ÏÏENRI VU EN ITALIE
tenus à Paris par le roi de France, et ailleurs par le pape et les prélats (1).
Pendant que l'attention de la cour romaine était absorbée par les travaux du concile de Vienne, il se passait, de l'autre côté des Alpes, des faits importants pour la Papauté. Henri de Luxembourg parcourait l'Italie, et bouleversait les constitutions de ses petits États, en s' efforçant d'y rétablir l'autorité impériale. On se rappelle que Clément V, en approuvant, en 1309, l'élection du nouveau roi des Romains, avait exigé qu'il ne retardât pas au delà de . deux ans son couronnement à Rome. Henri s'était montré docile à la volonté du souverain pontife. Depuis plus de soixante ans, l'Italie n'avait vu d'empereur; la grande querelle du Sacerdoce et de l'Empire paraissait oubliée; le pape fondait les plus belles espérances sur une expédition où les bannières de l'Empire se montreraient unies à celles de l'Eglise, et Louis de Savoie n'avait été investi du sénatorial que pour préparer les voies à cette expédition (2). Du fond de sa solitude de Malaucène, Clément Y prescrivit tous les honneurs qui devaient être rendus à l'empereur à son entrée dans la cité des apôlres, et jusqu'au moindre rite à observer dans son couronnement. Comme à cette époque les affaires de l'Église ne pouvaient lui permettre d'accomplir personnellement celte cérémonie, il désigna cinq cardinaux pour le remplacer, savoir : Nicolas de Prato, Arnaud de Pélagrue, Léonard de Garcin, Francesco Gaetani et Luca di Fieschi (5).
La nouvelle d'un voyage de l'empereur à Rome émut vivement les esprits dans, toutes les villes où dominaient les factions guelfe et gibeline. Aussi, lorsque Henri, vers
(1) Clémentines, l. V, t. I, de Magislris.
(2) Joannes de Cermenate, ap. Mural., rer. Mal. Script., t. IX, p. 1262.
(3) Raynald, ann. 1311, n°* 6. 7 et seq.
la fin de 4340, se mit en marche pour exécuter les volontés du pape, trouva-t-il, à Lausanne, des députés de presque tous les États de l'Italie (4). Il n'y eut que les principaux Étals guelfes, savoir : Florence, Sienne, Lucques, Bologne et Naples, qui s'abstinrent. Peut-être ces États regardaient-ils comme une marque de faiblesse de prévenir le chef de l'Empire. Fiers de leur union et de leur force, ils voulaient en montrer l'orgueil ; croyant ne rien avoir à craindre, ils dédaignaient une démarche qui avait l'air d'une soumission. L'empereur rassura tout le monde en annonçant ses intentions pacifiques, et la plus stricte impartialité entre les divers partis. Au reste, le noble caractère de Henri de Luxembourg, sa loyauté reconnue, le petit nombre de soldats qui raccompagnaient, étaient une garantie suffisante de ses promesses.
De Lausanne, l'empereur se dirigea vers Turin, en passant par le mont Cenis, et y arriva au commencement d'octobre 4310. Il trouva dans cette ville des députés romains qui se rendaient auprès du pape pour le prier de venir lui-même accomplir la cérémonie du couronnement. Les instructions de ces députés leur donnaient le pouvoir illimité de faire tout ce qu'ils jugeraient utile au bien public. Ils manifestèrent les meilleures dispositions à l'égard du prince (2).
De Turin à Milan, la marche de l'empereur ressembla à un triomphe. Guido délia Torre, seigneur de Milan, avait promis de lui faire traverser la Lombardie, le faucon sur le poing. Cette promesse sembla d'abord se réaliser. Tous les seigneurs cisalpins se mirent en mouvement pour ve-
(1) Giovanni Villani , 1. IX, c. vu. — Conrad Vicerius, de Henrico VII. p. 68.
(2) Nicolaus episc. botrontinensis, Henrici VII lier italicura , ap. Baluie, t. II, p. 1147 et 1201.