MORT DE CLÉMENT Y
épuisées, et il expira le 20 avril. Son corps fut aussitôt rapporté àCarpentras, où se trouvait la plus grande partie des cardinaux. Il y resta jusqu'au mois d'août, époque à laquelle on l'emmena en Gascogne pour l'inhumer dans l'église de Saintc-Marie-d'Uzez, où il avait choisi sa sépulture et institué un chapitre de chanoines (1). Si l'on en croit un historien, il arriva, dans les premiers instants de confusion qui suivirent la mort de Clément V, un incidenl bien propre à montrer la vanité des grandeurs humaines. Ce pontife que tant de pompes avaient entouré pendant sa vie, qui avait vu des monarques et tant de princes composer sa cour, ce pontife passa presque nu la première nuit de sa mort, et il fut tellement abandonné par les religieux qui devaient le garder, qu'un cierge de la chapelle ardente put se renverser et mettre le feu aux objets d'alentour, sans que personne songeât à arrêter les progrès de l'incendie. Quand on s'en aperçut, le corps du pape était à demi consumé (2).
Le pontificat de Clément V avait duré huit ans dix mois et quinze jours. S'il n'occupe qu'un faible espace dans le temps, les événements qui l'ont rempli lui assignent en revanche une large place dans l'histoire, et l'on peut dire que l'homme ne s'est point montré indigne du rôle que la Providence l'appela à y jouer. Avec quelques préventions que l'on juge Clément V, on sera toujours forcé de reconnaître en lui une rare sagacité, la science des hommes et des choses, beaucoup de modération et de prudence. Les nombreuses affaires qu'il traita personnellement témoignent de son activité aussi bien que de la force et de l'étendue de son esprit. Clément V, toutefois, n'avait
(1) Baluzc. p. 54,56,80, 1 10 et Ht.
(2) Francisci Pipini Chrouicon, t. IX. Murât., p. 750.
qu'une santé ébranlée par des souffrances qui affaiblissent prodigieusement le moral de l'homme. 11 aimait les lettres, les cultivait, et des monuments attestent qu'il cherchait à les faire fleurir. Son caractère manquait, il est vrai, de cette inflexibilité vigoureuse qui brise les obstacles; mais il avait cette ténacité patiente qui les use. De semblables caractères luttent avec moins d'éclat; ils parviennent également à leur but. Dans les circonstances où vécut Clément V, peut-être un caractère plus fort aurait-il échoué.
On a accusé ce pontife de s'être constamment tenu aux genoux de Philippe le Bel et d'avoir épuisé, vis-à-vis de ce monarque, la servilité des complaisances. Le principal fondement de cette accusation est dans le récit, accrédité par Villani, sur la promotion de Clément à la tiare. Nous croyons avoir démontré la fausseté de ce récit (Pièces juslif., n° 7), et, dès lors, cette accusation tombe d'ellemême. Malgré la faiblesse que sa situation gênée en France prêtait à la Papauté, quand on suit la carrière de Clément V, on le voit plus d'une fois en lutte ouverte avec Philippe le Bel sur les points mêmes où l'on a écrit qu'il avait juré à ce prince une docilité aveugle à ses volontés. On a été jusqu'à attaquer ses mœurs, en l'accusant d'avoir cédé à l'amour des femmes. Mais, quoique Villani suppose que personne n'fgnorait un fait si scandaleux (1), ce chroniqueur est le seul contemporain qui le dise, et nous aurons encore plus d'une fois l'occasion d'apprécier la véracité de Villani et son indigne partialité envers les souverains pontifes qui ont siégé à Avignon.
S'il nous était permis d'adresser quelques reproches à Clément V, nous dirions que, sous prétexte des besoins
(I) Giov. Vill., 1 IX. c. mu.