‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 47 sur 60 · JEAN XXII · texte numérisé non relu

JEAN XXII

de Mirabelle, chanoine d'Embrun, et de Louis-Pierre Grosse, députés du pape, conjointement avec Jacques Bermond et Bertrand de Mairoze, bourgeois et députés de la commune d'Avignon (1). Les cardinaux furent logés chez les principaux citoyens. Le pape choisit pour lui le palais épiscopal, et s'y enferma si sévèrement, que, pendant un pontificat de plus de dix-huit ans, il n'en sortit que pour se rendre régulièrement à l'église cathédrale, qui lui était contiguë (2).

Jean XXJI était à peine iixé à Avignon, qu'il se trouva en butte à une cabale domestique. L'auteur de ces manœuvres fut découvert, c'était un chapelain du pape, nommé Bernard d'Artige. Le but du conspirateur était de diviser le Sacré Collège, d'y soulever une opposition contre son chef, afin d'entraver son administration. En cela, quel but se proposait Bernard d'Artige? L'histoire ne le dit point. Jean XXII lui fit faire son procès par Galhard, évêquede Reggio, et Pierre de Prato. On ignore ce qu'il devint (3).

(1) Fantoni, Istoria délia citta d'Avignone, 1. 1!, c. m.

(2) L'anoiiyme vénitien, auteur de la cinquième Vie de Jean XXII, dans Raluze, explique cette rigoureuse clôture en supposant que ce pontife avait juré dans le conclave de ne monter ni cheval ni mule, à moins que ce ne fût pour se rendre à Rome : Papa in sua electione... juravit se nunquam tiscemurum equum vel muhtm ni si iret Romam; ajoutant que, ne voulant ni retourner à Rome ni violer son serment, il descendit par eau de Lyon â Avignon, et gagna ensuite à pied le palais épiscopal, d'où il ne sortit plus : Omni H servavit quia navigio kit usque ad Âveniomm, et pedes ascendit patatium; de quo postea... non exivit *. Ces deux anecdotes n'ont pas le moindre fondement, et la circonstance de la cavatcata dans laquelle Jean XXII se promena à cheval dans les rues de Lyon suffit pour les renverser **.

(3) Raynald, ann. 1317, n° 31.

' Baluae, t. I, p. 178.

Continuât. Guill. de Nang., loc. cit. — Voir la note de Baluze, p. 793.

Mais cette misérable intrigue n'était que le prélude de plus criminels complots. On ne tarda pas à découvrir que des hommes de la cour avaient juré la mort du pontife et de quelques-uns des cardinaux. C'était par des procédés magiques que les conjurés espéraient venir à bout de leur affreux projet. (Pièces justificatives, nM5.) Jean XXII décrit quelques-uns de ces procédés dans ses lettres. Le principal consistait à former des images de cire représentant les personnes qu'on avait en vue. Après avoir consacré ces images par des cérémonies religieuses auxquelles se mêlait l'invocation du démon, on y gravait certains caractères mystiques qui avaient la vertu de faire passer, dans les personnes qu'elles représentaient, les opérations exercées sur elles (1). Jean XXII accuse trois personnages, parmi lesquels se trouvait son propre médecin, Jean d'Amant, d'avoir fabriqué de ces sortes d'images (2). On peut penser ce qu'on voudra de ces sortilèges. La vérité est qu'on y ajoutait foi alors, et que bien des gens les employaient aux plus détestables fins. Hugues Géraud, évêque de Cahors, fut accusé d'avoir, par ces moyens, procuré la mort au cardinal Jacques de Vié, neveu du pape, et préparé pour le pape lui-même des breuvages empoisonnés. Convaincu de ce double crime, il fut livré au bras séculier, dégradé, écorché vif, traîné en cet état par les rues de la ville, et enfin livré aux flammes (5). Cette justice rigoureuse fit cesser les complots.

(1) De Sade, Mémoires pour la vie de Pétrarque, t. I, p. 61.

(2) Raynald, ann. -1517, n° 53.

(3) Baluze, 1. 1, p. 187, et ap. Notas, p. 737, Verba chronici, ms. Grandimontensis. — Le manuscrit deToyssier, t. H (bibliothèque d'Avignon), ajoute (p. 4) que le glaive dont le bourreau s'était servi pour cette exécution fut mis au faite de la tour du palais du malheureux prélat. Elle fut appelée la tour du Glaive jusqu'à sa démolition. — Gonzalo de lllescas, Hist. pontif., IN parte, p. 11.

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