‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 23 sur 60 · CONFÉRENCES DE POITIERS · texte numérisé non relu

CONFÉRENCES DE POITIERS

conférences importantes. On s'y occupa d'abord de négocier une paix solide entre la France et l'Angleterre. Le dernier traité était mal observé ; on ne s'entendait pas sur les principales conditions. Des deux côtés partaient des plaintes, et les deux royaumes étaient sur le point de se replonger dans toutes les calamités de la guerre. Cependant les partis avaient besoin de repos et le désiraient; aussi se montrèrent-ils faciles et sincères. La mort même d'Edward I er , qui survint, n'interrompit point les négociations; elles continuèrent avec Edward II, son (ils et son successeur, et, grâce à la médiation du pape, la bonne harmonie fut consolidée entre les deux puissances. Edward II épousa Isabelle, fille de Philippe le Bel, ratifia lui-même à Boulogne, l'année suivante, le traité qu'avait fait son père, et rendit au roi de France l'hommage lige pour le duché de Bourgogne et le comté de Ponthieu (I).

Le pape ne fut pas moins heureux dans ce qui concert nait le différend de la France avec la Flandre. Ici, il ordonna bien plus qu'il ne négocia la paix; il prêcha aux deux partis l'oubli réciproque de leurs injures, recommanda au comte de Flandre la soumission envers son suzerain, et dressa comme monument de la paix une bulle solennelle où il frappait d'avance les infractcurs des censures ecclésiastiques. Cette paix fut en effet durable (2).

Clément V déployait, à Poitiers, une grande activité. Ayant appris que Gaston, comte de Foix, et Bernard, comte d'Armagnac, depuis longtemps divisés par une querelle d'intérêt, étaient en présence et disposés à tirer le glaive, il songea à les pacifier, et leur envoya Gonzalve, évêque de Zamora, et Hélie, abbé de Noailli, avec ordre

(!) Raynald, ann. 1507, n°9. — Du Tillet, Recueil des traités, p. 195. (2) Raynald, ann. 1507, n° 8.

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de leur faire poser les armes. Ces deux prélats, arrivés sur les lieux, annoncèrent le but de leur mission; et, comme le comte de Foix était l'agresseur, ils lui intimèrent de ne rien entreprendre contre son adversaire, sous peine d'excommunication pour sa personne et d'interdit pour ses États. Dans l'ardeur de son ressentiment, le comte résista d'abord et fut frappé de la sentence canonique. Mais bientôt, reconnaissant sa faute, il accourut à Poitiers, où le pape le reçut en grâce et termina le démêlé des deux barons (I). C'est ainsi que l'autorité pontificale s'employait au repos des peuples.

La Hongrie, dans la même occasion, éprouva l'effet de ses bons offices. Ici, nous devons reprendre les choses de plus haut. Après la mort de Ladislas M, arrivée en 1290, ce prince, n'ayant laissé aucun héritier direct, Charles le Boiteux, roi deNapIes, réclama le trône de Hongrie pour son fils aîné, Charles Martel, né de sa femme Marie, sœur de Ladislas, et le fit couronner par un légat du Saint- Siège. Mais, avant d'avoir pris possession, ce jeune monarque trouva un puissant compétiteur dans André, surnommé le Vénitien, issu, dit-on, du sang royal de Hongrie, et qu'à ce titre les grands de la nation avaient appelé, du vivant même de Ladislas III, pour l'opposer à ce prince, dont les vices leur étaient devenus insupportables (2). On dit même que l'empereur Rodolphe de Hapsbourg, oubliant en cette rencontre la générosité de son caractère, chercha à profiter de ces dissensions pour accroître sa puissance d'un magnifique domaine. Mais Nicolas IV, qui occupait alors le trôné pontifical, envoya aussitôt en Hongrie deux légats, pour signifier à l'empereur que la Hongrie

(1) llist. du Languedoc, t. IV. p. 143.

(i) Thwrocz, Chronica Hungarorum, pars II, c. lxxxii.

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