AFFAIRES DE HONGRIE
étant sous le patronage du Saint-Siège, il n'appartenait point au chef de l'Empire de lui donner un roi, encore moins de dépouiller de ce titre le prince que son droit naturel et la faveur du Saint-Siège en avaient investi (1). Rodolphe de Hapsbourg retira ses prétentions, mais André continua à régner, malgré l'opposition du pape, jusqu'à sa mort, qui eut lieu en 130i. Celle de Charles Martel, son rival, la suivit de près; mais son flls Carobert fit revivre les droits de son père, et fut proclamé roi de Hongrie par Boniface VIII. Une partie des seigneurs hongrois reconnut le monarque désigné par le pape; l'autre partie, à la tète de laquelle figurait l'archevêque de Kolotza, s'indigna que l'autorité pontificale voulût s'arroger un droit qui appartenait, disaient-ils, à la nation hongroise; et, dans une assemblée convoquée à cette occasion, le prélat proposa d'offrir la couronne à Wenceslas, roi de Bohême, un des grands princes de son siècle, et qui, par les alliances de ses ancêtres, tenait à la maison royale de Hongrie. Cette proposition fut accueillie par des applaudissements unanimes; tous s'écrièrent : « Que Wenceslas soit notre roi « comme il l'est des Bohémiens et des Polonais !» Et, sur-lechamp, une ambassade solennelle partit pour aller saluer roi de Hongrie le monarque bohémien, et l'inviter à venir prendre possession de son royaume. Wenceslas refusa nettement pour lui-même le dangereux honneur que lui offrait un parti mécontent et rebelle, et ce ne fut que sur les importunes instances des ambassadeurs qu'il consentit à leur donner son jeune fils Ladislas, qui fut emmené en triomphe, sacré et couronné roi à Albe royale (2). La joie causée par cette intronisation dura peu. Boni-
(1) Rayaald, ami. 1291, n 05 48 et 49.
(2) Dubrawius, Historia bohemica, 1. XVIU.
face VIII n'en fut pas plutôt instruit, qu'il frappa ses auteurs des analhèmes de l'Église et se hâta d'envoyer en Hongrie le cardinal d'Ostie, Thomas Boccassini, pour y faire disparaître ce fantôme de souverain et soutenir l'autorité du Saint-Siège. Ce cardinal, qui devint bientôt Benoît XI, était digne, par sa prudence et sa fermeté, de la mission difficile qui lui avait été confiée; mais tous ses efforts vinrent se briser contre les passions du parti bohémien, et il revint en Italie, après avoir jeté toutefois l'interdit sur la ville de Bude (I). Les chefs des deux partis furent alors cités devant le tribunal du pape. Là , commença un procès dans les règles, à la suite duquel la couronne de Hongrie fut de nouveau confirmée à Caroberl, et Ladislas déclaré usurpateur. Cette sentence affaiblit considérablement le parti bohémien. De son côté, Wenceslas, qui ne s'était prêté qu'à regret à l'élévation de son iils, voyant que celui-ci perdait l'estime de la nation par les dérèglements de sa conduite, le rappela en 1503 (2). Cette abdication ne rendit pas la tranquillité au pays. Les restes du parti bohémien appelèrent à la place de Ladislas un autre concurrent, Othon de Bavière, prince riche et puissant, qui accepta et fut couronné, en 1505, à Albe royale, par lesévêques de Wesperin et de Canadie (5). Clément V, voulant enfin terminer ces divisions, expédia de Poitiers, à l'archevêque de Strigonie, avec injonction de la promulguer où besoin serait, une bulle par laquelle il confirmait les droits de Carobert au trône de Hongrie, frappait d'avance des censures ecclésiastiques tous ceux qui refuseraient de le reconnaître pour le monarque légitime, et citait à comparaître devant le Saint-Siège apostolique l'é-
(1) Raynald, ann. 1502, n°* 25 et seq., et ann. -1303, n° 17.
(2) Dubrawius. Hist. bohem., loc. cit. — Thwrocz, pars II, c. lxxxv.
(3) Raynald, ann. 1307, n° 15.