‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 9 sur 146 · CARACTÈRE DE BENOIT XII · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DE BENOIT XII

allures mondaines qui nuisaient à la chose ecclésiastique, ' et voulait-il la ramener à une sphère exclusivement spirituelle. Mais cette manière de voir, si tant est qu’elle dirigeât la conduite de Benoit XII, était fausse : les intérêts humains de la Papauté devaient la repousser. 11 y avait pour elle un danger imminent à abdiquer cette suprématie politique dont elle tenait le sceptre surtout en Italie. C’était rétrograder vers cette funeste impuissance à laquelle des prodiges de génie l’avaient arrachée. Il est des nécessités qu’il faut, bon gré, mal gré, subir. Une résolution infiniment louable de notre pontife, et qu’il déclara dès le début de son règne, était de se soustraire à l’influence française (1). Nous verrons cependant qu’il ne fut pas toujours assez heureux pour y échapper.

Parmi les derniers projets de Jean XXII, celui de transporter la cour romaine avait été un des plus importants; Benoît XII songea à reprendre ce projet. 11 y fut déterminé par l’arrivée à Avignon d’une ambassade envoyée par la ville de Rome (2). L’histoire ne nous a point fait conuaîlre les noms des personnages qui composaient cette ambassade; mais Benoît XII nous apprend lui-même, dans une lettre au roi de France (3), qu’il les reçut avec honneur en consistoire, et que leurs instances l’impressionnèrent si vivement, (ju’il leur donna sur-le-champ l’assurance formelle de rendre le Saint-Siège à leur cité. Quant à l’époque précise de son départ, les députés devaient, au mois d’octobre 1535, recevoir sur ce pointune réponse positive.

Tant qu’il ne s’était agi que d’une promesse vague de voyage, les cardinaux n’avaient nullement songé à traverser les intentions du pape. Mais quand, au terme con-

(1) Alb. Argent. Chroii., p. 425.

(2) Plol. Lucens., Ilisl. eccl., I. XXIV, c. xliii.

(3) Ap. Reynald, ann. 4335, u° 3.

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venu, il fallut s’expliquer sans détour, une forte opposition s’éleva dans le conseil. Ëlie de Talleyrand et deux autres cardinaux, tous trois, dit-on, agents secrets de Philippe de Valois, développèrent une thèse tendant à prouver que le Saint-Siège devait rester en France. Benoit XII céda, et rendit aux députés romains une réponse négative (■!).

Cependant, quelque temps après, le pontife, étant tombé dangereusement malade, crut découvrir dans cet événement la main de Dieu qui le châtiait de son refus de restituer à la Papauté son siège naturel. Pénétré de repentir, il ordonna que, s’il venait à succomber, sa dépouille mortelle fût transportée à Borne (2), et, dès qu’il eut recouvré la santé, il résolut d’aller se fixer â Bologne (5). Cette détermination, qu’il manifesta en plein consistoire, et à laquelle il voulut que la plus grande publicité fût donnée, excita le patriotisme d’un jeune Italien dont le talent commençait à SC déployer avec éclat. Ce Jeune homme était Pétrarque. Sa vie appartient à notre histoire.

Il avait vu le jour, en 1302, dans la patrie de Mécène, à Arezzo, où son père, compromis dans la lutte des Noirs et des Blancs qui sc disputaient alors le pouvoir à Florence, était venu chercher un asile. On l’appela Francesco à son baptême. Son vrai nom, le nom de son père, était Pelracco; la postérité lui a donné celui de Pétrarque. 11 séjourna peu â Arezzo. Sa mère vint d’abord s’établir avec lui à Aiicisa, dans le val d’Arno (4), et Pelracco, après avoir erré quelques années par la Toscane, dans un état voisin de la pauvreté, prit enfin le parti, en 1313, do sc rendre à .Avignon avec sa famille. Tous les Italiens mécontents

(1) Apud Raynald, ann. I33S, n° S.

(2) Pclrarc. Carm., 1. 1, cp. ii.

(5) Baluze, Vitœ, 1. 1, p. 199.

(4) De Sade, Mémoires pour la vie de Pétrarque, 1. 1, p. 17.

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