‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 89 sur 146 · C10VA>'M D’OLEGGIO · texte numérisé non relu

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nouveaux efforts ne feraient que retarder sa ruine, il prit le parti de s’en remettre à la clémence du légat, et conclut avec lui, le juillet, une capitulation, >à la suite de laquelle l’armée pontificale occupa aussitôt Forli et son château. La confiance qu’Ordelaffi avait eue dans la générosité de son vainqueur ne le trompa point ; Albornoz lui accorda un pardon plein et entier, lui laissa pour dix ans la seigneurie de Forlinpopoli, de Castrocaro, et lui rendit sa femme et toute sa famille (I). Ainsi la Romagne reconnut l’autorité pontificale, à l’exception de Bologne pourtant. Mais, alors même, se préparaient des événements qui allaient permettre à l’Église de recouvrer la domination sur cette cité.

En sortant des mains des Repoli, Bologne n’avait pas lardé à tomber entre celles de Giovanni d'OIeggio, que l’archevêque Yisconli y envoya pour gouverneur, à la suite de son traité avec Clément YI, traité qui lui avait inféodé la seigneurie de cette ville pendant douze ans. Après la mort de l’archevêque, Giovanni d’OIeggio profila avec habileté des événements, et parvint à se créer dans Bologne une .situation presque indépendante, au grand déplaisir des héritiers du prélat. Un grand historien a dit de Bologne qu’elle était moins la mère des sciences qu’un foyer de sédition (2). Eh bien! on aurait dit que la Providence semblait prendre à lâche de faire expier à celle ville l’inconstance qui la portait sans cesse. à échanger le régime paternel de l’Église contre le joug des tyrans. Le gouvernement des Pepoli avait pesé lourdement sur elle, celui des Yisconti ne fut guère plus doux, et la domination d’OIeggio était tout à fait oppressive. Fondant la sécurité de son

(1) Mau.Vilf., 1. IX, c. Mivi.

(2) Bononia quie non Uni studiorum malcr quam sediiionum altnv. (.Encas Sylviiis, Eiiropa, c. ini.)

DISTOIBE DE LA PAPAÜTÉ, LIV. X.

pouvoir sur les gens de guerre, et uniquement occupé du soin de se concilier leurs affections, Oleggio chargeait ses sujets de taxes arbitraires, poursuivait, sur les moindres soupçons, les citoyens opulents, confisquait leurs biens à son profit, et les envoyait en exil quand il ne leur ôtait pas la vie (1). Mais, tandis qu’il se rendait odieux au dedans, Oleggio affermissait merveilleusement sa puissance au dehors, car il était homme de tête et de cœur, et possédait la science des affaires. Chose rare ! en gardant une constante neutralité entre les intérêts rivaux qui se combattaient autour de lui, il était parvenu à n’en froisser aucun, à se tenir bien avec tous les partis ! Oleggio avait fait plus : les petits seigneurs lombards s’étant ligués contrôles frères Visconli, il s’était joint à eux contre ses anciens maîtres, et, lorsque la paix fut conclue, en 13îi8, il sut profiter de la position de ces derniers pour leur faire reconnaître sa souveraineté sur Bologne. Puis, se retournant de leur côté avec autant de générosité que d’à-propos, il venait tout récemment d’envoyer à l'armée do Bernabos un secours de six cents cavaliers, pour l’aider à soutenir la guerre que ce seigneur faisait au marquis de Montferrat. D’autre part, son zèle à seconder les entreprises d’.41bornoz, une utile intervention qu’il venait de lui prêter lors des négociations avec Ordelaffi, assuraient à Oleggio la bienveillance de ce légat. 11 n’y avait pas jusqu’au chef de la grande compagnie avec lequel il n’entretînt des rapports bienveillants (2).

Mais ici la générosité d’Oleggio envers les Visconti allait lui devenir funeste. Le neveu de l’archevêque, Giovanni, avait hérité de cette politique envahissante et jierlidc

(t)Sepulv., 1. m, n“7.

(2) Sismondi , IlUt. des républiques iUlienDes, t. VI, p. 5S0 et suir. — Cron. di Bologns, t. XMII, p. 449.

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BERMBOS VISCONTI.

qui avait rendu l’oncle si formidable à ses voisins. Mais Giovanni Visconli,‘doué d’une certaine élévation de caractère, savait répandre sur les actes de son ambition personnelle un vernis de grandeur et de libéralité qui en palliait, en quelque sorte, l’injustice, tandis qucBernabos, tyran bas et vil, ne prenait pas même la peine de couvrir l’odieux de sa conduite de formes honorables. Ce n’était pourtant point une de ces natures médiocres qui ne sont capables de déployer, sur le théâtre de la puissance, que des vices méprisables. Bernabos possédait, pour le gouvernement, des talents supérieurs, des vues étendues, lumineuses, un esprit fécond en ressources, une activité infatigable. Mais chez lui le cœur était pervers et le caractère ignoble. Aucun principe de religion et de moralité ne dirigeait ses actions. Amitié, reconnaissance, fidélité, étaient pour lui des mots sans signification. Son âme égoïste ne comprenait que l’intérêt du moi. Ce vil objet était à la fois celui de sa pensée, de son culte, et le mobile de ses passions. A des êtres ainsi faits ne demandez rien de noble, rien de généreux. Malheur aux peuples quand le pouvoir tombe entre leurs mains !

Un homme de cette trempe n’était guère disposé â renoncer aux vues de son ambition pour un service rendu. Si jusque-là Bernabos avait dissimulé ses projets sur Bologne, c’est qu’il attendait une occasion favorable de les mettre au jour, c’est qu’il préparait lui-même cette occasion dans le secret de sa perfidie. Oleggio était dans la plus parfaite sécurité, quand il apprend tout à coup que Bernabos, sans avoir eu besoin de tirer l’épée, s’était débarrassé du marquis de Montferrat en achetant la compagnie du comte de Lando et celle d’Anichino de Baumgarten, autre aventurier à la solde du marquis ; que formée entière de leurs adversaires avait passé sous les dra-

2!i« IIISTOIBE DE LA PAPAUTÉ, LIV. X.

peaux des Visconti; que les six cents hommes qu’il avait envoyés à leur secours étaient engagés à leur service, et que Bernabos, profitant à la fois de sa sécurité et de sa détresse, lui déclarait la guerre. Il ne douta plus du sort que lui préparait son nouvel ennemi lorscpi’un mois après, au commencement de décembre 1559, il vit Francesco d'Este, général de Bernabos, entrer sur le territoire de Bologne avec trois mille cavaliers, quinze cents Hongrois, quatre mille fantassins, mille arbalétriers, et prendre position à Casaleccliio (1). A une pareille invasion, Oleggio, peu fourni d'argent, avec une armée réduite de moitié, ne pouvait opposer qu’une faible et courte résistance. Il prit d’abord le seul parti qui lui permettait de soutenir les premières attaques, celui de distribuer scs soldats dans les places fortes, d’en bannir les citoyens suspects et d’attendre ainsi les secours qu’il se mit à solliciter de toutes parts. Mais personne ne répondit à son appel : tous craignaient de s’attirer sur les bras la formidable puissance des Visconti (2).

Francesco d’Este poussa vigoureusement la guerre. Le 20 décembre, il était maître du château de Crevalcuore ; au mois de février 13(50, il le fut de Castiglione, et, de son camp de Casaleccliio, ses partis couraient tout le pays, interceptant les communications, gâtant les récoltes et commettant mille excès. Au milieu de l’abandon général où scs timides voisins laissaient Giovanni d’Oleggio, un seul homme vint à son secours : ce fut le cardinal Albornoz. Convaincu que Bologne serait indéfiniment perdue pour l'Église si elle retournait une fois aux mains des Visconti, ce grand politique jugea qu’il devait tout faire

(1) Matl.Vill., I. IX, c. ivi et Lvu.

(2) Id., 1. IX, c. tvii.

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OIÜGGIO REMHT BOLOGNE AU LÉGAT. 297

pour la retenir sous l’autorité d’OIeggio, et il lui envoya d’abord un renfort de quatre cents cavaliers. Il ne tarda pas à augmenter ce secours, y joignant encore des convois de vivres (I). En vain Bernabos, pour éloigner d’OIeggio un si puissant auviliaire, essaya-t-il d’effrayer le légal en le menaçant de lui susciter des affaires en Romagne (2). Albornoz, fidèle à son but, ne ralenlit point son zèle pour Oleggio ; mais il le fit solliciter sous main de rendre Bologne à l’Église, lui promettant en échange une autre souveraineté, ayant eu soin de prendre, avant toute chose, l’assentiment du pape pour une telle négociation, lequel assentiment, malgré toutes les manœuvres de Bernabos à Avignon, avait été accordé au légat dès le mois de février 1360(3).

Comme tous les hommes à qui on demande un grand sacrifice, Oleggio hésitait, flottant, indécis, ne pouvant se résoudre à abandonner son magnifique domaine. Mais les progrès de l’ennemi lui enlevaient chaque jour quelque chose de ses espérances. Le 2 mars il perdit Molinella ; peu de jours après le clnàteau de Serravalle lui fut encore pris (4). Bientôt sa situation devint telle, que, pour échapper à sa ruine, il n’eut d’autre ressource que d’accepter la proposition du légat ou de traiter avec Bernabos lui-même, qui offrait des conditions. Oleggio aima mieux s’entendre avec un ami qu’avec un ennemi, et, le 17 mars 1360, il conclut avec le cardinal une convention par laquelle il restituait à l’Église romaine la souveraineté de Bologne, et recevait, en compensation et pour sa vie, la

(!) Mail. Vill., 1. IX, c. txv. — Cron. d'Orvielo, p. 686.

(2) Minacciandolo che se non se rimanese , li farebbe novita nella Romagna. (Mail. Vill., I. IX, c. iir.)

(3) Id., 1. IX, c. Lxiin.

(4) Cron. di Bologna, p. 4o2.

seigneurie de Ferme dans la Marche d'Âncène (1). Le même jour, Fernand Blasco entra à Bologne. Toutefois, conformément h la convention, la ville continua à reconnaître l’autorité de Giovanni d’Oleggio jusqu’à la On de mars. Ce fut seulement le 1" avril que Gomez Albornoz, neveu du cardinal, vint, avec le titre de gouverneur, en prendre définitivement possession au nom du Saint-Siège. Le peuple de Bologne, si longtemps pressuré par ses tyrans, reçut le commandant pontifical avec des transports de joie et aux cris raille fois répétés de : « Vive l’É- « glise (2) ! » Le nouveau gouvernement se hâta de rappeler les exilés, de restituer les biens confisqués, de soulager le peuple en abolissant les taxes arbitraires, d’effacer, en un mot, les traces odieuses de la servitude en rétablissant la liberté (•>).

Gomez Albornoz fit alors notifier aux troupes milanaises que, Bologne étant désormais entre les mains du pape, elles eussent à évacuer son territoire. Bernabos fit répondre qu’il n’obéirait point à une telle sommation avant d’en savoir les motifs, et, sans rien ajouter de plus, il donna ordre à ses gens de continuer leurs opérations. Ceux-ci étendirent d’abord leurs ravages jusqu’à Faenza; puis, laissant un camp retranché devant Bologne, ils se portèrent sur Cento, croyant surprendre celte place ; mais, après quelques attaques, l’ayant trouvée trop bien défendue, ils allèrent s’emparer de Budrio. Une trahison faillit même amener en leur pouvoir L’orli, celte ville si laborieusement conquise. Heureusement, le bon esprit des habi-

(t)Lescale, 1. V, p. 248. — SepuW., 1. 111, n° 7. — Cbron. Placent., Murat., t. XVI, p. SOS.

(2) Yiva la sauta Chiesa!

(5) Lescale, 1. V, p. 238, 264 et 265. — Sepulv,, 1. 111, n" 44. — Malt. Vill., 1. IX, c. ux>-.

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POSITION CRITIQUE D’ALBORNOZ. 299

tants fit échouer cette perfidie, dont les auteurs furent sévèrement punis (1).

Maître de Bologne, le légat se trouvait dans la situation la plus critique; il n’avait aucun moyen d’arrêter les progrès de Bernabos et de défendre par la force une acquisition due tout entière à son habileté. Le conquérant manquait d’argent, et par conséquent d’armée. 30,000 ducats de ses revenus personnels, le produit de la vente de sa vaisselle, avaient déjà été employés à pourvoir aux besoins les plus pressants (2), et il ne lui restait plus aucune faculté de créer d’autres subsides, .4 la vérité, on lui envoya d’Avignon une somme de 120,000 florins; mais, comme cet argent fut payé en trois termes et d’une manière irrégulière, il ne servit qu’à solder des arrérages (3). Les milices qui servaient de garnison à ses forteresses n’étaient entretenues que par les faibles contributions qu’il levait, avec la plus grande peine, dans le Patrimoine, le duché de Spolctc et la Romagne, pays ruinés par la guerre (4). De quelque côté qu’il sc tournât, tout espoir semblait détruit. L’empereur était éloigné ; Florence, avec laquelle le pape entretenait des négociations à cet égard, alléguait, pour se dispenser de prendre part à sa querelle, ses traités avec les Visconti, et aucune considération ne pouvait l’arracher à sa neutralité. Depuis le mois de mars jusqu’au commencement de septembre, l'intrépide légat fut obligé de rester spectateur immobile des ravages de ses campagnes et de la chute de ses places fortes. Tout paraissait désespéré. Mais, au moment où l’on croyait que Bernabos allait compléter la conquête du Bolonais par celle de sa

(t) Malt. Vill., I. IX, c. Lxxvii, ixxix et lxxx.

(2) Lescale, 1. V, p. 258.

(5) Matt. Vill., 1. IX, c. ICI.

(4) Id.. 1. IX, c. c.

niSTOIRK DE L.\ PAPAETÉ, HV. X.

capitale, tout à coup, le lü septembre 1300, il leva son camp et se replia avec précipitation sur la Lombardie. Cette brusque retraite venait d’ètre déterminée par la nouvelle qu’un grand corps de troupes hongroises marchait au secours de l’Église. En effet, sept mille Hongrois arrivèrent le 50 septembre à Bologne. L’armée milanaise n’eut pas plutôt disparu, que les Bolonais, s’unissant aux troupes pontificales cl ayant Galeotlo .Malatesta à leur tète, firent une sortie contre le camp retranché que l’ennemi avait laissé devant la ville, l’enlevèrent de force, et prirent ou passèrent au fil de l'épée tout ce qui s’y trouvait. La reddition de Varignano vint compléter ce premier succès (1).

L’apparition inattendue du secours devant lequel Bernabos fuyait était l’œuvre de la politique d’Albornoz. Repoussé de tous côtés, ce légat s’était adressé au roi de Hongrie ; dos négociations avaient eu lieu à Florence entre les envoyés du cardinal d’une part, et les ambassadeurs de Louis de l’autre, et, malgré tous les efforts de l’astucieux Visconti pour en empêcher le résultat, le monarque hongrois s’était engagé à prendre une part active à la guerre (2). La politique de Bernabos ne fut pas alors plus heureuse que ses armes. Quoique ce prince assiégeât Bologne et soutint une lutte déclarée avec l’Église romaine, il ne laissait pas d’entretenir à la cour d’Avignon des ambassadeurs, des avocats, des protecteurs, occupés à y poursuivre juridiquement la légitimation de scs prétentions. Ceux-ci se plaignaient que l'Église était injuste envers leur maître; qu’aux termes de la convention passée avec Clément VI, il avait encore quatre années à posséder Bologne; ils rappelaient les bulles de ce pape, et répandaient surtout beaucoup d’ar-

(I j Cron. di Bologoa, p. 4o6. — Chron. Placent., t. XVI, p. 505.

(2) Malt. Vill., 1. X, c. v.

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