinrent peu de compte de menaces

(1) llist. du Languedoc, t. IV, p. 310.

(2) L. 1, part. Il, c. cxivii.

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