‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 28 sur 60 · RESSENTIMENT DE NIILIPPE LE BEL CONTRE BONIFACE VIII · texte numérisé non relu

RESSENTIMENT DE NIILIPPE LE BEL CONTRE BONIFACE VIII

son embarras, il cherchait autour de lui un conseil (1).

Enfin le cardinal de Pralo ouvrit cet avis : « Saint Père, «dit-il, je vois un remède au mal présent; c'est de persua- « der, s'il est possible, au roi que sa demande renferme une « question difficile, ardue, et sur laquelle les cardinaux « sont partagés; qu'une telle question ne peut être traitée « que dans un concile général; que d'ailleurs, au milieu «d'une si grave assemblée, l'examen des inculpations sou- « levées contre Boniface VIII sera plus solennel, et la satis- « faction du roi plus complète. Si l'on vous objecte la « crainte que les préjugés des Pères n'influent sur leur ju- « gement, dites que vous ne ferez nulle mention de cette « affaire dans la bulle de convocation, qui ne devra alléguer « d'autres motifs que la réformation des mœurs et les inté- « rets généraux de l'Église. L'urgencedu concile étant dé- « montrée et reconnue, vous en fixerez la réunion à Vienne, « en Dauphiné ; car, outre que la position centrale de cette « ville la rend d'un accès facile à tous, son indépendance « du royaume de France vous y mettra à l'abri de toute « contrainte de la part du roi (2). »

Cet expédient ainsi développé par le cardinal de Prato plut au pape, et le tira de peine. Bien que mécontent d'ajourner encore sa vengeance, Philippe le Bel ne put se refuser à la convocation d'un concile général. Lui-même l'avait demandé autrefois, en avait appelé à son autorité suprême : on était censé entrer dans ses vues. D'ailleurs, il était juste que le pape voulût partager la responsabilité d'un acte aussi considérable que celui de procéder contre

eu la pensée de fuir, et qu'il ne put l'exécuter, parce que le roi le tenait comme captif à Poitiers.

(1) Hic vero haerere aîstuareque Cleniens, quidnam consilii in re tam inexplicabili caperet. (Conrad Viccrius, loc. cit.)

(•2) Giovanni Villani, 1. VIII, c. xci. — S. Antoninus, t. 111, lit, 21, c. i.

un souverain pontife. Ainsi, ce prince consentit à laisser l'affaire au jugement d'un concile général, à la condition toutefois que le pape commencerai l lui-même les informations dans le plus bref délai (I); ce que promit Clément V, en indiquant pour terme du commencement des débats le 2 février de l'année 1309 (2).

Quoiqu'il fût sous la griffe de l'aigle, ce pontife sut encore trouver le moyen de déjouer un plan du roi qui aurait été des plus funestes à la Papauté s'il eût réussi. Voici le fait auquel se rattachait ce plan. L'empereur Albert avait un neveu dont il retenait l'héritage pour le soustraire, dit-on, à sa prodigalité. Celui-ci, ayant atteint sa dix-neuvième année, réclamait son bien avec instance, mais, n'obtenant que des refus, il conspira contre la vie de son oncle avec Rodolphe de Wart, Walther de Eschembach et Ulric de Balm. Un jour du mois de mai 1508, l'empereur se rendait à Rhinfeld, où se trouvait l'impératrice Élisabeth. Les conspirateurs faisaient partie de la suite qui accompagnait le monarque. On arrive sur les bords de la Reuss, vis-à-vis l'antique cité de Windisch ; Jean et ses complices traversèrent les premiers la rivière, Albert les suivit avec un seul officier, le reste du cortège et Léopold son Gis attendant sur l'autre rive. Comme il traversait lentement les campagnes situées au pied des monts que couronne le château de Hapsbourg, les conjurés se rapprochèrent de lui : « Jusqu'à quand laisse- « rons-nous chevaucher ce cadavre? » s'écria Rodolphe de Wart (5). Ce fut comme un signal. Rulassingen, domes-

(1) De quibus Templariorum etBonifacii negociis potcrit Vestra Sanctitas, intérim cxaminata plenius veritate in concilio... féliciter ordinarc. (Ep. Philippi, Preuves du différend, p. 299.)

(2) Bulle : Dudum postquam, ap. Raynald. ann. 1509. n° 4.

(3) Quamdtu istud cadaver equitarc permittemus?

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