JEAN DE LUXEMBOURG
eût à se retirer. Mastino céda, incapable de résister à la puissance de ce nouvel adversaire, et Jean, accompagné de quatre cents chevaux, se rendit le dernier jour de décembre à Brescia, où il fut accueilli avec les plus grands honneurs, et où il rétablit comme par enchantement la paix et la prospérité (1).
La présence du roi de Bohême enivra bientôt les populations lombardes. Presque toutes les villes voulurent imiter Brescia. Bergame la première donna l'exemple, et reçut Jean pour son seigneur ( c 2). Crème, Crémone, Pavie, Verceil, Novarre, vinrent ensuite se donner à lui (3), Parme, Modène, Mantoue, Reggio, Vérone, lui ouvrirent leurs portes ('*). Partout il rappelait les exilés, réconciliait les partis, et effaçait jusqu'aux traces de la discorde (5). Àzzo lui-même s'empressa d'aller lui rendre hommage, de renouveler les anciennes liaisons de la maison Viscomti avec celle de Luxembourg; et, craignant, s'il n'imitait ses voisins, de s'aliéner son peuple, il offrit au roi de Bohême la seigneurie de Milan, et se résigna à exercer le pouvoir sous son nom (G). Le triomphe de Jean était complet.
On fit dans le monde politique mille commentaires sur l'apparition du roi de Bohême en Italie. Ceux-ci voulaient qu'il fût venu pour Louis de Bavière, ceux-là pour le pape. Les uns et les autres se trompaient, et les événements prouvèrent que Jean, dans cette expédition, n'avait été guidé que par la générosité de son caractère. Cependant, comme
(1) Murât., Annal, d'ilalia, ann.1530. — Dubrawii Ilist. Bohemica, l.XX, ad calceni.
(2) Giov.Vill., 1. X, c. clxviii.
(3) Gazata, Chron. Hegiens., Murât., t. XVIII, p. 45.
(4) Chron. Mulinense, Mural., t. XV, p. 592.— Dubrawius, 1. XXI.
(5) Chron. Benesii de Weilmil . np. Rer. bohem. script., Pelzel, t. II, p. 260.
(6) Gualv. Flamma, Gest. Azon., t. XII.
les Florentins en prirent de l'ombrage, Jean XXII se crut obligé de leur écrire une lettre par laquelle il affirmait que le roi de Bohême n'avait point sollicité son consentement pour entrer en Lombardie (1). Mais Jean XXII était trop sage pour ne pas tourner au prolit de l'Église la popularité dont jouissait Luxembourg. Pendant qu'on lisait ses protestations en présence du peuple à Florence, il s'entendait secrètement avec le monarque, et, le 16 avril 1531 , le légat Bertrand du Poyet et Luxembourg avaient ensemble, à Castel-Franco, une entrevue qui se répéta le lendemain à Piumazzo. Bien ne transpira, il est vrai, de leur entretien, mais on remarqua qu'ils s'étaient séparés satisfaits l'un de l'autre (2).
C'était peut-être le moment pour le pape, retiré depuis si longtemps au delà des Alpes, de revenir dans la cité des apôtres. Les Guelfes victorieux, les Gibelins ruinés et dégoûtés de l'Empire, l'influence de Louis de Bavière perdue, la présence en Italie du roi de Bohême, dont l'obéissance au Saint-Siège ne pouvait être douteuse, tout semblait inviter Jean XXII à restituer son siège naturel à la Papauté. Jean XXII en eut effectivement plus que la pensée. Ses lettres nous apprennent qu'il était résolu, en 1 332, de transporter sa résidence à Bologne, et que le légat Bertrand du Poyet, instruit de cette résolution, faisait bâtir en toute hâte et à grands frais une forteresse destinée à servir de palais au souverain pontife. L'attente d'une ambassade de la part du roi de France, et le désir d'arrêter avec ce prince le plan d'une expédition sainte, lui firent différer son départ (3). Cependant, il ne l'oublia point, et en 1333 il était plus disposé que jamais à l'accomplir.
(1) Giov. Vill., 1. X, c. cLXxm.
(2) ld., 1. X, c. cLxxviii. — Ilist. Cortus., Murât., t. XII.
(3) Raynald, aun. 1332, n" 1 et 8.