‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 45 sur 60 · JACQUES D'OSA · texte numérisé non relu

JACQUES D'OSA

lui concéda, ainsi qu'à ses successeurs, les droits qu'il avait sur les châteaux de Revut et de Villepaix (i). Mais ce siège obscur, insalubre et pauvre n'était pas un prix digne des mérites de Jacques d'Osa. Accoutumé au séjour d une grande capitale, il ne put se faire au séjour de sa ville épiscopale. Il y parut d'abord pour prendre possession de son église, en régler l'administration; puis il retourna à Naples (2). Charles II le récompensa mieux en lui donnant la place de chancelier, vacante par la mort de Pierre de Ferrière, archevêque d'Arles (3).

Cependant Jacques d'Osa touchait à la vieillesse, et il n'avait gravi que les premiers échelons des dignités ecclésiastiques, lorsque Féveché d'Avignon vint à vaquer par la translation de Guillaume de Mandagot à l'archevêché d'Embrun (4). Notre prélat brigua aussitôt ce poste devenu éminent par la présence de la cour romaine. Comme il était aidé par les recommandations (5) de Robert, qui avait succédé à Charles II, il l'emporta sur ses rivaux, et devint, en 1510, évêque d'Avignon (G). Il ne tarda pas à justifier le choix qu'on avait fait de lui. La supériorité de ses talents éclata sur ce grand théâtre. Infatigable au travail, mêlé à toutes les controverses, tantôt comme avocat, tantôt comme juge, tantôt comme définiteur, il déploya,

(-1) Duchesne, Preuves de l'Histoire des cardinaux français, p. 284.

(2) J'ai puisé ces détails sur les années qui précédèrent le pontificat de Jean XXII daus Ferreto de Vicence, t. IX de Muralori, p. 1166, 1167 et 1168.

(3) Giov. Vill.. 1. IX. c. lxxix. — Baluze, ad notas, p. 691). a prouvé irréfragablement que Pierre de Ferrière n'avait pu être le maître de Jean XXII.

(4) Nouguier, Uist. de l'Église et des évéques d'Avignon, p. 93.

(5) Qui... ad instantiam (régis Robcrti) fuit episcopus forojuliensis, et deinde ad episcopatum avenioncnsem cxlitit translatus. (Bnluze, t. I, |». 185.) — Ciacconius. Vite et Gesta ponlif., t. Il, p. 391.

(6) Nouguier. Ion. cil. — Gallia chrisliana, t. I„ p. 820.

dans l'exercice de ces diverses fonctions, une connaissance si approfondie du droit, une telle sagacité d'esprit, une si rare facilité d'élocution, que l'opinion de tous le plaça bien vite, au premier rang parmi les prélats de la cour. Les fréquentes occasions qu'il avait de voir le pape, soit pour les grâces, soit pour les consultations, l'établirent dans l'intimité de Clément V. Son habileté brilla surtout au concile de Vienne, où il fut du plus grand secours au pape par ses conseils lumineux. Au retour de cette assemblée, le chapeau de cardinal et l'évêché de Porto le récompensèrent de ses services (I). Devenu membre du Sacré Collège, il semblait que Jacques d'Osa dût être parvenu à l'apogée de cette grandeur qu'il avait rêvée.. Mais une dignité plus haute encore lui était réservée, et la faveur de la cour de Naples allait le porter à la tiare.

Dans la situation que les derniers événements de la Péninsule et sa propre politique avaient faite a la cour de Naples, elle sentait qu'un pontife dévoué à ses intérêts lui était devenu nécessaire Comment aurait-elle pu autrement conserver la prépondérance en Italie, recouvrer la Sicile et dominer à Rome, sans une étroite alliance avec la Papauté? C'eut donc été un malheur pour celle cour si, avant d'avoir connu le trépas de Clément V, une élection précipilée avait placé sur la chaire de Pierre un ponlife que des intérêts spéciaux ou des vues personnelles auraient éloigné d'elle. L'émeute de Carpentras, en forçant le conclave à se dissoudre, servit sa cause. Pendant le long interrègne qui suivit, Robert eut le temps de faire jouer les ressorts de sa politique pour diriger les suffrages des électeurs. La plus grande partie des cardinaux s'était réfugiée à Avignon, le roi y envoya un émissaire affidé

(1) Ferr. Vicent.. \ . 1168 et 1169.

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