BATAILLE DE POITIERS
Les légats accoururent en toute hâte sur le théâtre de la guerre; ils trouvèrent les deux armées en Poitou, se préparant à une lutte suprême. Ils entamèrent sur-le-champ de.s négociations avec les chefs des deux partis; mais les dispositions des esprits étaient telles, que les légats travaillèrent en vain. Les Français; fiers de la supériorité du nombre, voulaient à tout prix battre les Anglais; ceux-ci, quoique plus faibles que leurs adversaires, ayant pour eux le souvenir de leurs anciennes victoires, espéraient vaincre encore. Cependant leur position était critique, car, du côté des Français, plus de vingt mille hommes d’armes, cent vingt ducs ou comtes, se présentaient au combat, tandis que les Anglais ne pouvaient mettre en ligne que deux mille hommes d’armes et six mille archers (1). Le cardinal de Périgord déploya dans cette occasion solennelle une conduite qui l’a immortalisé.
Déjà les deux armées étaient en présence, rangées dans leur ordre de bataille, et n’attendaient que le signal du combat, lorsqu’un cavalier accourt à toute bride et se présente au camp des Français : c’est le cardinal de Périgord lui-même. 11 se jette aux pieds du roi et le supplie à mains jointes de retarder la charge un instant : « Très-cher sire, « dit-il, vous avez ci toute la fleur de la chevalerie de vote tre royaume assemblée contre une poignée de gens que « les Anglois sont au regard de vous ; et, si vous les pou- « vez avoir, et qu'ils se mettent en votre merci sans ba- « taille, il vous seroit plus honorable et profitable à avoir « par cette manière, que d’aventurer si noble chevalerie « et si grand’ que vous avez cy : si vous prie, au nom de « Dieu et d'humilité, que je puisse chevaucher devers le « prince et lui montrer en quel danger vous le tenez. »
(1) Froissart, 1. I, part. II, c. xxii et xxvii.
Celte permission lui esl accordée, il en profite pour aller offrir au chef anglais un accommodement; le prince de Galles y consent volontiers. Pendant toute la journée du lendemain, le cardinal de Périgord passa d’un camp à rautre, essayant de rapprocher les deux chefs, objectant qu’un traité quelconque valait mieux qu’une bataille, quel- (]ue glorieuse qu’elle pût être au parli que favoriserait la victoire. Le prince de Galles, général non moins sage que vaillant chevalier, à la vue de la faible ligne de soldats qu’il avait à opposer aux nombreuses phalanges du roi, n’était point éloigne d’accepter une transaction honorable. 11 offrait meme, pour le bien de la paix, de restituer aux Français toutes les conquêtes de la campagne, de rendre tous les prisonniers cl de faire serment de ne point armer contre le royaume de France pendant sept ans. Ces offres renfermaient tout ce que l'honneur du prince lui permettait d'accorder, et un ennemi prudent et généreux les aurait acceptées. Mais .lean était enivré de l'espoir d'une facile victoire, et, malheureusement, son conseil, composé de jeunes cl téméraires chevaliers, partageait sa funeste conliancc. On regarda les propositions du prince de Galles cx)mmele résullalde la frayeur, et l’on répondit qu’un accommodement ne serait possible (ju’aulanl que le prince et cent chevaliers viendraient se constituer prisonniers du roi (1).
Tous les efforts du cardinal de Périgord furent inutiles pour faire, changer ou du moins modilier cet uUimatiiin ; et, comme ses instances devenaient importunes à cette jeunesse bouillante et téméraire, « il lui fut dit yreusement « que il retournât à Poitiers, ou là où il lui plairoit, et que « plus ne portât aucunes paroles de traité ni d'accord, car
(1) Froissart, 1. 1, part. II, c. xxxii.
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