‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 55 sur 60 · FROJET DE RETOUR A ROME · texte numérisé non relu

FROJET DE RETOUR A ROME

Alors même il voulait pousser jusqu'à Rome, et un commissaire spécial, Philippe de Camberlhac, reçut l'ordre de restaurer le palais et les jardins pontificaux. Dans l'ivresse de leur joie, les Romains déférèrent, d'une commune voix, à Jean XXII la souveraineté de la ville (1). Mais ce pontife ne donna point suite à ce projet. Arrivé aux extrémités de l'âge, en trouva-t-il l'exécution trop considérable pour un vieillard nonagénaire, ou bien jugeat-il que la situation présente des choses ne lui répondait pas suffisamment de l'avenir? Nul ne peut le dire. Quoi qu'il en soit, Jean XXII ne partit point. L'occasion favorable passa; las factions, assoupies un instant, se réveillèrent de nouveau, les Guelfes éprouvèrent des échecs, les Gibelins se relevèrent, la popularité du roi de Bohème baissa; le légat lui-môme, devenu suspect aux Bolonais, se vit obligé d'abandonner honteusement leur ville et de repasser les Alpes (2). Il n'y eut plus de retour possible. Du reste, Jean XXII ne tarda pas à quitter la vie. Mais, après lui, trois papes devaient encore mourir sur le sol étranger avant que la ville éternelle revît ses pontifes.

(\) Raynald, ann. 1353, n° 84.

(2) Hist. Cortus., 1. V, c. x.

NUMÉRO l.

Sur l'élection de Bonifatc VUL

Après le récit que nous avons fail de l'abdication de Céleslin V, récit puisé à des sources irrécusables, nous croyons inutile de réfuter la fable du porte-voix à l'aide duquel, dit Fcrreto de Yicence(l), Benedetto Gaetani, simulant une voix céleste, interrompait les nocturnes méditations du saint vieillard pour lui dire qu'il y allait du salut de son àme s'il s'obstinait a rester sur le trône pontifical ; fable si souvent répétée, au mépris de toute critique. Mais ec n'est pas seulement sur l'abdication de Célestin V, c'est encore sur l'élection de Boniface que des suppositions mensongères ont été publiées. Or, celles-ci ont besoin d'être discutées. Selon le chroniqueur florentin Yillani (2), Benedetto Gaetani se serait rendu, pendant la nuit, auprès du roi de Naples, à qui les circonstances donnaient une. si grande influence sur l'élection du successeur de Morone. Là, déployant avec un art séduisant les plus brillantes promesses, il aurait obtenu de ce monarque les suffrages des douze cardinaux qui étaient ses créatures. Gaetani, on le sait, n'était point l'ami de Charles le Boiteux, dont il avait repoussé avec hauteur, dans le dernier conclave, les reproches que ce prince adressait au Sacré Collège (3) ; et cette histoire expliquerait merveilleusement comment le

(1 Fcrrelus Viccnîinus, t. IX, p. 96C.

(2) Giovanni Viltini, 1 VIII, c. vi.

(5) Ex ms.Vatic, ap. Rayiltld, ann. 1507, n° 5.

cardinal et le roi se trouvèrent réconciliés dans cette occasion : il ne lui manque que d'être vraie. D'abord on ne la trouve que dans Yillani. Or, Yillani n'était pointa Naples lors de l'élection deBencdetto Gaetani, et il n'en a écrit la relation que beaucoup plus tard, et lorsque les ennemis de Boniface Y III remplissaient le monde de leurs calomnies sur ce pontife (i). Les témoins de celle élection, comme le cardinal Stefan es chi cl Ptolemée de Lucques surtout, qu'on n'accusera point sûrement de faire l'apologie de ce pape, ne disent pas un mol du fait en question. En second lieu, qui ne voit, au premier coup d'œil, les invraisemblances du récit de Yillani? D'une part, comment se fait-il que Gaetani, qui venait de faire une blessure si récente et si profonde à l'amour-propre du roi, ait osé, lout à coup, lui demander une faveur que celui-ci devait avoir intérêt de n'accorder qu'au plus dévoué de ses amis? D'autre part, comment se fait-il que Charles le 1 Boiteux, dont l'histoire relève le caractère fin et rusé, ait préféré pour pape Gaetani, avec ses promesses vagues et problématiques, à Célestin V, de qui il obtenait sans peine lout ce qu'il désirait? N aurait-il pas dû plutôt empêcher l'abdication de Célestin que traiter de l'élévation de Gaetani [2)1 II est vrai que Yillani va au-devant de cette difficulté, en plaçant l'entrevue nocturne de Gaetani et de Charles après la renonciation de Célestin ; mais cette supposition chronologique emporte avec elle une improbabilité, queSismondi lui-même a cru devoir relever, et qui suffit pour la faire rejeter. «Car, outre, « dit-il, qu'il n'est pas probable que le cardinal Cajetan ait provoqué « celte renonciation avant d'être sûr de son élection, comme les car- « dinaux furent sévèrement enfermés dans le conclave, elle ne put i plus avoir lieu après (5). »

Mais, si l'on rejette le récit de Yillani, comment expliquer l'amitié de Charles le Boiteux et de Gaetani ? Ptolemée de Lucques, qui voyait tout de ses yeux, fournit, par son texte même, le moyen de s'en rendre comple sans qu'on ait besoin de recourir aux inventions du chroniqueur florentin. D'abord, il assure que cette amitié se fit a Aquila (4), avant l'arrivée de Céleslin à Naples, et avant qu'il fût

(t) Luigi Tosti, p. 74. — Rubeo, c. n, p. 264 et scq.

(2) Ce sont les juduicuscs réflexions «le l.uigi ToMi, p. 74.

(3) Sismondi, Hist. des républiques italiennes, t. IV, édit. de 1826, p. 79.

" (4) Tu m veuit Aqtiilam D. Bcncdictus C (jetant... do quo credobalur quod non gralio&e videretur ibidem, eo quod r*gcm Carolum l'erusiis plurimum eiusperassct.

question sérieusement de renonciation de la part de ce pontife. Ensuite il ajoute que cette amitié fut le fruit des bons offices et de l'habileté du cardinal (1). Nous dirons, nous, qu'elle fut aussi reflet du bon sens de Charles ; car Benedetto était alors l'homme le plus puissant de la cour romaine par la confiance qu'il inspirait à Célestin V. Charles, qui prenait tant de soin de maintenir son crédit auprès du pape, aurait-il pu commettre la faute d'être mal avec son premier ministre? Le récit de Yillani n'est donc qu'une misérable et maladroite calomnie.

Guido de Montefeltro.

C'est un fait que les historiens eunemis de l'Église sont en possession de donner comme incontestable, que Boniface VIII, embarrassé pour réduire Palestine, fit prier le célèbre général Guido de Montefeltro, qui s'était fait religieux dans le couvent des Frères Mineurs dAncône (2) en 1296, de venir prendre le commandement de l'armée pontificale, et, sur son refus, lui demanda les moyens de faire tomber en son pouvoir la ville rebelle, promettant l'absolution de tout ce qu'il y aurait en cela de contraire à la conscience ; que Guido de Montefeltro, cédant aux sollicitations du souverain pontife, se transporta dans le camp de l'armée assiégeante, et là, après avoir inspecté la force de la place, conseilla de promettre beaucoup et de tenir peu.

Avouons que, si I on suppose Boniface capable d'avoir pu suivre un tel conseil, on peut tout aussi bien le supposer capable de l avoir conçu. Ce conseil est, en effet, d'une perfidie si simple, disons mieux, si commune, qu'il ne valait pas la peine d'arracher à son cloître un vieux militaire pénitent pour l'en faire auteur. La solennité ridicule dont on entoure cette déloyauté triviale en rend déjà le fait sus-

Qui slatira foetus est domînus curiro et aroicus régis. (Ptol. Luccns., I. XXIV,

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