AFFAIRE D'ESPAGNE. 3O
et dont la plupart des chefs revinrent plus ou moins grièvement blessés (1).
A la nouvelle de cette défaite, la douleur de Bernabos fut extrême; il prit le deuil, et demeura plusieurs jours sans vouloir parler à personne. Ordelalïi se portait contre Rimini quand il apprit le désastre de l’armée milanaise; il rebroussa chemin aussitôt, et, parcourant en vingt-quatre heures cinquante-six milles, il arriva, avec ses troupes, à Luco. La victoire de San-Ruffello rendit au légat, sur Bernabos, une supériorité quec«;lui-ci n’essaya plus de lui disputer (2),
Si la puissance temporelle de la Papauté triomphait en Italie, son inlluence morale n’obtenait pas ailleurs le même succès. En Espagne, en France, l’autorité d’innocent Tl était méconnue. En Espagne d’abord.
De bonne heure, le successeur du grand Alphonse XI, Pierre, surnommé le Cruel, avait attiré sur sa conduite les regards du chef de l’Église. Nous avons déjà touché quelque chose du caractère de cet homme atroce, l’horreur de son siècle et de la postérité. Disons maintenant la cause de sa querelle avec le Saint-Siège. Dès les premiers jours de son règne, Pierre s’était épris d’un amour désordonné pour une jeune dame, nommée Maria Padilla, qui n’avait pour tout mérite qu’une jolie figure. Les hommes sages qui environnaient le trône crurent pouvoir mettre un frein à celle passion naissante en procurant à leur jeune maître une compagne qui, tout en fixant son cœur, ajouterait encore par sa naissance un nouvel éclat à la couronne de
(t)Sepulv., 1. ni, n°5».— Lescale, l.Vl, p. 279, 280 cl 281. — .Malt. Vill., 1. X, c. iix. — Cron. di Bologna, p. 46t. — 11 est question de cette victoire mémorable dans deux lettres d'.lnnocent'VI, l'nne aux Bolonais, l'autre à Galeotto Maiatesta. (Anecd., t. Il, p. 1024 et 1025.1 (2) Matt. Vill., I. X, c. in.
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Castille, et ils jetèrent les yeux sur une princesse de la noble maison de France. En 1352, l’évêque de Burgos et Alvarez Garcia d’Àlbornoz, envoyés à Paris, obtinrent du roi Jean, pour épouse à Pierre, Blanche de Bourbon, une des femmes les plus accomplies de son siècle. Celte princesse arriva, le 21 février 1553, en Espagne, suivie d’une nombreuse escorte de barons, qui l’accompagnèrent jusqu’à Valladolid, et son mariage avec le prince fut célébré le 3 juin avec une pompe et une allégresse qui semblaient présager une union plus heureuse (1).
Un instant l’amour que Pierre parut concevoir pour sa royale épouse fil croire que son cœur allait se fixer à ce noble objet ; mais la cérémonie des noces était à peine achevée, que l’inconstant monarque répudiait sa vertueuse compagne et courait se jeter dans les bras de la Padilla. Un pareil scandale révolta la Castille. De nombreux seigneurs, à la tète desquels se montraient la tante et la mère du roi, se soulevèrent en faveur de Blanche. Mais Pierre, sans se soucier de ces mouvements, continua ses débauches. Bien plus, il abandonna tout à coup Maria Padilla, se fit une autre maîtresse de Jeanne de Castro, et contracta publiquement avec celle dernière un mariage, accusant de nullité celui qui l’unissait à Blanche. Deux prélats, indignes flatteurs des impudiques amours du monarque,
1 évêque d Avila et l'évêque de Salamanque, osèrent, *de leur autorité privée, prononcer la séparation des époux (2).
A ces nouvelles, qui ne lardèrent pas d’être portées à Avignon, Innocent VI envoya eu Castille l’évêque de Césène, avec le litre d’internoncc, cita les deux prélats audacieux à comparaître devant le Saint-Siège apostolique
(1) Ferreras, Hist. generale d’Espagne, l. V, p. 291 . — Mariana , de Rebus Ilispan., 1. XVI, c. xvii.
(2) Ferreras, p. 259 cl 267. — Mariana, I. XVI, c. iviii.