LOUIS DE BAVIÈRE A ROME. 5G
dans lesquels il s'engageait, premièrement, à conserver intacte la foi catholique; secondement, à maintenir l'honneur et la liberté du clergé ; troisièmement, à défendre les veuves et les orphelins. Par cette hypocrite ostentation de zèle pour la religion et la justice, Louis réussit un moment à en imposer à la multitude. Mais l'illusion fut courte, et les besoins pécuniaires du prince la dissipèrent bientôt. Pour subvenir aux nécessités les plus pressantes, il se vit obligé de lever une contribution de 30,000 florins; et, quoique les deux tiers de cette somme dussent être payés par le clergé et les juifs, et un tiers seulement par les bourgeois, il s'éleva un mécontentement général (1).
Les spectacles que Louis avait jusque-là donnés aux Romains avaient été ou insignifiants ou ridicules. Mais le 1 4 avril éclaira une scène qui devint le signal d'autres scènes plus déplorables. Le peuple avait été convoqué pour ce jour-là sur la place Saint-Pierre. Louis s'y montra revêtu des ornements impériaux, au milieu d'un nombreux cortège de prélats, d'ecclésiastiques, de religieux, déjuges et d'avocats, s'assit sur une estrade élevée, et fit lire un décret portant que tout chrétien convaincu d'hérésie contre Dieu et la majesté impériale devait être puni de mort; que, pour la validité de la sentence, il suffirait d'avoir été jugé et condamné par un juge quelconque; enfin que ce décret, par un effet de rétroactivité inouïe, atteignait les délits déjà commis aussi bien que ceux qui le seraient dans la suite. Ensuite il ordonna à tous les notaires, sous peine de nullité, d'insérer dans leurs actes ces paroles : « Fait pendant le règne de l'excellent et magnifique sei- « gneur Louis, empereur des Romains (2). »
(1) Giov. Vill., I. X, c. liv et lxvi.
(2) Id., I. X. c. lxvii.
On ne tarda pas à comprendre où le nouveau César voulait en venir, et quelle était la portée de cet étrange décret. Le 18 avril, une convocation plus solennelle réunit les clercs et les laïques de Rome sur la grande place de Saint-Pierre. L'appareil avec lequel Louis se produisit dans cette assemblée fut aussi plus imposant qu'il n'avait encore été. La pourpre impériale éclatait sur ses épaules, la couronne brillait sur sa tête, sa main droite tenait le sceptre du monde. Dans ce costume, il monta sur un magnifique trône, assez élevé pour être aperçu de tous. Autour du trône se pressait une foule de prélats, d'ecclésiasliques, de barons et de soldats en armes. Quand le prince se fut assis, il imposa silence à la multitude, et un religieux augustin, Nicolas Fabriano, cria de toute la force de sa voix : « Y a-t-il ici quelque chargé de pouvoir qui « veuille prendre la défense du prêtre Jacques de Cahors, « qui se fait appeler le pape Jean XXII? » On répéta cet appel trois fois, et, personne n'y ayant répondu, un abbé allemand, dont l'éloquence jouissait de quelque réputation, prononça un discours préparé sur ce texte : Hœc est (lies boni nuntii (voici le jour de la bonne nouvelle). Ce discours fut immédiatement suivi de la lecture d'une sentence dirigée contre le pape. Dans le préambule de cette sentence, Louis protestait que l'amour de la gloire du peuple romain et le désir de rendre à ce peuple son antique splendeur, en lui restituant ses chefs spirituels et temporels, l avaient engagé à sortir de l'Allemagne, à laisser son royaume et sa famille pour venir à Rome, dans la capitale du monde, dans le centre de la foi catholique. Ce prétentieux début aboutissait à dire qu'étant à Rome, Louis avait appris que Jacques de Cahors, faussement nommé Jean XXII, cet homme de sang, cet hypocrite, ce suppôt de Satan, qu'on pouvait à bon droit appeler l'Antéchrist
LOUIS DE BAVIÈRE A ROME. 37i
mystique, ou au moins son précurseur, que Jacques de Cahors avait voulu transporter de Rome à Avignon les titres du cardinalat, el que l'invincible opposition des cardinaux l'avait seule empêché de réaliser ce coupable dessein ; que le même Jacques de Cahors avait ordonné une croisade contre le peuple romain, chose qu'il avait fait savoir aux cinquante-deux recteurs du peuple.
A la suite de ces deux accusations, aussi ridicules que fausses, venait se placer celle d'hérésie, dont ledit Jacques de Cahors s'était manifestement rendu coupable en publiant deux bulles contre la pauvreté de Jésus-Christ. Ces chefs développés, le ton du réquisitoire s'élevait pour dire qu'il appartenait à celui que la Providence avait revêtu de la dignité impériale d'imposer le joug de la discipline aux têtes superbes, el de ne pas souffrir que l'hérésie, le blasphème et le schisme, prévalussent dans l'Église. Venait après cela la conclusion en conséquence : « Nous prince, sur les réquisitions des syndics du peuple romain, et du consentement du clergé et du même peuple romain, ainsi que des prélats d'Allemagne et d'Italie, déclarons, prononçons et publions que Jacques de Cahors est hérétique notoire, manifeste, et, partant, déchu de toute puissance, dignité, autorité ecclésiastique, et passible de toutes les peines portées par les lois canoniques et civiles. C'est pourquoi nous le déposons et déclarons déposé du souverain pontificat (4). »
Si l'on pouvait faire abstraction de l'impiété d'une telle procédure, il faut avouer que rien n'était plus risible que de voir une poignée de factieux disposer ainsi de la tiare et de la personne d'un pape. Cette comédie honteuse ne
(i) Joannes Minorita, ap. Baluze, Miscell., 1. 111, p. 313,-Giov. Yill., 1. X, c. Lxvtn.
372 niSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. V.
trouva heureusement dans le peuple qu'une froide indifférence (I), et un trait d'héroïsme de Jacopo Colonna, fils de Stefano, apprit bientôt à Louis avec quelle indignation les gens sensés l'avaient contemplée.
En effet, quatre jours après, ce jeune seigneur, alors chanoine de Saint-Jean-de-Latran, parut tout à coup sur la place Saint-Marcel, suivi de quatre hommes masqués. Là, il déploya la dernière sentence de Jean XXII contre Louis de Bavière, la lut tout entière en présence de plus de mille personnes que la curiosité avait rassemblées. Puis, celte lecture achevée, il éleva la voix et dit : « Le « clergé de Rome a appris qu'un certain syndic a cornet paru en son nom devant Louis de Bavière, soi-disant « empereur, et qu'il a proposé divers chefs d'accusation « contre le pape Jean XXII. Or, le prétendu syndic n'était « revêtu d'aucun pouvoir, attendu que les chanoines de « Saint-Jean-de-Latran, de Sainte-Marie-Majeure, et les « ordres religieux étaient sortis de Rome, à cause de la « présence des excommuniés, et que, s'ils y fussent reste tés, ils auraient été excommuniés eux-mêmes. C'est « pourquoi je proteste contre tout ce qu'a fait Louis de « Bavière; je soutiens que le pape Jean XXII est catho- « lique et légitime; que celui qui se dit empereur ne l'est « point, mais est excommunié avec tous ses partisans, et « je m'offre de prouver ce que j'avance, soit par la raison, « soit par les armes, en lieu neutre. » Après cette courageuse protestation, il alla afficher de sa propre main la sentence du pape à la porte de l'église de Saint-Marcel, sans éprouver la moindre opposition de la part de la foule, immobile d'étonnement; puis il disparut. Louis était à
(1) Dalla delta senlenzia le simplice "popolo ne fecr grande festa. (Giov. Vil!., loc cit.)
Saint-Pierre; on courut lui annoncer ce qui se passait sur la place Saint-Marcel. Furieux, il envoya aussitôt des cavaliers pour se saisir de la personne de JacopoColonna; mais celuici, aussi prudent que magnanime, était déjà en sûreté dans Palestrina avec ses compagnons (1). Bientôt il se rendit à Avignon, où le pape lui fit l'accueil le plus honorable, et récompensa son héroïque témérité par l'évêché de Lombes (2). Déjà grand par l'illustration de sa famille, plus grand encore par ses qualités personnelles, Jacopo, entouré des faveurs pontificales, semblait promis aux destinées les plus brillantes; mais une mort prématurée ensevelit dans la tombe tant d'espérances (5).
Le lendemain de l'action du jeune Colonna, Louis de Bavière manda près de lui les sénateurs et les chefs du peuple, et, de concert avec eux, il rendit un décret portant que, désormais, le pape ferait sa résidence à Rome; qu'il ne pourrait jamais s'absenter delà ville plus de trois mois ; qu'alors même il ne s'en éloignerait pas plus de deux journées de chemin sans la permission du peuple, et que, prié d'y revenir, s'il n'obéissait point après trois sommations légales, il serait incontinent déposé de la dignité papale et remplacé (f). On prétend que ce fut dans cette occasion que Louis osa prononcer la peine de mort contre Jean XXII et le roi Robert, comme coupables de lèse-majesté, et les condamna à être brûlés (5). L'histoire nous apprend en effet qu'on brûla un mannequin de paille, représentant le pape, sous le nom de Jacques de Cahors. Mais celte scène burlesque et impie ne fut accomplie qu'a-
(1) Giov. Vill., L X, c. lui.
(2) De Sade, Mémoires pour la vie de Pétrarque, 1. 1, p. 148. (5) Le même, t. II, p. 28.
(4) Giov. Vill., 1. X, c. lis.
(o) Albert. Mussat., Ludov. Bavar. — S. Anton., t. III, Ut. XXI.
près l'élection de l'antipape, par l'antipape lui-même, et dans la ville de Pise (1).
En effet, l'œuvre de Louis de Bavière n'était point complète. Le pape légitime déposé, il lui restait à le remplacer. Parmi les religieux qui suivaient ce prince, il s'en trouva un assez hardi pour prétendre au siège apostolique déclaré vacant, et se poser en rival de Jean XXII. Ce fut un Frère Mineur, nommé Pierre Rainalluccio de Corbière. Quelques historiens ont fait de Rainalluccio un religieux sage, savant et de bonne vie (2). Mais les plus accrédités ne le peignent point avec des couleurs si brillantes. Selon eux, c'était un homme hypocrite, avare et de mœurs douteuses (5). Ces traits conviennent mieux au personnage qui, dans cette occurrence, sacrifia la paix de l'Église à la stupide ambition de ceindre la tiare. Le 12 mai, une convocation extraordinaire du peuple romain le rassembla dans la grande place de Saint-Pierre. Louis s'y rend revêtu de tous les insignes de la majesté impériale, la couronne en tête, le sceptre à la main, et suivi de son cortège accoutumé de prélats, de clercs, de religieux excommuniés et de barons. Il prend place sur un trône érigé ce jour-là sur les degrés mêmes de Saint-Pierre. La pompe du spectacle avait été augmentée en raison de l'importance de la cérémonie qui devait s'accomplir. Au milieu de cet appareil imposant, on voit tout à coup s'avancer frère Rainalluccio de Corbière. A son aspect, Louis se lève et invite
(1) Giov. Vill., 1. X, c. cm. — Imaginem ejus (Joannis XXII) ligneam combussit. (Avcntinns, Annales Boiorum, 1. VII. c. wn.)
(2) Giov. Vill., 1. X, c. lixiii, — Thrith., Chron. Hirsaug, ann. 1327.
(3) Grande hypocrita. (Murât., Annal. d'Ualia, ann. 4528.) — Alvarés Pelage, de Planctu E ce les., 1. 1, c. xxxvn, dit : Petrum de Corbaria, quem in urbe cognovi verum hypocritam... decimantem mentam et anethum... inter mulierculas romanas quasi continue residentem. — Gonzalo de Illescas, flist. pontif., lia parte, p. 15.
RAWALLUCCIO DE CORBIERE , ANTIPAPE. 575
le religieux à venir partager son trône. Ensuite le moine augustin Nicolas Fabriano débite un sermon sur ce texte: Revenus Petrus ad se dixit: Venit angélus Domini et libérant me de manu Herodis et de omnibus factionibus Judœorum (Pierre, revenu à lui, dit : L'ange du Seigneur est venu, et il nous a délivré de la main d'Hérode et de toutes les factions des Juifs). Dans la bouche de l'orateur, Fange libérateur était Louis de Bavière, et l'impie Hérode, Jean XXII. Son éloquence s'escrima d'un bout à l'autre sur celte double analogie. Le sermon achevé, l'évèquedeCastello cria par trois fois au peuple: «Voulez-vous « pour pape frère Pierre de Corbière?» A chacune de ces demandes, un certain nombre de voix répondirent : «Nous « le voulons. «Alors Louis se leva, lit lire par l'évèque de Castello le décret de confirmation selon l'antique usage, imposa au nouveau pontife le nom de Nicolas V, lui mit au doigt l'anneau du pécheur, et le plaça un instant à sa droite; après quoi tout le cortège entra triomphalement dans l'église de Saint-Pierre, où l'on célébra une messe solennelle qui fut suivie d'un banquet splendidc. Cette cérémonie schismatique n'était pas encore achevée que l'opinion publique l'avait déjà flétrie, et qu'une réprobation générale enveloppait à la fois Louis et son fantôme de pape (1).
Rainalluccio fit ensuite sept cardinaux, savoir : Jacopo Albertini, qu'il nomma évèque d'Ostie et de Velletri; l'abbé de Saint-Ambroise de Milan, qu'il nomma évêqued'Albano; l'augustin Nicolas Fabriano, l'orateur des scènes précédentes, auquel il donna le titre de Saint-Eusèbe ; Pierre Oringhi, qui reçut celui de Saint-Pierrc-ès-liens ; Boniface, dominicain; Paul de Viterbe, mineur, et Jean d'Ariotlo, chanoine de Saint-Pierre. Aucun autre ne voulut accepter
(1) Giov. Vill., 1. X, c. lui.
les honteux honneurs de l'antipape; tous rougissaient en secret de leur attentat contre Dieu et la foi catholique. Comme ceux qui acceptèrent avaient été privés de leurs bénéfices par Jean XXII, à cause de leur révolte contre le Saint-Siège, Louis leur vint en aide, et acheva de se ruiner pour leur fournir, ainsi qu'à l'antipape, des équipages en rapport avec leur dignité (1). Étrange contradiction de l'homme avec lui-même! Quoique ces nouveaux prélats fussent tous partisans déclarés de la pauvreté, qu'ils soutinssent jusqu'au fanatisme que Jésus-Christ et ses apôtres n'avaient rien possédé, ni en particulier, ni en commun, ils voulurent néanmoins avoir de beaux chevaux, des serviteurs en livrée, et une table somptueusement servie. De son côté, Rainalluccio distribua un grand nombre de bénéfices, déclara nulles les collations faites par Jean XXII. et, comme son trésor était vide, il ne craignit pas, pour le remplir, de vendre, au poids de l'or, les privilèges et les bénéfices ecclésiastiques (2).
Cependant, Louis de Bavière avait fait une promenade de quelques jours à Tivoli. Il reparut dans Rome le 22 mai ; l'antipape et ses cardinaux vinrent le recevoir en grande pompe à Saint-Jcan-de-Latran, d'où ils se rendirent ensemble à l'église de Saint-Pierre. Là, Louis posa de ses propres mains la barrette d écarlate sur la tète de Rainalluccio, q«ii fut immédiatement sacré par Jacopo Albertini. L'anlipape, à son lour, couronna Louis, qui crut ainsi se débarrasser du reproche qu'on lui faisait de n'avoir été ni confirmé ni sacré par le pape. Cette cérémonie, non moins ridicule que les précédentes, fut heureusement la dernière dont les schismatiques offrirent le spectacle au
(1) Giov. Vill., 1. X, c. lxxii.
(2) Id., loc. cit.
RAINALLUCCIO DE CORBIERE, ANTIPAPE. 577
peuple romain. Louis partit pour Velletri, laissant à Rome, avec le titre de sénateur, Rainerio délia Faggiuola (1). Ce dernier, fatigué sans doute de l'opposition qu'éprouvait l'autorité du pontife impérial, et ne voyant rien de mieux pour la comprimer que la terreur, fit brûler deux hommes convaincus d'avoir appelé Jean XXII pape légitime, et Rainallucçio intrus (2). Cette circonstance donna lieu à la publication de deux bulles, dans lesquelles l'antipape confirmait la déposition de Jean XXII, privait de leurs bénéfices tous les ecclésiastiques qui tenaient pour lui, et menaçait du châtiment des hérétiques les séculiers qui n'abandonneraient point son parti (3).
Louis de Ravière était revenu à Rome ; ses affaires déclinaient sensiblement. L'armée du roi de Naples campait à Ostie; ses hommes d'armes avaient éprouvé un échec entre Todi etNarni; Frédéric de Sicile et les Gibelins, qui lui avaient promis du secours, manquaient à leur parole ; il était sans argent ; les contributions dont il frappait la ville de Rome pour en obtenir achevaient de l'y dépopulariser ; les Romains ne déguisaient plus leur aversion pour les étrangers, qui semblaient n'être venus au milieu d'eux que pour boire leur sang. Déjà les Allemands étaient insultés et attaqués dans les rues. Succombant à la fois à la disette, au mépris et à- la haine, Louis comprit qu'il était temps de quitter une ville où il n'avait plus aucune considération. 11 envoya donc au commencement d'août à Viterbc son maréchal avec treize cents cavaliers, et le suivit bientôt après, traînant après lui son fantôme de pape et sa cour. 11 arriva le G août à Viterbe. Ce fut un moment de réjouissance pour toute la ville que
(1) Vitale, 1. 1, p. 237.
(2) Giov. VUl., I. X, c. lzhv.
(3) Raynald, ann. 1328, n°» 44 et 45.
le départ de cette tourbe de schismatiqucs. La populace les poursuivit en tumulte au delà des portes; elle leur jetait des pierres, criant à Rainalluccio et à ses cardinaux qu'ils étaient des intrus, des hérétiques, des excommuniés, ajoutant : « Mort à l'antipape ! vive le Saint-Siège ! » On assure que plusieurs de ses gens payèrent de leur vie l'allégresse populaire. Louis était saisi de frayeur et de honte (1).
La nuit suivante, Bcrtoldo Orsini, neveu du cardinal Napoléon des Orsini, entra dans la ville avec ses troupes ; Stefano Colonna y vint aussi le lendemain. Tous deux furent proclamés sénateurs (2). Le 8 août, le cardinal Napoléon des Orsini lui-même, à la tête des Guelfes, y fut reçu avec les plus grands honneurs; le peuple criait sur leur passage : « Vive la sainte Église ! vivent notre saintce père le pape et lé cardinal légat ! mort à Pierre de Cor- « bière, aux hérétiques et aux patarins ! » La ville étant de la sorte rentrée sous l'obéissance du Saint-Siège, on procéda contre Louis de Bavière et son pape. Pour effacer jusqu'aux vestiges de leur domination, on brûla sur la place du Capitole tous les actes qu'ils avaient faits, tous les privilèges qu'ils avaient accordés. Il y en eut qui coururent au cimetière où avaient été inhumés les corps des partisans de Louis et de son schisme, et les déterrèrent. La populace, toujours effrénée dans ses vengeances, insulta ces corps, et, après les avoir indécemment traînés par les rues, les précipita dans le Tibre. Sciarra Colonna et Jacopo Savelli n'évitèrent un pareil traitement que par une prompte fuite (5) .
Louis de Bavière, échappé de Rome, erra quelque temps
(\) Giov. VflL, 1. X, c. xcvi. — Léon. Aretin., 1. V.
(2) Vitale, p. 238.
(3) Giov. Vill., 1. X, c. xcn.