HENRI VII EN ITALIE
Jusque-là tout avait souri à l'empereur; ses succès avaient dépassé ses espérances. Mais ici devaient commencer les revers. Dans le moment que la soumission absolue des deux plus puissantes républiques maritimes de l'Italie portait sa joie au comble, une seconde révolte chassait ses vicaires des villes de la Lombardie, une résistance formidable s'organisait à Rome, tandis que Florence devenait le centre d'une ligue guelfe. Celte république, déjà la plus riche et la plus influente de la Péninsule, avait compris que, si l'empereur y prenait pied, c'en était fait de la liberté italienne, et, se dévouant à la cause nationale, sans s'embarrasser des dangers, elle appelait à une coalition armée Sienne, Lucques, Bologne, Asti, Verceil, les seigneurs de Milan, de Pavie. Le roi de Naples, comme le plus puissant de tous, devait être le chef de cette coalilion(l).
Henri apprit à Gênes presque en même temps ces tristes nouvelles. Ce furent le sénateur Louis de Savoie et Sciarra Colonna qui vinrent l'informer de ce qui se passait à Rome. Ils lui dirent que le peuple, d'abord bien disposé en sa faveur, n'avait pas tardé à se partager; qu'une portion considérable s'était rangée du côté des Orsini, déterminée à empêcher le couronnement de l'empereur; que le roi de Naples, dont la prépondérance impériale effrayait l'ambition, patronait ce parti; que son frère, le prince Jean, était déjà dans la cité avec des forces dont le nombre grossissait chaque jour. Ils ajoutaient que Rizzardo Orsini et Giovanni Annibaldi, auxquels le Capitole avait été confié en l'absence du sénateur et qui avaient juré de le rendre à son retour, refusaient maintenant d'accomplir leur promesse, à moins qu'on ne leur comptât 4,000 florins, prétendant que cette somme leur était due pour la
(i) Conrad Vicerius, |». G8.
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garde de la forteresse (i). En même temps ils pressaient le monarque de hâter sa marche afin d'attaquer ses adversaires avant que leurs préparatifs de défense fussent achevés.
Les ambassadeurs du roi de Naples se trouvaient alors à Gênes dans le but de moyenner, par un mariage, une alliance entre la maison de Luxembourg et celle de Naples. On leur demanda des explications sur les faits qui se passaient à la fois à Florence et à Rome. Mais ils répondirent en montrant une lettre de leur maître, dans laquelle celui-ci s'épuisait en protestations de sympathie et de bonne volonté envers l'empereur, et n'avait, disait-il, d'autre désir que celui d'honorer par sa présence la cérémonie du couronnement (2).
Malgré ces protestations, Henri crut devoir précipiter son départ. Ce ne fut pas sans peine que, d'abord par mer de Gênes à Pise, et de Pise en prenant sa route par les Maremmes, il parvint jusqu'à Rome (o) . Toutefois, aux portes même de cette capitale, le roi Robert lui faisait déclarer que les Napolitains qui remplissaient Rome n'avaient été envoyés que pour honorer son couronnement. Mais, lorsqu'il se présenta au Ponte-Molle pour entrer dans la ville, le prince Jean lui signifia qu'il avait ordre de s'opposer à son passage. Il lui fallut livrer un sanglant combat pour l'obtenir. Encore ne réussit-il, avec l'aide des Colonna, qu'à s'emparer du palais de Latran, du C.ipitole, de Sainte-Marie-Majeure, du Colisée, de Sainle- Marie-de-la-Rotonde et de Sainte-Sabine. Les Napolitains et la faction des Orsini restèrent constamment les maîtres
(1) ilenriciVII lier italicum, p. 1292. — Ferrclus Viccntinus, L IX. Mural., p. 1091 et seq.— AUicrlinus Mussalus. Ilisl. Aug., 1. V, rub. vn.
(2) Henrici Vil lier italicum, p. 1180 el 1181.
(3) Giovauni Villaui. I. IX. c. \\\\\.