‹ Histoire de la papauté pendant le 14. siècle avec des notes et des pièces justificatives par l'abbé J. B. ChristopheChapitre 8 sur 60 · C. SIX · texte numérisé non relu

C. SIX

d'une poésie rude à la vérité, et dépourvue d'harmonie, comme la poésie de cette époque, mais pleins de ?erve, d'onction, et de ces sentiments sublimes de piété dont son Ame débordait. On peut en juger par cette mélopée si touchante du Stabat Mater, qui lui est attribué (1).

Cependant Jacopone ne faisait pas toujours des cantiques; il se permettait quelquefois des satires, et nous en avons un livre entier de lui. Parmi le nombre de ces pièces, il s'en trouve une adressée à Célcstin V, dans laquelle le poète avertissait hardiment le pape de prendre garde; que la Papauté était une redoutable épreuve pour la vertu ; qu'il était en spectacle à tous les regards; que la cour romaine lui paraissait une fournaise destinée à discerner l'orpurde l'alliage; qu'il y avait un danger imminent d'y perdre Dieu. Le ranzone signalait les intrigues des curiaux et des flatteurs (2) .

Célestin V n'avait accepté le souverain pontificat que pour ne pas se montrer rebelle à la volonté de Dieu; il crut entendre, dans les paroles du frère Jacopone, l'expression de celte volonté qui l'avertissait de déposer un fardeau trop lourd pour ses épaules. Mais ici se présentait à sa conscience timorée une difficulté : un pape pouvait-il abdiquer? Dans l'incertitude on elle le jeta, il voulut s'éclairer, et appela près de sa personne celui de ses cardinaux qui avait la plus grande réputation de talent et de doctrine. Ce cardinal était Benedetto Gaëtani. La question du pape embarrassa d'abord ce prélat; il y entrevit des dangers pour lui, et chercha à en décliner la solution (5). Un témoin va

(1) LuigiTosli, p. 190 et 19!. — Tiraboschi , Sloria délia litteratura îtal., t. V, part. II, 1. III, n° 5.

(2) L. I, sat. xv.

(31 Cur, patcr, his opus est ? quacnam ounclulio cunm Ingcril? 0 taulis absiste gravare quietem.

(Card. S. Gcorgii Op. metr., 1. III. c. xxu.)

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