‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 44 sur 60 · JACQUES D'OS A · texte numérisé non relu

JACQUES D'OS A

l'Italie, dans une ville populeuse, au milieu d'une civilisation qui devançait le siècle, trouver des moyens faciles et prompts de faire fortune. Celait quelques années après l'inauguration de la dynastie angevine au trône des Deux- Siciles. Arrivé dans la capitale de Charles d'Anjou, le jeune Gascon n'y rencontra d'abord que l'abandon et la détresse; mais il avait du cœur et du savoir-faire. Son premier soin fut de s'enquérir où un écolier pauvre pourrait trouver un logement. Dans ce but, il s'adressa à un religieux mineur, dont l'extérieur vénérable l'avait frappé, et auquel il dit qu'il était Gascon, et désirait étudier la théologie. La misère de Jacques d'Osa, sa passion pour l'étude, et je ne sais quoi au-dessus de l'ordinaire, qui perçait à travers la vulgarité de ses traits, intéressèrent le moine ; il loua le dessein du jeune homme, l'exhorta à placer en Dieu sa confiance, et le pria de revenir, promettant de lui donner un bon conseil.

Notre écolier se retira plein de joie et d'espérance, et revint, au bout de deux jours, trouver le religieux. Celuici, juste appréciateur du mérite, et qui en avait démêlé beaucoup dans Jacques d'Osa, lui conseilla d'embrasser la règle de Saint-François. C'était là plus qu'un conseil, et tout autre que Jacques d'Osa y aurait vu une bonne forlune. Mais la suggestion à une règle ne souriait point à l'esprit indépendant de notre écolier, elle gênait d'ailleurs ses projets d'avenir : il refusa honnêtement ce que lui proposait son bienveillant conseiller. Celui-ci n'insista pas, et, quelques jours après, il trouva le moyen de faire entrer son protégé chez le précepteur même des enfants du roi, en qualité de serviteur des augustes élèves. Car, tandis que les autres princes de la chrétienté ne professaient encore qu'un dédain superbe pour l'instruction et lui préféraient l'ignorance, Charles d'Anjou, s'nffranchis-

sant du honteux préjugé de son siècle, voulait que ses enfants fussent élevés dans les sciences et les lettres ; et une chose fera éternellement honneur aux enfants de ce monarque : ils virent, sans la moindre répugnance, un homme du peuple, leur propre serviteur, partager leurs leçons (1).

Jacques d'Osa fit de rapides progrès dans l'étude du droit canonique, puis dans celle du droit civil, et se trouva en peu de temps digne de recevoir le grade éminent de docteur. Dès lors, sa fortune commença à prendre une face nouvelle. Admisdans les rangs du clergé, on lui donna plusieurs bénéfices ecclésiastiques qui le placèrent audessus de la médiocrité, et le mirent en état de s'élever plus haut. Il devint lui-même le précepteur des enfants de Charles II, dit le Boiteux, et Jacques d'Osa eut la gloire de former le plus grand roi de son siècle, Robert, et un grand saint, Louis, évéque de Toulouse, qu'il canonisa plus tard, après avoir admiré, dans l'âge le plus tendre, ses précoces vertus (2).

Parmi les talents de Jacques d'Osa se trouvait surtout le talent pratique des affaires, cette perspicacité qui en démêle le point capital, celte prudence qui en prévoit et en écarte les obstacles, et ce génie des expédients par lequel on les mène à bout. Il ne tarda pas à entrer dans les conseils les plus secrets du gouvernement. Envoyé à plusieurs reprises près du Saint-Siège et de la cour de France, il s'y fit admirer par son éloquence insinuante et son habileté. Charles II, désirant le récompenser des services qu'il avait rendus au royaume, le fit nommer, en 4 300, par Boniface Y III, à l'évêché de Fréjus en Provence, et

(1) Ncc puduit régis nalos ab hoc audilas bis aul ter repeterc lectioues. (Ferr. Viccnt.)— Giovanni Villani dit : Essendo in gratin del re Carlo a sua spenuria il fece studiare. (L. IX, c. i.xxix.»

(2) Baluze. t. I. p. 171 et 174.

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