‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 13 sur 60 · DANTE · texte numérisé non relu

DANTE

de cent soixante ans plus tard, par Bernardo Bembo, protecteur de Ravenne et père de l'illustre cardinal de ce nom (1).

Dante était profondément versé dans presque toutes les sciences de son temps. Chose rare ! il fut à la fois grand poëte, grand philosophe et grand orateur. H discourait aussi bien qu'il écrivait; et quant à la poésie, l'Italie, depuis qu'elle parlait une langue nouvelle, n'avait pas produit un génie qui l'eût cultivée avec autant de perfection. C'est un de ses contemporains qui lui rend cet hommage (2); et il n'a rien d'exagéré. Dante est en effet un de ces esprits rares que la nature se plaît à orner des dons les plus précieux, et qui seuls suffiraient à illustrer un siècle et une nation. Jl est parvenu jusqu'à nous un assez grand nombre d'ouvrages de ce poëte ; mais celui qui l'a immortalisé est sa Divina Commedia, ou le récit en cent chants d'un voyage accompli au travers de l'enfer, du purgatoire et du paradis. Il parcourt les deux premières régions sous la conduite du poëte Virgile, et la troisième sous celle de Béatrix de Portinari, jeune femme naguère l'objet d'un premier amour, que la mort lui avait enlevée en 1290, et qu'il n'avait jamais oubliée.

Comme Y Iliade d'Homère, le poëme de Dante est tout à la fois une œuvre poétique, théologique et philosophique. Les dogmes du Christianisme et les découvertes de la science sur le système du monde y paraissent revêtus des magnificences d'une poésie égale à celle du chantre de

(1) Tiraboschi, p. 487.

(2) Questi fu grande iilterato quasi in ogni scienza, fu sommo poêla c filosofo e rettorico, perfelto tanlo in ditlare e versiticare, corne in ariaghiern parlare , nobilissimo dicitore , e in rima sommo con più polito e bello stile , che mai fosse in nostra lingua al suo tempo e piu inanzi. (Giovanni Villani, L. IX, c. cxxxiv.)

Smyrnc. On a prétendu que la première idée de ce poëme n'appartenait point à Dante, qu'il l'avait puisée dans un ouvrage peu connu de Brunetto Latini, son maître, ouvrage intitulé Tesorctto (I). 11 y a, en effet, dans le Fesoretto, qui a pour objet un voyage de l'auteur, une vision mystérieuse, une description de lieux et d'objets fantastiques, la rencontre d'un poëte lalin, Ovide, qui sert de guide au poëte moderne, et celle d'un astronome ancien, Ptolémée, qui lui explique les phénomènes du ciel. Rien d'improbable que ces trois idées du maître n'aient inspiré au disciple ses trois idées de l'Enfer, du Purgatoire et du Paradis. Mais, s'il y a quelques traits de ressemblance entre les plans des deux poëmes, il n'y en a sûrement aucune dans leur exécution. Autant le Tesoretto est pauvre, vulgaire, autant la Divina Commcdia est riche et majestueuse. Il faudrait écrire un volume enlier pour passer en revue tous les sujets magiques que le poëte a su rassembler dans cette galerie enchantée. Quel tableau imposant et terrible que la description de l'enfer ! quelle scène touchante que celle où Francesca da Rimini raconte comment un amour coupable et malheureux la conduisit à la mort avec son amant! Quel sombre épisode que celui du comte Ugolino, affamé de vengeance, rongeant avec ses dents le crâne de l'archevêque Ruggiero, et interrompant son horrible festin pour retracer l'épouvantable agonie de luimême et de ses enfants, condamnés à mourir de faim dans une tour murée! Mais il faudrait tout citer. L'imagination de Dante est inépuisable, elle ne laisse pas reposer l'admiration. Ici elle la berce par les images les plus riantes, là elle la ravit sur les hauteurs du sublime ; et, quand celle-ci veut s'arrêter haletante sous le poids d'indicibles

(1) Ginguené, t. Il, p. 9 et 10.

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