HENRI VII EN ITALIE
du Vatican aussi bien que du reste de la ville (1). Henri, perdant l'espoir de les y forcer et impatient en même temps de se faire couronner, pria les cardinaux légats d'accomplir cette cérémonie dans l'église de SainUFean-de- Latran, vu que l'entrée de Saint-Pierre leur était interditc.Les légats s'y refusèrent longtemps, alléguant l'antique usage et la teneur de leur commission. Enfin, dans l'impossibilité où ils étaient de commander aux circonstances, ils cédèrent, et l'empereur reçut la couronne dans l'église de Saint-Jean-de-Latran, le 2;) juin 1312 (2).
Ainsi, cette cérémonie brillante, qui devait terminer une expédition que tout avait annoncée pacifique, fut accomplie au milieu des combats, dans une cité où l'on n'était maître qu'à demi, par des cardinaux mécontents et au bruit d'une coalition qui mettait déjà ses armées en mouvement. Elle était à peine finie qu'Henri partait pour entrer en campagne contre Florence, laissant toutefois dans Rome un gentilhomme de sa suite, Jean deSavigny, que le peuple avait élu sénateur (3). Celui-ci n'y commanda pas longtemps. Les nobles romains n'eurent pas plutôt perdu de vue les bannières allemandes, qu'ils s'émurent, chassèrent Jean de Savigny, puis les diverses factions, et, se réunissant de concert, élurent, pour le remplacer, Giovanni Sciarra Colonna et Francesco di Matteo de' Figli d'Orso (4). Mais le peuple, qui se voyait sacrifié, soit que ses maîtres fussent le roi de Naples, l'empereur ou les chefs des factions, s'indigna de ces choix opérés sans son concours. Dans sa fureur il court au Capitole,
(1) nenrici VU lier itnlicum, p. 1193 et seq. — Kerr. Vicent., p. 1 104. — Giov. Vill., 1. IX, c. xxxnii.
(2) Henrici VII lier italicum, p. 1200 et 1203.
(3) Id., p. 1204.
(4) M., p. 1204. -Ferr. Vicent.. p. 1112.
expulse les nouveaux magistrats, déclare qu'il veut un dictateur, et revêt de cette dignité suprême, sous le nom de capitaine du peuple, Jacopo dci Stefaneschi. Celui-ci, nouveau Brancaleone, moins l'autorité du caractère pourtant, se met à l'œuvre, et, jaloux de montrer à la fois l'énergie et l'impartialité de sa justice, il jette dans les fers, pêle-mêle, Orsini, Colonna, Savelli, Annibaldeschi. La terreur règne dans la ville. Mais une administration si violente ne pouvait être de longue durée ; les nobles trouvèrent bientôt le moyen de la renverser et recommencèrent leurs luttes. C'est ainsi que Rome, après avoir forcé ses pontifes à l'exil, passait tour à tour de l'anarchie au despotisme
Pendant ce temps-là, Henri guerroyait contre la ligue guelfe. Suivi de deux mille chevaux et de quinze cents fantassins, il porta le fer et le feu jusque sous les mur* de Florence, où il campa pendant plus d'un mois. Mais tout le succès que ce monarque relira de cette campagne, glorieuse d'ailleurs pour ses armes, fut d'avoir effrayé ses ennemis. Les troupes liguées, quoique deux fois aussi nombreuses que les siennes, n'osèrent jamais se mesurer avec les Allemands. Elles craignaient le choc de ces hommes rudes, accoutumés à prendre la guerre au sérieux. Au reste, la pusillanimité les servit mieux que n'aurait fait le courage. Leur inaction, qui devait tout perdre, sauva tout. La famine, la maladie, causèrent à Henri plus de mal que leurs glaives n'auraient pu lui en faire. Affaibli par ce double fléau, ce prince opéra sa retraite sur Pise, où il arriva dans le mois d'octobre 1512 (2).
Si la fortune avait pu trahir Henri, son courage ne l'abandonna pas. A l'abri derrière les remparts de Pise, il
[1) Albertinus Mussatus, I. XI. rub. ui.
(2) Giov. Vill., I. IX c. xlv, xlvi et xifU.
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employa l'hiver à recruter de nouvelles forces en Allemagne, mit au ban de l'Empire les villes qui avaient osé s'armer contre lui, conclut une alliance avec Frédéric de Sicile, et, de concert avec ce prince, il se prépara à faire repentir le roi de Naples de l'appui qu'il prêtait au parti guelfe (l). Le printemps venu, il se remit en campagne, plus redoutable que jamais. Déjà Robert tremblait pour son royaume. Mais, au moment où les opérations de la guerre allaient devenir décisives, Henri mourut tout à coup, le '24 août, à Bonconvento, au milieu de son armée (2). Prince magnanime et vaillant, ses ennemis mêmes ont fait son éloge. Il était digne de relever la majesté de l'Empire ; il ne parut que pour provoquer son deuil et ses regrets. Toutefois sa mort, qui était une calamité pour l'Allemagne, fut un bonheur pour lui; elle sauva sa vertu et sa gloire d'un écueil où elles se seraient peut-être brisées, en l'arrachant au danger imminent de faire la guerre à 1 Église; car, au moment où elle arrivait, Clément V, dont le voyage de Henri n'avait point réalisé les espérances et qui s'alarmait à bon droit des projets de ce prince contre les Guelfes, Clément V publiait l'excommunication contre quiconque entrerait à main armée dans les domaines du roi de Naples (3). Le pape nommait en môme temps Robert vicaire du Saint-Siège en Italie et sénateur de Rome, le jugeant seul capable d'en maîtriser les factions (4).
Mais Clément V, à son tour, ne devait pas survivre longtemps à Henri. Depuis sa maladie de l'année lôOti, sa santé avait été constamment chancelante ; les travaux du concile de Vienne venaient d'en user les restes. De vio-
(1) Giov. Vill., 1. IX, c. XLViii el l. — Conrad Viccrius, p. 32.
(2) Giov. Vill., 1. IX, c. li. — Balaie, 1. 1, p. 94.
(3) Id., p. 94.
(4) Raynald, ann. 151 i. n° 2. — Baluze, t. I, p. 53.
lentes douleurs d'intestins lui enlevèrent d'abord l'appétit; bientôt son estomac, devenant de plus en plus débile, se mit à rejeter le peu de nourriture qu'il prenait . Dans cet état de souffrance, le séjour d'Avignon cessa de lui plaire. Il transporta sa cour à Carpentras; puis il alla se renfermer dans le château de Montera, dont il acquit alors la seigneurie pour le vicomte de Lomagne, son neveu (1). Partageant les illusions si naturelles à ceux qu'une maladie lente conduit au tombeau, il espérait que le changement d'air, le calme de la solitude auraient le pouvoir de retenir cette vie qui lui échappait, pour ainsi dire, goutte à goutte (2). Là, néanmoins, toujours appliqué aux soins de l'administration, il ne retranchait rien de son activité. Il faisait une troisième promotion de cardinaux, achevait la canonisation de Célestin V, rédigeait le septième livre des décrétales, qui devait contenir les actes principaux du concile de Vienne (5), et s'occupait d'embellir la ville de Carpentras, en y faisant construire des fontaines (^.Cependant, vers le mois d'avril \ 2\ 4, le mal redoubla, et tous les remèdes devinrent impuissants à en calmer les douleurs. Le pontife s'imagina alors que le climat de la Gascogne, ce climat où il avait pris naissance, aurait plus de vertu, et il quitta le château de Montcux pour retourner à Bordeaux. On le transporta d'abord à Châteauneuf-Calcernier, puis à Roquemaure sur le Rhône. Mais, arrivé là, sa faiblesse ne lui permit pas d'aller plus loin, ses forces étaient
(I) De Sade. Mémoires pour la vie de Pétrarque, in-4°, 3 vol., t. I. p. 32.
(S) Baluze, t. I, p. 56.
(3) W., 1. 1, p. 80 et 109.
(4) Pour cela, le pape acheta de Barrai des Baux, seigneur de Barroui cl de Caromb, les eaux de la montagne des Alps, qui est du territoire de Caronib, avec le droit d'exemption, pour une somme de trois cents florins d'or. (Ms. Fornery, 1. V, p. 370.)