‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 29 sur 60 · MORT DE L'EMPEREUR ALBERT. 2H · texte numérisé non relu

MORT DE L'EMPEREUR ALBERT. 2H

tique de Rodolphe de Wart, saisit le cheval de l'empereur par les rênes. « Rends-moi mon héritage! » lui dit son neveu en le frappant à la gorge ; Rodolphe de Wart lui enfonça son épée dans le corps, et lîlric de Balm lui fendit la tête d'un coup de sabre. Les assassins s'enfuirent, et l'empereur, tombé de cheval, expira baigné dans son sang (I). Le meurtre d'Adolphe de Nassaw était vengé.

Celte mort tragique rendait l'Empire vacant; les ambitions s'y précipitèrent aussitôt. Celle de Philippe le Bel ne resta pas en retard. Ce prince mit sur les rangs des candidats son frère Charles de Valois. Déjà presque maître du Saint-Siège, il espérait obtenir la pourpre des empereurs, et réunir ainsi dans sa maison tous les genres de puissance. C'était là un beau rêve ! pour le réaliser, il lit recommander son frère aux électeurs d'Empire par ceux des cardinaux qui voulaient l'exaltation de la France, n'importe à quel prix. Nous avons une lettre du cardinal Raymond, datée de Poitiers, dans laquelle le comte de Valois est représenté à l'archevêque de Cologne comme le candidat le plus capable d'occuper la place du défunt empereur (2). Tout semblait favoriser les vœux de Philippe le Bel; les électeurs ne s'accordaient point, l'élection traînait en longueur, et le roi, au courant de toutes les intrigues, se préparait avec ses barons, dans le secret de son conseil, à les tourner à son profit, en forçant le souverain pontife lui-même à appuyer le comte de Valois.

Heureusement les projets du Louvre transpirèrent, et Clément V en fut instruit ; il en mesura sur-le-champ les énormes conséquences. Qu'allaient devenir la Papauté, l'Italie elle-même, s'ils s'accomplissaient? N'avait-on pas

- (1) Albertus Augustinensis, ap. Urstizium, t. 1, p. 114. — Struvii Burcardi Corpus Historiœ germaiiicœ, t. I, p. 643. (•2) Baluze, t. II, p. 119.

déjà fait l'essai des prétentions de Philippe? Que n'oserait-il pas lorsque sa puissance n'aurait plus de bornes. Il s'en ouvrit au cardinal de Prato. Celui-ci répondit que le seul moyen de prévenir les desseins du roi était de signifier aux électeurs de hâter l'élection d'un empereur, s'ils ne voulaient voir l'Église et l'Empire tomber aux mains des Français ; puis il conseilla de leur proposer pour candidat Henri de Luxembourg, noble cœur, vaillant chevalier, catholique sincère, auquel sûrement nul d'entre eux ne songeait.

Clément V entra vivement dans les idées du cardinal. Le point difficile était de les mettre à exécution, car le temps pressait, et outre cela il fallait dérober aux yeux des amis que le roi de France avait dans le Sacré Collège les démarches qu'on allait faire. D'ailleurs, où trouver un messager assez sûr pour lui confier une commission si délicate? Mais le cardinal de Prato avait le secret de l'exécution comme la science du conseil. 11 enveloppa ses démarches d'un mystère si impénétrable, il choisit si bien son messager, que tout arriva ainsi que Clément V le souhaitait (1). Les archevêques de Mayence et de Trêves, auxquels probablement les recommandations du pape avaient été adressées, gagnèrent deux autres électeurs, et le comte de Luxembourg fut élu roi des Romains le 27 novembre 1308 (2). Il y avait déjà longtemps que Clément V n'était plus à Poitiers. (Pièces justif., n° 9.)

En effet, la convocation d'un concile général ayant été résolue et annoncée, toutes les grandes affaires devaient y être renvoyées. Les conférences furent donc rompues, et ClémentV, vers la fin d'août de l'année 1308, put s'échap-

\i) Giovanni Villani, 1. VIII, c. ci. — S. Antoninus, t. III, lit. 21. c. i. — Dino Compagni, p. 524.

(2) Albirtinus Mussalus, 1. I, rubr. it.

VOYAGE DE CLÉMENT V. 215 per de Poitiers (1). Jusqu'alors la cour pontificale avait clé errante de Lyon à Bordeaux, et de Bordeaux à Poitiers. La tyrannie qu'on venait d'éprouver dans cette dernière ville fit enfin sentir au pape le besoin d'avoir une résidence fixe, où le pouvoir apostolique pût jouir de sa liberté d'action. Clément V aurait alors volontiers pris le chemin de Rome. Mais moins que jamais cette capitale du monde chrétien offrait au chef de l'Église un asile indépendant et tranquille. Les factions de la noblesse y perpétuaient le désordre. Les choses en étaient au point que, en 4 300, les Romains s'adressèrent à Milan pour obtenir un sénateur qui rétablit l'ordre dans la ville (2). On leur envoya Paganino délia Torre. Mais tout porte à croire que ce magistrat, désespérant du succès de sa mission, se retira avant la fin de son temps, puisque nous trouvons pour sénateurs, pendant la dernière moitié de 1306, Gentile de'Figli d'Orso et Stefano Colonna (3). D'un autre côté, depuis la mort de Benoît XI, la guerre avait de nouveau éclaté entre les Orsini et les Colonna, et, dans le moment môme, ces deux familles puissantes se préparaient à une bataille d'où les Orsini devaient sortir vaincus et presque détruits (-{). Le séjour à Rome était donc impossible. Le souverain pontife se décida enfin pour Avignon (5). A la vérité, cette ville était placée sous la domination de la maison d'Anjou; mais, grâce à l'esprit d'indépendance qui l'animait, elle avait depuis longtemps »bligé ses maîtres à se contenter d'un pouvoir nominal.

(I) Baluze, 1. 1, p. 13.

(*2) Corio, Storia di Milano, pars II, p. 338.

(3) Vitale, t. I, p. 210.

(4) Giovanni Villani, 1. VIII, c. cxtii.

(5) Judicatum fuit per papam cum collegio quod curia transferretur Avenionem; et hoc pronunciatum fuit ex oro summi ponlificis. (Baluze, 1. 1, p. 31.)

Et puis, elle était enclavée dans le Comtat-Venaissin, que le Saint-Siège possédait depuis le traité conclu à Paris, le 12 avril 1228, entre Louis IX, Raymond VII, comte de Toulouse, et le cardinal de Saint-Ange. La cour romaine s'y trouverait donc à la fois chez elle, et dans une position rapprochée de l'Italie, avec laquelle il serait facile de correspondre, soit par terre, soit par mer.

Celte détermination une fois arrêtée, Clément V licencia sa cour (1), car les dépenses excessives occasionnées dans les voyages précédents par le nomhre et la qualité des personnages qui composaient celte cour avaient provoqué des plaintes (2). Chacun prit la route qui lui convint. Quant à lui, ne conservant qu'une faible suite, il se dirigea vers Bordeaux. Il séjourna dans celle ville jusqu'au milieu de décembre, époque à laquelle il se mit en chemin pour Toulouse, en passant par Agen. 11 célébra la fôte de Noël dans la capitale du Languedoc, et y demeura jusqu'à l'Epiphanie (3). Ce jour-là même, il partit pour se rendre à Saint-Bertrand de Comminges, son premier évéché. Le 16 janvier, il y fit la translationdu corpsde saint Bertrand, un de ses prédécesseurs et son patron, le déposa dans une riche et précieuse chasse qu'il avait fait faire à ses dépens, et dont il lit présent à son ancienne cathédrale. Quatre cardinaux, deux archevêques, les évêques de Toulouse, d'Albi et de Maguelonne, trois autres

(1) Curinqu»' soluta est et cardmalium pluribus licentialis. (Baluze, t. I, p. 13 et 31.)

(2) Doniinus venit Cluniacum, ubi multa damna fecit. Similiter apud Bituricas et Nivtrnum fecit expensas immoderatas. Unde Ecelesiœ Francia» plurimum sunt gravalae. (Baluze. t. I, p. 4, et ad notas, p. 584.)

(3) Il y a dans Guillaume Bardin des détails curieux sur la réception du pape dans la capitale du Languedoc; mais l'autorité de ce chroniqueur est vivement attaquée par les auteurs de l'Histoire du Languedoc. (Voret t. IV, note 13.)

évêques et cinq abbés, l'assistèrent dans cette touchante cérémonie. De Comminges, le pape vint à Saint-Gaudiés, puis au monastère de la Prouille. Il y arriva le 29 janvier (1). De là il continua sa route par Carcassonne. L'archevêque de Narbonne, Gilles Àycelin, le reçut et le défraya magnifiquement avec sa suite, le premier dimanche de carême, dans son château de Montels, où il l'avait invité. Le 26 février, il était à Montpellier, d'où il alla à Narbonne; il s'y trouvait le 5 avril. Il revint ensuite à Montpellier par Béziers; puis il passa à Nîmes, et arriva enfin à Avignon vers la fin d'avril 1309 (2).

En quittant les rives du Tibre pour celles du Rhône, la Papauté, on peut le dire, échangeait la splendeur contre l'obscurité. Qu'était-ce, en effet, qu'Avignon auprès de Rome? qu'était-ce que la cité la plus renommée du pays de France auprès de cette ville éternelle, à qui chaque siècle avait payé le tribut d'une grandeur? de cette ville, deux fois la reine du monde, d'abord par la puissance de la victoire, ensuite par la suprématie de son siège épiscopal ; de cette ville où venaient se réunir tous les souvenirs de la gloire et de la religion? Ici, Rome impériale présentait à l'admiration des peuples ses monuments encore debout et empreints de toute la magnificence des anciens maîtres des nations ; là, Rome chrétienne montrait à la piété des fidèles les tombeaux de ses deux grands apôtres, Pierre et Paul, ceux de ses innombrables martyrs, ses catacombes, encore teintes de leur sang, et cette majestueuse suite de pontifes, aux pieds desquels s'inclinaient, depuis des siècles, les royautés de la terre.

Mais, si Avignon n'avait pas l'immortelle gloire de Rome,

(1) Martenne cl Durand, Collectio amplissima voter u m Script., t. II, p. 455.

(2) Eist. du LaDguedoc, t. IV, p. 144 et 145.

elle possédait, à son tour, des avantages dont Rome ne jouissait plus depuis que l'art, en y abandonnant à ellemême la nature plus sublime que belle, avait permis à la stérilité de s'y introduire. Elle pouvait offrir aux chefs de l'Église son ciel presque italique, son air pur, ses sites pittoresques et accidentes, ses campagnes verdoyantes et semblables à une suite de délicieux jardins, son beau fleuve, et, plus que tout cela, le calme et la paix qu'ils cherchaient depuis si longtemps sans la trouver.

Toutefois, Avignon n'était pas complètement privée d'illustrations, et il ne sera pas inutile à notre sujet de dire quelque chose des événements qui composent son histoire jusqu'au moment où elle devint à jamais célèbre par la possession du siège apostolique. Si nul historien n'a pu dire avec certitude d'où vient à cette ville le nom d'Avignon, s'il est simplement grec, ou bien formé de deux mots celtiques, significatifs de la physionomie des lieux où elle est bâtie ; si une égale obscurité enveloppe son origine, il est certain qu'elle apparaît, à une antiquité reculée, comme le chef-lieu principal du pays des Cavares. Plus lard, elle le fut d'une colonie romaine (l), et obtint, sous ce titre, une importance politique et commerciale remarquable. Strabon ( w 2), en effet, Pline (3) et Pomponius Mêla (•{) la citent comme la première et la plus opulente du pays des Cavares, bien qu'aucun de ces géographes ne nous ait laissé des détails propres à nous faire connaître sa grandeur et sa richesse. îl est probable qu'elle sut maintenir sa prospérité pendant tout le temps que l'Empire se soutint avec gloire. Mais, à l'époque de sa chute,

(1) Ptolomei Geograph., LU, C. x.

(2) Slrabonis Geograph.. I. IV.

(3) Plinii Uist. nat., 1. III, c. iv.

(4) Pomponii Mêla de Situ orbis, 1. II, c. v.

et au milieu des désastres qui signalèrent cette période sanglante, elle dut nécessairement décroître comme toutes les autres villes placées sur le théâtre des invasions barbares. Alors elle passa sous la domination des Visigoths; puis, successivement, sous celle des Burgondes, des Ostrogoths, des Franks austrasiens. Elle resta à ces derniers. Enfin, après avoir souffert les dévastations des musulmans, Avignon fut heureuse et tranquille sous le règne brillant des héros de la seconde race de nos rois. Lorsque, dans le milieu du neuvième siècle, le gigantesque empire fondé par leur génie tomba en lambeaux entre les faibles mains qui le régissaient, Avignon fut enclavée dans les domaines de Boson, beau-frère de Charles le Chauve, fondateur de la monarchie méridionale, qui porta le nom de royaume d'Arles (I).

En 1125, à la suite de longs et violents débats, cette ville devint la propriété des comtes de Provence et de Toulouse, qui s'accordèrent à la posséder par indivis. Mais, avant cette époque même, Avignon professait une indépendance qui lui donnait les allures d'une ville libre. Elle avait des podestats, des consuls, un sénat, la faculté de battre monnaie, une milice, en un mot, des institutions qui la rendaient semblable aux républiques de l'Italie (2). Et celte indépendance jouissait d'une consécration légale qu'Avignon tenait de l'empereur Conrad le Salique, héritier de l'autorité des anciens rois d'Arles (5), et que Frédéric I er reconnut et approuva en 1157 (4). Ce droit de

(1) Lettres historiques sur le Comtat-Venaissin , dans le t. LVIII des Mélanges de la bibliothèque de Lyon, p. 23 et 24.

(2) Joudou, Avignon, son histoire, ses papes, etc., in-12, Avignon,

(3) Lettres historiques, p. 44 et 45.

(4) Joudou, p. 34.

se gouverner par ses propres lois fut peut-être un des motifs qui portèrent les seigneurs de Provence et de Toulouse, Alphonse et Raymond, à tenir Avignon en commun. Mais il arriva de là qu'appartenant à deux maîtres elle ne fut réellement à personne. A part la suzeraineté, d'ailleurs purement nominale, des deux seigneurs, Avignon était une véritable république : aussi lui en a-t-on donne le nom.

Cet ordre de choses dura jusqu'au commencement du treizième siècle. C'est la période la plus glorieuse et la plus florissante d'Avignon. Mais alors cette ville, emportée par le fanatisme religieux qui agitait les provinces méridionales de la France, se mêla aux discordes que suscitaient les Albigeois, et se déchira pour ces derniers. Louis VIII vint fondre sur elle avec toutes les forces de son royaume. Trop faible pour résister, elle fut prise après trois mois de siège et démantelée (1). Là finit sa prospérité. Elle passa ensuite sous la domination de Charles d'Anjou et des comtes de Poitiers. Ces princes firent revivre sur ce fief les anciens droits des comtes de Provence et de Toulouse. Mais en l'an 4290, moyennant certaines conventions, Philippe le Bel, mariant son frère Charles, comte de Valois, avec Marguerite, fille de Charles 11, roi des Deux-Siciles et comte de Provence, céda tous les droits qu'il avait sur la ville d'Avignon, comme succédant aux anciens comtes de Toulouse; et ainsi la cité entière fut possédée par les comtes de Provence (2).

Mais Avignon n'était plus que l'ombre d'elle-même. Ruinée comme elle l'avait été par la guerre, l'espérance de recouvrer son ancien lustre ne lui semblait plus per-

(1) Voir les détails dans Fantoni, Isloria délia cilla d'Avignone, in-4*, 2 vol., I. I, 1. II.

(2) Joudou, p. 6o.

mise, lorsqu'au milieude son abaissement se leva tout à coup pour elle une 'e de gloire qui allait la placer au rang des cités les pis célèbres. Par l'arrivée de Clément V dans ses mur< Avignon va devenir la seconde capitale du monde chilien, le centre de tout le mouvement politique et regieux, le siège de la cour la plus magnifique de l'Euroe. Cet événement, qui devait opérer une révolution huw dans l'Église, commença par changer totalement l'xistenee d'Avignon.

Si Ton en croit Péarque, il s'en faut bien qu'Avignon méritât l'honneur qe lui fit le pape en venant y étaler les pompes de la cou ^omaire. 11 nous représente cette ville perchée sur le 9nmet d une roche escarpée, limitée dans son enceinte, gercée <e rues étroites, sales, infectes et bordées de n aidons bases et mal construites (\). « C'est une cité, dit-il péile et déboutante ; je n'en connais « point de plus puaite. Elle ne'evrait tenir que le der- « nier rang. Quelle aontede la vir devenir la capitale du « monde (2) ! »I1 y vun peu de mavaise humeur dans cette peinture. Gâté par le spectacle decités italiennes, qu'ornaient encore les restes de la graicur romaine, et que le goût du luxe moderne avait déjà'écorées, le poëte ne voyait qu'avec dédain les rustique^onstructions de notre cité gauloise, d'ailleurs dans un a de ruine. Mais, si Avignon mérita d'abord quelques-is de ces reproches, elle ne tarda pas à les démentir. S enceinte s'agrandit rapidement par le séjour des papes; concours prodigieux d'étrangers qui affluaient dans se*iurs grossit sa population. Elle descendit de la hautetjans la plaine; des édifices nouveaux s'élevèrent, emks par le luxe et le

(1) Pt'lrarchœ Opéra., édit. Basil., in-fol., p.

goût du Icmps; des quartiers solides pour l'époque furent construits en quelques annes ; les Italiens y apportèrent les arts; la cour et les grads qu'elle attirait, la magnilicence, les affaires, le mouraient. Ce fut bientôt une des villes les plus riches, les pis grandes et les plus

belles de l'Europe.

Toutefois, cet accroissement si raide de grandeurs et de richesses ne s effectua point, pou Avignon, sans quelque détriment de son état moral. C'eût chose inévitable, avec les flots d'étrangers qui y déirdaient de tous les pays (I). Pétrarque se plaint encoî avec amertume de la démoralisation dont la nouvelle asidence papale était le théâtre. Il s'étonne que l'on ne iroivât ni foi, ni charité, ni religion, ni pudeur, dans un lieidont la présence du souverain pontife aurait <û fain ur sanctuaire (2). Mais ce n'était point la faute la cour rcmaine.

Cette cour, en arrivanlà Avignon, s'y trouva d'abord à l'étroit; tout manquait pot une réception convenable. Le Sacré Collège fut obligé dpe partager. Plusieurs cardinaux allèrent s'établir à OranJ. Les armes qui paraissent encore sur quelques maisons djeette ville attestent le séjour qu'ils y firent (5). Plus tard Js princes de l'Église se créèrent une demeure plus ranochée de la nouvelle capitale, en construisant de l'autipoté du Rhône, sur la terre de France, la cité à l'asti si féodal de Villeneuve, qui leur doit peut-être son orile, et sûrement l'importance dont elle a joui depuis cetppoque ( 5). Pour Clément V, il alla prendre, au couvent | Frères Prêcheurs, le modeste loge- Il) Petrarchœ Opéra. IiPrum colluvic exundans. (Senil., 1. X. ep. a,)

(2) Id., p. 1069. I

(3) Barjavel , Dictionni historique , biographique et bibliographique du département de Vaucl, in-8°, article Clément V

(4) Joudou, p. 472 etF-

AVIGNON. 22i

ment qu'on lui avait préparé; il ne le quitta point tout le temps qu'il séjourna à Avignon (1). Rien n'indique que ce pontife ait jamais eu l'idée d'y élever le palais qu'on y voit aujourd'hui. La conception comme l'exécution de ce projet appartient à ses successeurs. Tout porte même à croire que les vues de Clément V n'étaient point définitivement arrêtées à Avignon. Lorsque, en 1310, visitant le Comtat-Venaissin, ce domaine que les pontifes romains possédaient depuis plus de quatre-vingts ans sans le connaître, la beauté des sites, la richesse des campagnes, l'eurent enchanté, il voulut s'y créer une retraite. A peu de distance de Malaucènes, il y avait un monastère avec une église, appelée Notre-Dame-du-Grozeau, appartenant à l'abbaye de Saint-Victor de Marseille. Ce monastère était alors dans le meilleur étal, et sa situation sur le haut d'une colline dominant une fraîche vallée, arrosée par la fontaine du Grozeau, qui a sa source à quelques pas du cloître, offrait, durant huit mois de l'année, un délicieux séjour. Le pape y fit construire à la hâte un château dont il reste à peine quelques ruines. Il aima depuis à s'ensevelir dans celte villa, y vivant quelquefois solitaire et éloigné de la cour. C'est dans ce château qu'il reçut l'hommage des contadins. Plusieurs bulles, des nominations â des emplois et des règlements administratifs, sont datés de ce lieu (2).

Les Avignonais ne lardèrent pas â s'apercevoir de l'éclat que répandait sur leur cité l'arrivée d'un hôte tel que Clément V. Des spectacles nouveaux frappèrent bientôt leurs regards. Chaque jour des princes, des barons, accouraient faire leur cour au souverain ponlife et déployaient la pompe

(1) Baluze. t. 1. |>. 15.

(S) Hist. du Comtat-Venaissin et de la ville d'Avignon, ms. de Fornéry, Bibliothèque Carpentras , 1. V, p. 363 et 364. — Barjavel , article Clément V

de leurs cortèges. Robert, fils de Charles H, dit le Boiteux, roi de Naples et comte de Provence, devenu, par la mort de son père, héritier de sa dignité et de sa puissance, vint à Avignon recevoir, en qualité de vassal du Saint-Siège, l'investiture de ses États. Clément V le couronna roi le premier dimanche d'août 1509, et Robert étala, dans cette auguste cérémonie, toutes les splendeurs de la royauté (I). Quelques jours auparavant, le 26 juillet, il avait solennellement coniirmé au nouveau roi des Romains, Henri de Luxembourg, son élection, dont une brillante ambassade était venue lui apporter le décret (2). Clément n'avait point eu de peine à reconnaître un empereur qui était sa créature; néanmoins il mil à cette faveur la condition expresse, pour Henri, de ne point retarder au delà de deux ans d'aller recevoir à Rome la couronne impériale. Peut-être espérait-il qu'un voyage de l'empereur au travers de l'Italie mettrait fin aux troubles qui agitaient celle péninsule (5). Il avait alors en vue de réprimer ceux de Rome, car, au mois de février de l'année 1310, il envoya dans cette capitale Guillaume de Saint-Marcel, son pénitencier, avec la mission de ramener, par de paternelles exhortations, les nobles à la concorde (4) ; et, cette mission n'ayant point obtenu son effet, il nomma avant la fin de l'année, pour sénateur, Louis de Savoie à la place de Fortebraccio, de'Figli d'Orso, et de Riccardo degli Annibaldi, qui occupaient cette charge (5), et dont l'autorité était à peu près nulle.

Clément V semblait avoir retrouvé dans Avignon, avec

(1) BaluzeVila?. 1. 1, p. 70 et 104.

(2) Struvii Burcardi, Corpus Uist. germanica?, t. 1. p. 648.

(3) Ad motus Italie compescendos. (Conrad Vicerius. p. 67.)

(4) Wading, Annales Minorum, t. VI. ann. 1310, n°* 10 et 11.

(5) Vitale, t. I, p. 213.

IMPORTUNITÉS DE PfflLIPPE LE BEL. ÎÎ5

le repos, quelque chose de ce charme qui s'était répandu avec tant d'enchantement sur les premiers jours de son élévation au trône pontifical. Il ne jouit pas longtemps de ce bienfait de sa nouvelle position. Philippe le Bel semblait avoir juré de ne pas laisser au pontife un seul instant de paix. Toujours implacable et impatient de se venger de Boniface VIII, il vint rappeler au pontife la promesse qu'il lui avait faite à Poitiers; se plaignit que les informations s'opéraient avec lenteur; que l'ouverture des débats, fixée au 2 février de l'année 1509, n'avait point eu lieu, et exigea qu'un nouveau terme fût assigné aux procédures (I).

Ici, cet acharnement à poursuivre en toute occasion un pape depuis longtemps descendu dans la tombe serait inexplicable si l'on supposait à Philippe le Bel, pour motif unique de cet acharnement, la haine personnelle. Il y avait autre chose. Dans la lutte mémorable de ce monarque contre Boniface VIII, les principes avaient plus combattu que les personnes. C'était le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel qui étaient descendus dans l'arène : le premier, pour maintenir sa suzeraineté; le second, pour s'en affranchir. La mort du souverain pontife n'avait donc point terminé la querelle, et les pouvoirs étaient toujours debout et en présence. A la vérité, Philippe le Bel avait remporté, à Anagni, une victoire qui, dans un conflit politique, aurait décidé en sa faveur. Mais ce n'était point d'un conflit politique, c'était d'une guerre de droit qu'il s'agissait, et le roi savait que, dans une lutte semblable, le triomphe brutal de Ja force est moins un succès qu'une défaite. Voilà pourquoi il exigeait que la mémoire de Boniface fut flétrie,

[i) Bulles Excellentia; tua; et Redemptor noster. Preuves du différend, p. 292 et 368. - Baluze. t. 1, p. 71

par la sentence de l'Église elle-même, comme hérétique. Il voulait un triomphe légal, certain qu'en l'obtenant il dépouillerait la Papauté de ce prestige qui était un des appuis de sa suprématie temporelle. D'ailleurs, la condamnation de Boniface VIII était l'unique moyen qui lui restât de légitimer l'attentat dont l'importun souvenir agitait sa conscience, et que la justice du temps devait venger lot ou tard sur sa mémoire.

Clément V savait tout cela sans doute, mais il n'était pas en son pouvoir d'éviter les procédures demandées par le roi. Ce fut au mois de septembre 1509 qu'il se décida à publier la bulle qui devait tant coûter a son cœur. Après y avoir rappelé toutes les sollicitations que Philippe le Bel lui avait adressées à diverses époques, soil à Lyon, soit à Poitiers, de procéder contre Boniface VIII, prévenu du crime d'hérésie, il déclarait qu'il était enfin résolu de fixer au premier jour juridique, second dimanche de carême de l'année 1510, l'audience solennelle où les accusateurs devraient s'expliquer; non qu'il crût Boniface VIII entaché du crime précité, lui issu de parents orthodoxes, né dans un pays catholique, élevé au milieu de la cour romaine et à l'ombre du Saint-Siège apostolique, mais parce que, le crime d'hérésie étant de tous le plus grave, le plus odieux qui puisse souiller l'homme, il devenait urgent d'en décharger la mémoire d'un pape (1). Ainsi, Clément V déguisait sous la nécessité de repousser une odieuse calomnie la contrainte réelle à laquelle il cédait. Le tour était habile, mais il ne laissait pas que de trahir les répugnances et les anxiétés pontificales.

La destinée de Clément V avait cela de singulier, que quelque chose d'heureux se mêlait toujours à ses épreuves.

(i) Bulle : Redemptor noster, Preuves du différend, p. 308

Dans le temps que la tyrannie de Philippe le Bel mortifiait en France son autorité, en Italie, au contraire, des événements, qui d'abord l'avaient compromise, finissaient, pour elle, de la manière la plus glorieuse. L'intelligence des faits exige que nous reprenions les choses de plus haut. Le marquis de Ferrare, Àzzo VIII, était mort pendant l'année 1507, laissant héritier de ses États un fils naturel nommé Frisco, au préjudice des membres légitimes de sa famille, et notamment de Francesco, son frère, seigneur de Reggio. Avec l'aide des Bolonais, Frisco se mit d'abord en possession de Ferrare, malgré l'opposition des habitants, humiliés de devenir les sujets d'un prince adultérin. Mais, en même temps, le marquis Francesco s'emparait d'Esté, de Kovigo et d'autres villes. C'était une guerre de succession qui commençait, et l'on ne sait trop quelle en aurait été l'issue, car les forces des deux prétendants étaient à peu près égales. Tous deux le sentaienl et cherchaient des appuis étrangers. En cela, Francesco fut le plus heureux. 11 se ressouvint que le Saint-Siège avait des droits anciens de suzeraineté sur la ville et le marquisat de Ferrare, et il pensa que tout serait gagné pour sa cause s'il parvenait à y intéresser le pape. Dans •cette intention, Francesco passa les monts. Clément V résidait à Poitiers ; il y courut. Là, après avoir rappelé au souverain pontife ses droits incontestables sur la ville et le marquisat de Ferrare, il le supplia de joindre ses efforts aux siens pour arracher ces liefs des mains de Frisco. Clément V accueillit avec joie la proposition de Francesco, et envoya sur-le-champ des commissaires avec un corps de troupes pour revendiquer sa propriété. Les Ferrarais n'en eurent pas plutôt reçu la nouvelle qu'ils se soulevèrent contre Frisco et l'expulsèrent de leurs murs. Celui-ci, obligé de céder à l' orage, et trop faible pour lutter contre le pape

22« HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LïV. III.

el Francesco réunis, traverse les Lagunes et va offrir à Venise la souveraineté de ses États, moyennant une redevance. L'offre est acceptée par le Sénat et ratifiée par un traité. Peut-être une pareille transaction avait-elle été sollicitée sous main; car Venise, depuis que son pavillon régnait dans l'Adriatique, jetait d'ambitieux regards sur la Péninsule, à laquelle sa politique était encore étrangère et où elle brûlait de poser le pied (I).

Évidemment, les droits de l'Église romaine étaient violés. Clément V crut devoir les soutenir avec énergie, et il expédia d'abord aux Ferrarais une bulle où il leur représentait vivement le danger de recourir à une protection étrangère, et la nécessité pour eux de remettre au plus tôt leurs intérêts entre les mains de l'Église, seule capable de garantir leur liberté et de ramener au milieu d'eux la paix et la prospérité (2). Deux internonces apostoliques suivirent de près l'expédition de cette bulle. C'étaient Arnaud, abbé de Tulle, el Onuphre, doyen de l'église de Meaux. Leur mission était de recevoir l'obéissance des Ferrarais à l'Église romaine, de dissoudre toute asso ciation contraire au bien public, de repousser tout joug étranger, el de briser toute tyrannie qui aurait pris la place de l'autorité légitime de l'Église.

Les habitants de Ferrare accueillirent avec joie les envoyés pontificaux, prêtèrent, entre leurs mains, serment de fidélité au Saint-Siège apostolique, leur remirent les clefs de la ville, voulurent qu'ils nommassent eux-mêmes les magistrats, que la justice fut rendue au nom de l'Église, enfin que ses garnisons occupassent leurs forteresses.

(1) DinoCompagni, Cronaca, t. IX, 1. 111, p. 530.— Historia Cortusiorum, t. XI , 1. 1, c. ix et x. — Chronicon Esteuse , t. XV. p. 363. — Cronaca di Bologna, t. XVIII, p. 3*>, 316 et 318.

(2) Raynald, onn. 1307, n° 14.

Les Vénitiens contemplaient avec surprise cette révolution, qui leur enlevait un si beau domaine. Placés alors entre le sacrifice de leurs ambitieuses prétentions et une guerre avec l'Église, ils optèrent pour la guerre, et en firent les préparatifs. Le bruit en arriva aux oreilles des internonces, qui écrivirent au doge et au Sénat une lettre pleine de modération, dans laquelle ils priaient la République de ne point troubler l'Église romaine dans sa légitime possession. Cette lettre n'ayant produit aucun effet, l'abbé de Tulle passa lui-même à Venise pour essayer si des représentations, faites de vive voix, auraient plus de succès ; mais les chefs de la République avaient soulevé contre le Saint-Siège les passions de la multitude. L'envoyé pontifical est accueilli par une violente émeute : sa personne, on l'outrage; sa vie même est menacée, et, bien loin de tenir compte de ses réclamations, le Sénat ordonne aux milices de la République, sous les ordres de Superanzio, de marcher sur Ferra re, muni d'un équipage de siège. On n'était nullement préparé, dans cette ville, à une attaque si brusque. Aussi les Vénitiens se rendirent-ils maîtres, presque sans coup férir, de la forteresse de Thébaldo, du faubourg de la ville, du pont qui unit les deux rives du Po et du château qui les commande (1).

Cette agression complétait les insolences de la République. Toutefois le pape, auquel la rumeur publique l'apprit bientôt, ne désespéra point de ramener le Sénat au sentiment de l'équité. Il écrivit à ses nonces de tenter encore la voie des avertissements, déclarant que, si on restituait Ferrare, il était prêt à oublier le passé. Mais il leur ordonnait en même temps de fulminer les censures ecclésiastiques si, le terme de dix jours expiré, la République n'a-

(1) Raynald. anu. 1308. n°1o.

228 IIIST01RE DE LA PAPAUTÉ, L1V. DDL

vait point fait droit aux justes réclamations du Saint- Siège (1). Les Vénitiens ne laissèrent pas à ce dernier monitoire le temps d'arriver jusqu'à eux. Poursuivant rapidement ce qu'ils avaient commencé, ils s'emparèrent du reste de Ferrare, l'occupèrent militairement, l'organisèrent comme une de leurs possessions. Poussés à bout, les internonces s'armèrent alors du glaive apostolique remis entre leurs mains, frappèrent d'analhème à la fois le doge, le Sénat, les exécuteurs de leurs ordres, et jetèrent l'interdit sur les terres de la République (2).

C'était le moment où Clément V arrivait à Avignon. Il y trouva cette nouvelle, qui l'irrita au dernier point. Non content de confirmer les censures fulminées par ses nonces, il voulut y ajouter la menace de châtiments plus grands encore, si les Vénitiens persistaient dans leur injustice. On lit, dans les registres pontificaux, la bulle qu'il publia dans celte occasion; elle est datée du Jeudi Saint 1509. Clément V, après avoir montré dans une sorte de préambule que les Vénitiens, en s emparant de Ferrare, avaient violé les droits sacrés du Saint-Siège apostolique établis de temps immémorial sur cette ville, et fait un outrage sanglant à l'Église romaine, déclare que, si à un temps fixé les Vénitiens ne se sont pas mis en devoir de mériter leur pardon, il déposera leur doge de sa dignité, livrera leurs biens à la confiscation, et armera contre eux la vengeance de tous les princes chrétiens (5).

La publication de cette bulle fulminante produisit cependant quelque impression sur les chefs de la République, et des députés eurent ordre de se rendre à Avignon pour justifier, devant le pontife, la conduite de leur gou-

(1) Raynald, ann. 1308. n° 16.

(2) M. ibid.

(3) Id.. ann. 1309. n° G.

vernement. Mais, comme ils n'avaient aucun pouvoir de traiter, Clément V les chassa de sa présence sans vouloir les entendre, et déclara les chefs de la République contumaces (1). En conséquence, mettant à exécution les menaces contenues dans sa dernière bulle, il écrivit aux princes chrétiens que les Vénitiens s'étant faits les ennemis de l'Église, ils devaient les regarder comme leurs propres ennemis, leur courir sus, les emprisonner et confisquer leurs biens. Le résultat, pour la République, de cette mise au ban des nations fut, en plusieurs endroits, la ruine de son commerce (2).

Cependant, avant tout, il s'agissait de reprendre Ferrare. Clément V, jugeant à cet effet l'autorité d'un légat nécessaire, en revêtit Arnaud de Pélagrue , cardinal de Sainte-Marie in Porticu, son neveu, homme de tète et de cœur. Ce préliit partit aussitôt d'Avignon, et arriva, dans le mois de juin, à Bologne. Il n'amenait avec lui aucune troupe, mais il avait l'ordre de publier une croisade qui devait offrir à ceux qui y prendraient part les mêmes avantages spirituels que les croisades contre les infidèles. Ce moyen lui procura, en peu de temps, une foule de hardis aventuriers qui accoururent de la Lombardie, de la Marche, de Vérone, de la Romagne et de la Toscane. Florence, Bologne, le marquis Francesco, y joignirent leurs contingents (5), et le légat se trouva en état d'attaquer ses ennemis. L'armée pontificale vint se poster à Francolino, où Francesco fit construire un pont destiné à le rendre maître des deux rives du Pô. Les Vénitiens, qui avaient sur ce fleuve un grand nombre de galères armées, et autour deFerrare des forces de terre imposantes, assaillirent

(1) Baluze, t. I, p. 32.

(2) Raynald, ann. 1309, n°7.

(3) Muratori, Annal. d'italia, ann. 1309.

le pont à la fois par eau et par terre. Cette double attaque échoua. L'armée de la République, vigoureusemeut accueillie, fut battue : une partie fut culbutée dans le Pô, l'autre partie taillée en pièces ; le reste chercha son salut dans une fuile précipitée. Cette grande victoire fut remportée le 28 août 1500 (1). La prise de Ferrare, du château de Thébaldo et l'occupation de tout le territoire ferrarais en furent la conséquence (2).

L'Italie entière applaudit à ce succès des armes pontificales. Elle vit avec joie l'ambitieuse Venise refoulée dans ses lagunes, et, lorsque le cardinal de Pélagrue se présenta à Florence, il y fut reçu en triomphe. Le peuple se porta à sa rencontre, toutes les pompes religieuses et militaires furent déployées, et la République lui fit un présent de 2,000 florins d'or. Les Florentins s'étaient particulièrement distingués à la bataille de Francolino ; cette circonstance ajoutant plus de prix encore à leurs hommages, le légat les releva solennellement des censures dont les avait frappés le cardinal Napoléon des Orsini (3). Il accorda la même faveur aux Rolonais. Ainsi se termina cette longue et funeste querelle du Saint-Siège avec les deux républiques de Florence et de Bologne. Née de l'explosion des factions blanche et noire, longtemps malheureuse pour l'autorité pontificale, elle finit à son avantage. Ces succès relevèrent un peu le courage de Clément V.

Il en avait besoin, car les procédures touchant la mémoire de Boniface VIII allaient commencer. En effet, pour obéir à la citation publiée le 23 septembre à Avignon, dans laquelle les accusateurs de Boniface VIII étaient som-

(1) Cronaca di Bologna. p. 519 et 520.

(S) Baluze, t. I, p. 69.

(5) Cronaca di Dino Compagni, I. III. p. 550. — Giovanni Villani. 1. VIII,

c. cv.

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