‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 46 sur 60 · JACQUES D'OSA · texte numérisé non relu

JACQUES D'OSA

chargé de proposer pour souverain pontife le cardinal de Porto. C'était, en effet, l'homme qu'il fallait à la cour de Naples, nul autre ne pouvait lui offrir des garanties plus sûres de dévouement. Il ne s'agissait que de faire agréer un tel candidat aux trois partis qui divisaient le conclave. Le parti français ne semblait point devoir soulever de sérieuses difficultés. Mais le parti italien et le parti gascon faisaient craindre une forte opposition. Le point capital était d'en gagner un, et le roi s'adressa au parti italien, comme le plus facile. On fit des avances à Napoléon des Orsini et à Pietro Colonna, les présents ne furent pas épargnés, et ces deux prélats se laissèrent mettre dans les intérêts de la cour de Naples (1).

Cependant, quoique les cardinaux se préoccupassent beaucoup de l'élection du pape futur, rien ne pouvait les déterminer à reprendre le conclave, tant le funeste événement de Carpentras les avait effrayés. Deux années s'étaient écoulées depuis cet événement, et ils ne songeaient point encore à donner un chef à l'Église. Enfin, Philippe, comte de Poitiers, frère de Louis le 11 m tin, réussit, en faisant valoir divers prétextes, à les réunir dans la ville de Lyon pour une conférence, après leur avoir juré de ne point les forcer à tenir un conclave, et de leur laisser pleine et entière liberté de se retirer quand ils le jugeraient bon. Mais ils ne furent pas sitôt assemblés, que le comte, jugeant qu'un serment contraire aux intérêts de l'Église ne pouvait lier la conscience, les obligea, malgré leurs vives réclamations, à se renfermer dans le couvent des Frères Prêcheurs, avec injonction de ne point sortir de ce lieu qu'ils n'eussent donné un pasteur à l'Église. Philippe se chargea lui-même de la garde du conclave. Mais,

(1) Fcrr. Vicent., p. HG6.

ayant été presque aussitôt rappelé à Paris par la mort du roi son frère, il confia ce soin au comte de Forez (I).

Les trois partis français, italien et gascon, se retrouvèrent de nouveau en présence, et leurs débats prolongèrent le conclave pendant quarante jours. Malgré tous les efforts que la cour de Naples avait faits pour assurer le triomphe de la candidature du cardinal d'Osa, la cabale des Gascons fil longtemps balancer la fortune entre ce prélat et les cardinaux de Pélagrue et de Frédol (2). Elle se rendit enfin, et Jacques d'Osa fut proclamé pape le 7 août 4316; il prit le nom de Jean XXII, (Pièces justificatives , n° 14.) Un mois après, le 7 septembre, il reçut la couronne, dans l'église primatialc de Saint-Jean, des mains du cardinal Napoléon des Orsini, doyen du Sacré Collège, en présence du comte de la Marche, frère de Philippe le Long, et du comte d'Évreux, leur oncle, qui voulurent, pour honorer le nouveau pontife, tenir les rênes de sa haquenée dans la cavalcala qui suivit la cérémonie du couronnement (3).

Après quelque séjour à Lyon, le pape s'embarqua sur le Rhône, vers la fin de septembre, pour se reudre à Avignon, où il fut reçu, le 2 octobre, au milieu des transports d'allégresse de toute la population (4). A l'exemple de son prédécesseur, Jean XX1J résolut de fixer sa résidence dans cette ville; et, comme la cour romaine avait été jusque-là dispersée, il voulut que tous les membres qui la composaient reçussent, dans la cité papale, des livrées convenables. Nous avons l'acte authentique de la distribution de ces livrées ; elle fut faite par les soins de Hugues

(1) Continuât. Nang., ann. 1316. — Baluze, t. I, p. 114 et seq.

(2) Baluze, t. I, p. 647. — Giov. Vill., 1. IX, c. ixxix.

(3) Continuât. Gulliel. de Nang.

(4) Baluze, 1. 1, p. 116, 134 et 152.

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