‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. Christophe (volume 2)Chapitre 94 sur 146 · FFA1RE DE FRANCE · texte numérisé non relu

FFA1RE DE FRANCE

lion de ses débauches; mais les exhorlalions du légal, comme celles du pape, demeurèrent inutiles, cl l’on fut obligé d’en revenir à l’excommunication el à l’interdit. Enfin, en 1Ô59, Innocent VI, à la sollicitation du roi d’Aragon, envoya en Espagne le cardinal Gui de Boulogne. Le choix de ce légat sembla de bon augure : la haute naissance de Gui de Boulogne, la considération dont il jouissait par toute l’Europe, son habileté, firent espérer qu’il viendrait à bout de ce que n’avaient pu faire ses devanciers. En effet, le cardinal fut d’abord gracieusement reçu de tous, et ses premières ouvertures pour la paix entre les deux royaumes trouvèrent peu d’obstacles. Mais les difficultés survinrent bientôt, elles se çompliqucrent„et ce ne fut qu’après deux ans et des peines inouïes que ce légat parvint à aplanir les voies à une réconciliation, et à faire accepter aux deux monarques ennemis, à condition que chacun restituerait ses conquêtes, un traité de paix (1). Moins de deux ans après, ce traité n’existait plus. Quant à ce qui concernait l’infortunée Blanche, les bons offices du légat n’aboutirent à rien. Pour se débarrasser de nouvelles importunités, Pierre envoya à celle princesse des sicaires qui la mirent à mort dans sa prison (2).

Les paternels efforts d’innocent VI avaient échoué en Espagne contre l’immoralité inouïe d’un homme; en France, ce furent l’ambition d’une part, de l’autre la présomption, qui les paralysèrent. Nous avons vu comment le cardinal Gui de Boulogne, peu de temps avant la mort de Clément VI, s’était rendu à Paris dans le but de changer en un traité de paix la trêve qui existait entre Jean II et Edward 111. Ce prélat avait pris sur lui toute la responsa-

(t) Ferreras, l. V, p. 317 el 336.

(2) Hariana, I. XVII, t iv.

bilité de cette difficile mission, et voulut l’accomplir à ses frais. Malgré son désintéressement et son habileté, il ne put obtenir ce qu’il désirait, et tousses efforts n’aboutirent qu’à un prolongement de la dernière trêve, qui fut prorogée d’année en année jusqu’en et à des conférences qui devaient avoir lieu à Avignon en présence du pape(l).

Ces conférences eurent lieu en effet en 1554. La France y envoya pour plénipotentiaire messire Pierre de Bourbon, et l’Angleterre Hem^, duc de Lancastre. « Si furent « ces deux seigneurs en Avignon un grand temps, et y tin- « rent grand état et noble ; et là eut grands parlements et « traites de paix, et plusieurs choses proposées et parle- « menlées devant le pape>Mais à ce temps on n’y put onc- « ques trouver moyen de paix, » On se sépara donc sans avoir rien fait ; les choses restèrent dans l’état où on les avait prises ; et, comme la trêve expira dans ces entrefaites, les hostilités recommencèrent (â). Elles furent le signal de nouveaux désastres pour la France. Les Anglais entrèrent en campagne sous la conduite du prince de Galles, dit le prince Noir, fils d’Edward 111, les Français sous celle du roi Jean. D'abord, toutes les chances se trouvèrent en faveur de ce monarque, qui, combattant sur son territoire et avec des forces supérieures, réduisit son adversaire aux plus fâcheuses extrémités. Toutefois, ce début prospère devint la cause de tous ses malheurs.

Malgré le peu de succès des conférences d’Avignon, Innocent VI n’avait pas renoncé à réconcilier les deux partis. Il n’eut pas plutôt reçu la nouvelle de la reprise des hostilités qu’il envoya, pour les arrêter, le cardinal Ëlie de Talleyrand et le cardinal de Saint-Vital, Nicolas Capoccio.

(1) Baluze, Vilœ, 1. 1, p. 508.

(S) Froissart, 1. I, part. II, c. xiv. — Baluze, Vit®, 1. 1, p. 524. — Du Tillet, Recueil des traités, p. 244 et 245.

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