‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 90 sur 146 · SOI · texte numérisé non relu

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gent. On dit, à tort ou à raison, qu’il y avait alors parmi les membres du consistoire assez d’âmes vénales pour faire espérer à Visconti un succès décisif de ce honteux moyen. Mais la grande majorité des cardinaux resta lidèle aux intérêts de l'Eglise. On finit par répondre aux ministres de Bernabos que, là la vérité, la convention passée entre Clément VI et l’archevêque Giovanni accordait au seigneur de Milan, pour douze années, la souveraineté de Bologne, mais moyennant une redevance; et l’on ajouta que, cette convention n’ayant jamais été remplie par les neveux de l’archevêque, le Saint-Siège était en droit de regarder la convention comme annulée ; qu’au reste, depuis quelques années, la seigneurie de Bologne n’était plus entre les mains des Visconli, mais bien dans celles de Giovanni d'Oleggio, qui, en rendanteette ville à l’Eglise, avait parla même renoncé à tous les droits qu’il pouvait tenir des Visconti ; qu’en conséquence, l'Église romaine était résolue de se maintenir dans la possession de Bologne. Cette décision fut immédiatement notifiée à Bernabos, et le pape s’adressa en même temps aux princes d’Allemagne, aux seigneurs guelfes de la Lombardie et aux républiques de la Toscane, afin d’en obtenir les subsides dont le trésor pontifical avait besoin pour continuer la guerre (1).

Sans doute, avec les sept mille Hongrois nouvellement arrivés, Albornoz aurait été en mesure de la pousser vigoureusement si ces soldats avaient été susceptibles de quelque discipline. Mais ce n’étaient que des barbares, plus disposés à piller qu’à combattre. Ils étaient venus en amis, et une armée ennemie n’aurait pas laissé sur son passage plus de ruines et de dévastations. Le cardinal, pour s’en

(1) I.fscale, I. V, p. 2oo et2ü6. — Sepiilv., 1. Ut, n" X. — Mail. Vill., 1. IX, c. ICI.

débarrasser et rejeter ce fléau sur les terres de son adversaire, leur adjoignit un corps de troupes, sous les ordres de Galeolto Malatesta, et les poussa vers Modene et Parme, dont ils ravagèrent la, territoire pendant vingt-cinq jours sans rencontrer de résistance. Après ces exploits, ils revinrent à Bologne (1). Mais alors, soit que le légat ne fût pas assez riche pour satisfaire leur cupidité, soit que, leurs services devenant trop onéreux, il ne pût s’en accommoder plus longtemps, ces mercenaires abandonnèrent la cause de l’Église et se dispersèrent. Une partie s’enrôla sous les drapeaux de Bernabos, l’autre se répandit dans la Romagne et y forma une nouvelle compagnie. Leur chef, Simon délia Morte, retourna en Hongrie. Le bruit se répandit alors que cette dispersion des Hongrois était le fruit des largesses de Visconti, qui, redoutant de se mesurer avec ces bandes sauvages, avait préféré les corrompre (2). L’inaction de Bernabos justifiait celte opinion; il acheva de la confirmer en écrivant d’un ton ironique au légat : « La peur que vous avez voulu me causer tournera bientôt « à votre confusion (3). »

En effet, par suite de la défection des Hongrois, le légal se trouva tout d’un coup sans armée et rendu à sa première détresse, tandis que son adversaire, qui pouvait disposer de (J0t),000 florins sans s’appauvrir, allait reparaître avec une nouvelle armée d’aventuriers allemands que lui amenait le comte de Lando. Tout annonçait que la reprise des hostilités, un instant suspendues, serait le si-’ gnal de la chute de Bologne. Pour la prévenir, .Albornoz quitta l'Italie au milieu de mars 13t>l, passa en Hongrie, et se rendit en personne à la cour du roi Louis. Tout parut

(1) Cron. di Bologna, p. 458.

(2) CbroD. Placent., I. XVI, p. S06.

(S) Malt. Vill., I. X, c. XT, xxi et xivin.

. DÉTRESSE D’ALBORNOZ. 303

d’abord flatter ses espérances , car il portait dans ses paroles une irrésistible séduction. Mais les ambassadeurs de Bernabos ne tardèrent pas d'arriver à leur tour. Albornoz Qlait pauvre ; ceux-ci avaient les mains chargées de présents. Tout fut changé : les sympathies favorables s’évanouirent, et, malgré la supériorité de sa politique, le légat ne put rapporter de sa mission qu’une défense aux Hongrois qui servaient dans l'armée de Bernabos de combattre contre l'Église, défense qui demeura sans exécution (1).

Des la lin de mars, les opérations militaires avaient recommencé de la part de Visconti. « Je veux que Bolo- « gne soit à moi ! » s’était-il écrié en ouvrant la campagne. Le 1“ avril, la trahison l’avait déjà rendu maître de Monteveglio. Le 15, lui-méme, débouchant par Modèneà la tête d’un renfort de deux mille cavaliers, vint s’établir à Castel-Franco, et fit aussitôt attaquer Pimaccio, dont il s’empara le 9 mai. Cinq jours après, il prit encore Girone et se rapprocha de Bologne, tandis que Giovanni Manfredi, fils de Riccardo Manfredi, seigneur dépossédé de Faenza, et Francesco des Ordelafiî, excités par lui à la révolte, et placés à la tête de corps considérables, rallumaient la guerre en Romagne (2).

Bernabos resta peu 3e temps à son armée; il la quitta pour retourner dans le Milanais, où des affaires exigeaient sa présence, et en laissa le commandement à Giovanni Bizozero ou Bileggio, vaillant chevalier et chef expérimenté, pour qui il avait la plus grande affection. Ce général s’occupa sur-le-champ de resserrer Bologne en construisant deux redoutes ; la première au pont du Reno,

(1) Malt. Vil!., I. X, c. xu, xiv el uw.

(2) Id., 1. X, c. xu et xtTiii. — Cron. di Bologna, p. 461 1

la seconde à Corlicella. Bienlôl, de toutes les routes à l’aide desquelles cette ville communiquait avec le délions, la roule seule de Florence resta libre. Bilcggio résolut de l’intercepter comme les autres, et y envoya deux cents barbules. Mais Gômez \lbornoz lança sur eux, pendant la nuit, Malatesla Ungbero, qui les força à la retraite après leur avoir fait éprouver une perle considérable (1).

Ce faible succès d’une garnison qui ne comptait que quelques centaines de cavaliers ne pouvait que retarder un peu la prise de Bologne. L’beure critique de celle ville allait sonner lorsque le vieux Malatesla, en désespoir de cause, s’avisa d’un stratagème. Il expédiera Giovanni Bileggio un émissaire secret et afiidé, qui lui annonce que, tout récemment, lui, Malatesla, a découvert, par une lettre du légat que le hasard a fait tomber entre ses mains, que ce prélat perfide n’allcndait qu’une occasion pour lui enlever le reste de sa seigneurie, et qu’ainsi, dans la vue de prévenir sa ruine entière, il était tout disposé à se joindre aux Visconli, s’ils lui envoyaient une force imposante et qui le mit en état de n’avoir rien à craindre de la puissance d’.\lbornoz dans le pays. L’adroit Bomagnol ajoutait que son frère Galeotto, parfaitement au courant de ses projets, sortirait de Bologne à un signal convenu, entraînant avec lui l’élite de la garnison, sous prétexte de secourir Bimini, qu’on ferait menacer à propos par Ordelaffi, et qu'ainsi celle ville, étant privée de la meilleure partie de ses défenseurs, ne pourrait manquer de succomber. Une lettre supposée d’Ordelaffi, que le même envoyé remit au général milanais, en l’averlissanl que ce seigneur était d’accord avec Malatesla, lui apprenait qu’Ordelaffi

(1) Cron. di Bologno, p. 461. — Mail. Vill., I. X, c. mit.

DÉFAITE DE BERNABOS. saï

n’attendail que le secours demandé pour s’emparer de Forli.

Le caractère eijlrcprenanl de Malalesta, le désir tout naturel de rentrer dans sa souveraineté, une intrigue si bien ourdie, tout portait à croire que les propositions de l'envoyé étaient sérieuses. Bileggio donna dans le piège; et, détachant aussitôt quinze cents hommes, c’est-à-<lire la moitié de son armée, il les envoie en Româgne pour y accomplir, sous les ordres d’Ordelafïi, l’expédition prétendue contre Rimini. Les auteurs du stratagème n'attendaient que cette fausse démarche ; mais il fallait se hâter de peur que la vérité, promptement reconnue, ne vînt détruire l’effetd’un plan si habilement concerté. Sur-le-champ Galeotto Malatesta s’échappe de Bologne , comme pour allcrsecourir Rimini, et se porte tout d’un trait su rFaenza, par imola. Là, il rallie Pierre Farnèse avec cinq cents cavaliers et trois cents Hongrois, et, retournant brusquement sur ses pas, il rentre à Bologne dans la nuit du 1 9 juillet. Sa marche avait été si rapide, et en môme temps si secrète, que le camp ennemi ne s’en aperçut point, e( que les habitants de Bologne, en entendant les pas de tant de nouveaux soldats, crurent simplement entendre le mouvement accoutumé de la garde qui se relevait (I).

Pendant que ces manœuvres s’accomplissaient, Bileggio, qui s’imaginait n’avoir bientôt affaire qu’à une garnison affaiblie, s’apprêtait à porter le dernier coup à Bologne. Le IG juillet, à la tète de quinze cents cavaliers et de deux mille fantassins, il s’avança sur la route de Pianoro jusqu'au pont de San-Ruffello, sur la Savenne, sans trouver aucune résistance. Là, sous les murs de la ville et dans

(I) Bologncsi ch' crano à dormire pensando fossero genle di giiardia. (Malt. Vill., 1. X, c. Lix.)

50H mSTOlRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. X.

le lit même de la Savenne, il fit travailler à une troisième redoute destinée à fermer enfin la route de Toscane à Bologne. Les travaux de cette redoute furent poussés, pendant les trois jours suivants, avec une activité d'autant plus grande, qu’aucune démonstration de la part de la garnison ne vint contrarier les travailleurs. Mais, le 20, la scène changea tristement de face pour les Milanais. Sitôt que Galeotto eut revu Bologne avec son renfort, Gomez Albornoz fit annoncer qu’au signal de la cloche tous les bourgeois et les soldats devraient se trouver en armes et prêts i\ combattre. Cette proclamation répandit une telle ardeur, que le reste de la nuit fut employé aux préparatifs de la guerre. Dès les premiers feux du jour, les portes de Bologne s’ouvrent, et Gomez Albornoz, Fernand Blasco, Galeotto Malatesta, Malalesta Unghero et Pierre Farnèse sortent è la tête de sept cents cavaliers, de trois cents Hongrois, et de quatre mille bourgeois, qui se rangent en bataille sur les deux rives de la Savenne, Grande fut la surprise de Biloggio et de ses gens quand ils virent, au lieu d'une garnison réduite à quelques hommes, toute une armée venir contre eux. Cependant, comme ils avaient encore l'avantage du nombre et qu’ils étaient des hommes de cœur, iis SC préparèrent au combat. Mais, surpris dans une position qu’ils n’avaient pas choisie, et assaillis avec fureur, ils ne tardèrent pas à être rompus. Leur défaite fut horrible. Gomez Albornoz ayant manœuvré dès le commencement de l’action de manière à leur couper la retraite, peu d’entre eux échappèrent au désastre. Sept cents morts, six cents blessés, neuf cent quarante-six prisonniers, au nombre desquels se trouvait le général en chef Giovanni Bileggio, un butin immense, furent le résultat de cette incroyable victoire. Elle coûta cher toutefois à l’armée pontificale, qui y perdit le brave Fernand Blasco, deux cents hommes,

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