‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 22 sur 60 · VOYAGE ET MALADIE DU PAPE · texte numérisé non relu

VOYAGE ET MALADIE DU PAPE

Bordeaux (1). Il séjourna dans sa ville archiépiscopale pendant l'espace d'une année entière. Ce fut une année d'inaction pour lui (2), soit parce qu'il avait remis la discussion des grandes affaires à l'époque de son entrevue projetée avec le roi de France, soit parce qu'il fut attaqué alors d'une grave maladie. En effet, la révolution inattendue arrivée tout à coup dans la vie de Clément V par sa promotion à la plus haute dignité de la terre, les émotions qui l'avaient accompagnée, les chagrins causés par les accidents survenus à son intronisation , ses voyages répétés, tant de soins, tant d'inquiétudes qu'enfantaient chaque jour des rapports si nombreux, si difficiles, avaient altéré sa constitution, naturellement délicate et faible. En peu de jours il fut conduit aux portes du tombeau (3). Il ne succomba pas toutefois; mais, ébranlé par la secousse, il resta longtemps dans un état de souffrance et de langueur. Si nous l'en croyons lui-même, dans une constitution qu'il publia à l'époque de sa convalescence, cette épreuve, que Dieu envoie aux grands comme aux petits, pour les rappeler au souvenir de leur mortalité, ne fut pas inutile au pape. De son lit de douleur, il s'était transporté à ce tribunal redoutable devant lequel toute grandeur s'efface. Là, sa haute dignité, dépouillée de ses enivrantes illusions, ne lui avait laissé voir que l'effrayante responsabilité qu'elle impose, et il avait résolu d'en accomplir sévèrement les obligations s'il était rendu à la vie. Les commendes pesaient lourdement sur sa conscience. L'usage s'était introduit d'accorder à des ecclésiastiques ou à des religieux des églises patriarcales, archiépiscopales ou épis- Ci) Baluze, 1. 1. p. 3 et 580.

(2) Curia, ralione infirmitatis papa?, per unum annum quasi sopita stetit. (Baluze, secunda Vita démentis V, p. 26.)

(3) Epist. papœ ad regem Francorum, ap. Baluze, t. Il, p. 76.

copales, durant la vacance des sièges, à litre de garde ou d'administration, pour un temps limité ou même pour toute leur vie. Les plus graves abus étaient la conséquence de ces sortes de commissions mercenaires. C'est pourquoi Clément V déclara que, si de hautes recommandations avaient pu jusque-là l'engager à conférer ces grâces extraordinaires, sa détermination était prise de ne plus le faire à l'avenir (1). Il est probable que les remords du pape portèrent aussi sur d'autres points, car dès ce moment son administration devint plus sévère.

La maladie de Clément V se prolongea durant une partie de l'année 1307, et il était encore faible et souffrant lorsqu'il se rendit au lieu convenu pour son entrevue avec le roi de France. La désignation de ce lieu avait soulevé quelques difficultés. Philippe le Bel, on ne sait pourquoi, se montra un instant difficile sur ce point. Le pape avait d'abord proposé Toulouse comme plus commode, vu Téta 1 de sa santé. Des motifs, que le roi ne jugea pas à propos de donner, lui firent rejeter cette ville. H proposa luimême Tours, et ce ne fut qu'avec une certaine répugnance que, cédant aux justes réclamations du pontife, il se décida pour Poitiers (2). L'époque de l'entrevue avait été fixée au milieu ou à la fin d'avril ; mais, quoique Clément V, avec toute sa cour, se fût rendu à Poitiers avant cette époque, Philippe le Bel n'y arriva qu'au mois de juin. 11 était accompagné de ses trois fils, de Charles de Valois, son frère, et d'une multitude de barons. Le roi de Navarre, Robert, duc de Calabre, le comte de Flandre, avec ses fils, y vinrent aussi (3). Alors commencèrent des

(1) Raynald, ann. 1307, n° 28.

(2) Voir les Lettres de Philippe et de Clément V. publiées par Baluxe. t. II, p. 88, 90, 91, 95 et 96.

(3) Giovanni Villani, 1. VIII, c. xci.— Baluze. 1. 1, p. 6.

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