‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 10 sur 44 · LUTTE DE BONIFÂCB VIU CONTRE LES GIBELINS · texte numérisé non relu

LUTTE DE BONIFÂCB VIU CONTRE LES GIBELINS

foyer à la révolte dut être détruite. Palosli ina, que tant de soins avaient rendue inei^pugnable, fut donc renversée de fond en comble ; il ne resta debout que l'église de Saintp Agapit. On fit passer sur ses ruines le tranchant de la charrue, on y sema du sel, comme à Carlhage. fioniface voulut que tout, jusqu'à son nom, fût anéanti ; car, ayant ordonné de construire à sa place une autre ville, il lui imposa le nom de cité Papale (1). Pièces justif.f n° 2.

Cette justice terrible, que les Goloima appelèrent une trahison, les irrita de nouveau ; ils se remirent en révolte. Ne pouvant plus, dans leur situation présente, lutter avec le pontife, puisque toutes leurs places étaient eiilre ses mains ou déti^uites, ils prirent la fuite, et rappelèrent ainsi sur leurs têtes toutes les sentences que leur soumission en avait éloignées. Ds furent dé nouveau proclamés coupables de lèse-majesté, rebelles à l'Église; leurs palais furent abattus, et leurs biens confisqués.

Contraints à Texil, les Colonna se dispersèrent dans le monde, et y eurent des fortunes diverses. San-Vito se mit à voyager. Les deux ex-cardinaux, Jucopo etPielro, se retirèrent à Padoue. Jacopo Sciarra, après avoir erré dans la forêt d'Ardée, et vécu quelque temps des fruits de la forêt, fut pris par des pirates et jeté dans les fers, d'où le roi de France, Philippe le Bel, le lira au bout de quatre ans, en payant sa rançon. Stefano alla d'abord à Gastel-Marino, sur les confins de la Gampanie. Mais, ne s'y croyant {)oint en sûreté, il fut assez heureux pour gagner la France. Les autres s'enfuirent en Sicile, en Allemagne, se cachant partout, et changeant souvent de demeure.

La chute des Colonna atterra les dibelins, car on ne voit nuUe part qu'ils aient cherche a troubler la victoire de Bo-

{i) RaynaM, auji. 1299, n** 6.

M fllSTOlBË DE l PAPÂUTé, tlV. I.

niface. 11 est vrai qu'on 1297, au commencement de la lutte, ceux de ce parti, le sénateur Pandolfo Savetli à leur téte, s'étaient interposés pour Tempèelier, soit en eoniseillant la soumission aux rebelles, soit en implorant pour eux la clémence pontificale (1). Mais, la partie une fois décidée, ils n'élevèrent aucune réclamatioft «ur la sévérité du pape. Leurs adversaires devinrent, sans ^nteste, «litres absolus du pouvoir. En effet , les années suivantes nous montrent la dignité de sénateur exclusivement remplie fxir des Orsini. L'anéantissement du parti gibelin aurait ^donc été le fruit 'du triomphe de la Papauté sur te Colonna, si les circonslances lui avaient permis d en profitër. Mais déjà se succédaient des événements qui, hbrû 'étrangers à Taffiiire des Golonna, ne tardèrent pas à se lier avec elle, et qui, rendant tout à coup l'audace au parti abattu, finirent par décider la fortune en sa faveur. Ce qu'il y a de reonfa^^uable, «'est 4{de ces ^vénemerit^, éï funestes k la Papauté, furent provoqués par une puissance habituée de langue main à la protéger.

Lorsque BodJface VJU monta sur le siège apostolique, neuf ans s'étaient écoulés depuis cpie la fnoil; dû -fils de

saint Louis avait appelé au Irône de France Philippe IV, dit le Bel. Investi de l'autorité suprême à un âge où l'on ne connaît encôte que l'obéissance, ce Jeune prince gouvernait néanmoins son royaume avec une supériorité que ses adversaires n'ont jamais songé à lui cojiiester. Magnanime et 'vaillant, ^guerrier habile, il avait encore cette pi^ fondeur de vues et cette force de vouloir qui font les grands hommes d'État. Personne n'eut à un plus haut degré que lui la (jorté du pouvoir ; personne ue s'en mouti'à plus ja-

(1) Luigi Tosli. 1. 1. p. 215, el docum. T, ad calcem.

DÉMÉLË DU PAPE ÂYËU PIUUPPË LE BfiL. §5

Joux ; personne n'imposa ses volontés d'un ton plus ferme et plus résolu. Mais de grands déiauls déparaient ces brillantes qualités. Sa magnanimité dégénérait en hauteur, son courage en témérité. La force de sa volonté, qui était gi iUïde, se changeait en luiv obstination d'autant plus inflexible, qu'il croyait sou honneur intéressé à faire prévaloir jusqu'à ses erreurs. Du reste, irritable à l'excès, implacable dans ses colères, n'oubliant jamais une injure, et n'estimant los services qu'à l'égal du devoir. Ses entreprises, dont il ne calcula pas toujours la portée, le jetèrent plus d'une fois dans des embarras pécuniaires qui le rendirent injuste envers ses peuples, dont il épuisa les ressources et altéra la monnaie. Sous les règnes précé^ dents rabaissement des grands yassaux de la couroRuo avait donné au pouvoir royal une prépondérance décidée. Vaincue, mutilée, raristocralie u'opposail plus de résistance. En voyant donc agenouillés sur les marches éu tardne ces fleffs barons, nagu^ si hautains, Philippe coik! ÇBt une idée exagérée de son autorité, et cette exagëiralioii te poussa jusqu'à la tyrannie. Ajoutons que la moralité ne dirigeait pas toujours ses actions. Lorsqu'il avait fixé soq regard sur un but, il demandait moins aux moyenS' qu'il employait pour l'atteindre celte justice qui satisfait la cour science et l'honneur que le succès qui réjouid T ambition. Ses contemporains l'appelèrent le Bel, à cause, des grâcea de sa personne. L'histoire aurait dâ lui donner le nom de Politique, car il fui le premier qui mil au jour cet art funeste d être habile dans le mal.

Tel était Philippe le fiel, tel était l'hemme que face yni, dans le cours de ses projets contre les Gibelins, rencontra inopinément sur son passage. Je dis inopinément, parce que le démêlé qui éclata enl£e ce pape et le roi ne fut point l'explosion prévue d'un secret antafo?.

nisme : elle naquît des circonstances. Il importe de remonter à son origine.

Nous avons déjà vu qu'au moment où Bonilace commença son pontificat, Philippe le Bel et Edward, roi d'An* gicterre, se faisaient une rude guerre. La cause de cette lutte était complexe ; elle tenait presque autant au caractère altier des deux monarques qu'au froissement réciproque de leurs intérêts matériels. Edward, cité à plusieurs reprises, en qualité de vassal, à comparaître devant la cour (les pairs do Fiance, pour y rendre compte de sa conduite, avait refusé avec hauteur la citation (4). De là la nécessité de vider la querelle par les armes. Les hostilités duraient depuis plusieurs années, cruelles, ruineuses pour les peuples, sans; que rien de décisif eût fait pencher notablement la balance de l'un ou de l'autre côté, quoique Tavantage parût rester à la France. Nous avons vu que Boniface Vill s'était de bonne heure interposé pour y mettre un terme, mais sans succès, car il n'avait pas pu obtenir une trêve. Il y a plus : son autorité, en cette occasion, avait été méconnue des deux souverains, sous prétexte qu'une puissance toute spiriluelle, comme celle du pape, n'avait aucun droit de s immiscer dans les intérêts politiques des États. Toutefois, Boniface VllI ayant promis d'apporter à Tœuvre de la pacification, non Fautorité de la puissance qui ordonne, mais seulement les bons oftices de la médiation qui concilie, on finit par accepter son arbitrage (^). Celui-ci travaillait donc à rapprocher les deux monarques, quand un incident vint traverser celle importante aifaire.

(I) VoirduTinei, Recueil de Irailés entre la France et TAngleterre,

p. 186 et suÎY.

(ft) Id., p. 189.^ Voir les paroles du eompromis. ap. Raynald, ann. 1296,

Vikvàit DU PAPE Am piiiLun: le bel. 9S

Dès le début de sa querelle avec la France, Edward avait gagné à sa cause Guy, comte de Flandre, vassal de

Philippe, en convenant que la fille du comte épouserait le prince de Galles, l'héritier du trône. Instruit de ce traité, Philippe trouva le moyen d'en empêcher Teffet. Il attira adroitement le comte à Corbeil; puis, avec une perfidie d'autant plus honteuse que le comte montrait plus de confiance, il le retint prisonnier avec la comtesse sa femme. Guy ne recouvra sa liberté qu^en laissant entre les mains du roi sa tille, l'épouse même promise au (ils d'Edward. Rendu à lui-même, Guy réclame sa iilie ; Philippe la refuse : le comte en appelle alors au Saint- Siège (1). Le hasard voulut qu'en même temps que cet appel arrivait à Rome il y parvînt, de l<i pari de quelques prélats français, contre les exactions que se permettait Tautorité royale à l'égard du clergé, une supplique secrète dans laquelle Philippe était représenté comme un prince plus jmpie que Pharaon (2). Pièces jmtif,, 5.

Depuis plusieurs siècles, l'autorité pontiiicale était l'asile où la faiblesse persécutée venait chercher un abri contre les ahus de la force. Ce n'était point Boniface qui aurait manqué h cette mission tutélairc, au début de son pontificat surtout, et dans un temps où la chrétienté, les regards fixés sur lui, attendait de si grandes choses de isa justice et de sa fermeté. A peine eut-il re^u l'appel du comte de Flandre, qu'il députa à Philippe le Bel Tévêque de Meaux, son légat, pour sommer ce monarque de rendre la princesse à son père, et, en cas de refus, le citer lui-

(1) Daniel, Uist. de France, l. V, p. 30. — Hist. du différend, etc., par Simon Vigor, p. 2.— Baillol. Hist. du démêlé, p. 22 et 25.

(2) Rubeo, i». 445. — EaUiel, p. 25.~Yoir aux Pièces juslificaiives, û» 5.

96 HISTOIBE DE LA PAPAUTÉ, LtV. I.

même à Rome pour y être jugé sur sa conduite (1). Puis, afin de nieUreun tenneaux abusdont s'était plaint le clergé, il lança, le 18 août 4296, la bulle CteWct» laicos, par Inquelle il interdisait, sous peine des censures, à tout membre du clergé de payer quelque subside que ce fût, décime, vingtième, centième, ou autre portion des biens ecclésiastiques, sans la permission expresse du Saint-Siège, menaçant des mêmes censures les princes, ducs, barons et ministres qui les exigeraieni» et jetait l'interdit sur les villes et les communautés qui consentiraient à cette exaction (2) . Pièces jmtif,, n* 3 bis.

Si la fortune, au lieu de faire Piiilippe le Bel roi, l'avait porté sur le siège pontifical, à coup sûr il aurait parlé comme parlait Boniface VID dans cette bulle, qui, après tout, ne différait ni pour la forme ni pour le fond des anciennes décrétales des papes. Mais, chef d'une puissante monarchie, il n'entendait que le langage de la soumission et de l'obséquiosité. Celui de Boniface le surprit et lui déplut. Cette jalouse susceptibilité qu'inspire l'amour du pouvoir, échauffée par les insinuations de la flatterie, lui persuada que le pontife voulait empiéter sur Tindépendance de sa couronne, et il crut devoir prendre à son égard cette attitude lière et hautaine qu'il prenait avec ses ennemis. La mission du légat fut mal accueillie à sa cour. Il répondit aux sommations qu'«n ce qui concernait le teraporel (le ^uii royaume, il n'était complable de ses actes qu'à Dieu seul; qu'il trouvait bien étrange que le pape usurpât ce ton d'autorité en des choses étrangères à sa juridiction. N'avait-il pas, lui le roi, sa cour pour faire justice à ses sujets et à ses vass^x (5) ?

(1) Vii^or, llist. du différend, p. 5. — Eaillet, Hisl. da démêlé, etc., p. 24.

(2) Preuves du difiërend. p. 14.

(3) Vigor, llUl. du diftereud, p. 2.— fiaillel, llist. du démêlé, p. 24.

DÉHÉLÉ DB BOiMPÂCE YIII AVEC PBIUPPE LE BEL 97

Cette réponse élait significative ; celle qu'il fit à la bulle • ClericU laicos ne le fut pas moins. Quoique cette constitution, dans la généralité de ses termes, de Taveu même des adversaires de Boniface, s'adressât plus spécialement à rAugieleii e, où £dward exen^ail sur le clergé un degré d'oppression que n'avait pas encore atteint le roi de France, ce dernier la regarda comme une offense personnelle et une faveur odieuse accordée à ses ennemis. En conséquence, il lui opposa deux ordonnances, où il déiendait d'abord à tout étranger de venir en France pour y exercer le négoce, vu ({ue ce royaume ne manquait de rien ; ensuite h toute personne, de quelque condition ou digni lé qu'elle fût, de transportei' hors de son territoire de l'or, des pierreries, des provisions de bouche, des armes, des chevaux et autres choses, sans sa permission notifiée par écrit (1).

La portée de ces ordonnances était grande. Elles brisaient les rapports du clergé français avec le chef de l'Église, le dérobaient à son influence; elles fermaient la porte du royaume aux traitants de la chambre apostolique, et le caractère énergique du pape donnait »^ penser qu'il allait employer des moyens rigoureux pour soumettre le monarque récalcitrant. Il n'en fut rien cependant. Soit qu'ayant compté emporter la soumission de Philippe du premier coup, il eût été interdit d'une résistance que les luis ne faisaient plus depuis des siècles ; soit qu'il ne voulût pas s'engager dans un conflit qu'il n'était pas préparé à soutenir; soil que, sur le point de réaliser ses projets contre les Gibelins, il appréhendai de leur ménager un appui par delà les Alpes ; soit plutôt modération, on vit tout à coup le ferme pontife prendre un ton de douceur auquel personne ne s'attendait. La buiie liielfabilû, qu'il expédia au roi im-

(1) Preuves du différeud, p. 15.— Baillet, Uist. du démêlé, p. 26.

médiatement après la publication de ses deux édils, est remarquable sous ce rapport (\). Bonifacey descend jusqu'à la justification de lui-même. S'il adresse au roi des repro* ches, cesontbien plutôt des exhortations que des reproches* On voit qu*il vent gagner le cœur do Philippe le Bel, non étonner son audace. « Le temps est bien mal choisi, dit-il, « pour susciter une querelle au vicaire de Jésus-Christ, lors- « que celui-ci veille avec tant de sollicitude à vos intérêts. Et « n'est-ce poinL pour procurer le salut de voire personne, la a conservation de votre royaume et en écarter les malheurs, « que, depuis le commencement de notre pontificat, nous fx avons passé les nuits sans dormir et essuyé d'insupporta- « Lies travaux? Nous n'avons pas, ajoute-t-il, nous n'avons a pas statué que les ecclésiastiques ne dussent point contric< huer à la défense et aux nécessités du royaume, mais nous « avons dit qu'il y avait besoin en cela de notre permission « expresse, pour mettre un terme à l'intolérable oppression c( dont vos officiers accablent le clergé. Dans un cas urgent, « nous ordonnerions nous-mème aux ecclésiastiques les con- « tribulions nécessaires, et, s'il le fallait, nous laisserions a plutôt vendre les vases sacrés et les croix des églises que « d'exposer au moindre danger un royaume comme le vd- <]( tre, de tout temps si cher et si dévoué au SaintrSiége. »

Ce n'était point à tort que Boniface rappelait à Philippe ses sollicitudes pour la France. En effet , si F alliance offensive conclue par Edward avec Adolphe de Nassaw avait été si peu funeste au monarque français, c'était grâce aux exhortations pressantes et répétées que le pape avait adressées au roi des Bomains (2) . Du reste, tout dans la bulle IneffabUis témoignait du désir du pontife que le démêlé

(1) Preuves du différend, p. 1S. Cette bulle fut apportée eu France pair révéque de Ymers.

(â) Rubeo, p. 47 et aeq.

. ij.i^cd by

DÉMÊLÉ DE BOxmiCE VU! AVEC TUILIPP E LE BEL. 99

commencé ne prit point une tournure fâcheuse. Son- inquiétude à cet égard éclate principalement dans sa bulle ( I )

Excitât nos, qui n'est (|u'iine préface de la précédente. « Gomme les choses qu'elle contient, dit^l, intéressent vice vement votre personne et votre royaume, nous avertis- « isons, prions et exhortons Votre Altesse royale de la lire, « de la relire elle-même, de la médifer atlentivement, et « de la mettre sous les yeux des hommes qu'elle appellera à <K son conseil, x) Puis il ajoute que l'évéque de Viviers, chargé de la lui présenter, est muni des instructions les plus amples pour lui en expliquer le sens de vive voix (2).

Cependant, malgré les protestations réitérées du pape, malgré Tactivilé de ses légats, malgré les mouvements qu'il se donnait pour mettre un terme à la guerre ruineuse qui pesait sur la France, Ton ne réussissait point à s'entendre. Philippe, d'autant plus obstiné qu il était mal conseillé, ne pouvait plier sa fierté à aucune concession. Il ne répondait aux exhortations qu'en pressant l'exécution de ses édits, quand tout à coup, le 51 juillet 1297, à la surprise généiiale, arriva de Rome à la cour de France la bulle N(mrUi$ no$ (5), adressée au roi, au clergé, et aux grands du royauiiie. Cette bulle, avecles éloges les plus pompeux donnés au royaume de France pour rattachement à la foi et le prompt acquiescement qu on y avait toujours montrés aux ordres émanés du Saint-Siège, contenaitdes explications si larges de la bulle Clericis laicos, qu'elle réduisait à rien ses décrets, pnncii)e de toute la querelle. Le pape commençait alors l'exécution de ses projets contre les Goionna. Il

{i) Preuvfes du tliflVi end, p. 25.

(2) Ecce per Vivanen>:t ni cpiscopum in praefalis litteris contenta, vivic vocis oraculo volumus Cel^itudini Tua? plcnius exprimi , ac menlem nostram circa illa seriosius aperiri, etc. (Buliu ; tiuUil nos.) ] -

(5) Preuves du diiïérend. p. ôi).

100 lilSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. I.

est permis de croire que cette circonstance ne ûit pas indifférente au parti qu'il prit si inopinément de satisfaire le roi •

Et, comme s'il eût craint que sa bulle Xoveritis nos ne fût point assez explicite pour ilécliir le caractère indomptable du monarque, il raccompagna de la canonisation de Louis IX, son aïeul, dont le procès durait depuis \ingl-cinq ans. La génération qui avait été témoin des vertus du saint roi n'était point eneorc descendue dans la tombe. A la nouvelle que Tobjet d'une si récente admiration allait devenir celui du culte de TÉglise, une inexprimable allégresse éclata de toutes parts. Entraîné enfin par F élan général, Philippe céda. L'exécution des ordonnances royales fut arrêtée. On délia les mains aux traitants pontificaux pour envoyer à Rome les revenus que la chambre apostolique percevait sur les biens du clergé. Boniface fut rendu plus que jamais arbitre souverain de la paix entre la France et FAngleterre, et la bonne harmonie parut rétablie entre les deux puissances (1).

Les guerres entre les personnes se pacilient, parce que les haines s'effacent ; les guerres entre les principes ne se pacifient point, parce que l'opposition des principes demeure. Le pape et le roi, bien que rapprochés en apparence, étaient plus éloignés l'un de l'autre qu'ils ne ie pensaient. Le premier voulait maintenir ce que le vicaire de Dieu possédait à tant de titres, son droit de juger les actes même temporels des princes dans l'administration de leurs Etats ; le second voulait au contraire une complète indépendance du pouvoir temporel vis^-vis de la puissance spirituelle. L'antagonisme de ces deux principes n'avait pas été terminé par la paix, et plus d'une cause allait eu réveiller la vivacité.

• \\) Baillet, Hi&u du démêlé, p. ô6 et suiv.— Daniel, flist France, ; l,^V, p. 56.

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