‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 14 sur 44 · C. XLVUI · texte numérisé non relu

C. XLVUI

m fflSTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. U.

peu d'espoir à eeux qui voulaient l'infiuenoer; eir, inaccessible aux considérations étrangères à son devoir, toutes celles qui ne s'y ratlachaienl point étaient sans force sur son esprit (!)• Âu reste, formé à Técole de Boniface YUI, Benoit XI en avait les idées. Il était profondément convaincu qu'un pape n'était pas moins le chef temporel que le chef spirituel de la chrétienté, et il était bien décidé à ne se relâcher sur aucune des prétentions poursuivies par son illustre prédécesseur.

Avec ces vertus o( ces idées, Benoît XI promeltait un pontificat digne d'effacer l'humiliation que la Papauté venait d'essuyer. Hais , dès le début, il eut à lutter contre des obstacles que sa volonté seule ne pouvait surmonter. Les factions que la main vigoureuse de Boniface avait comprimées s'étaient redressées depuis la catastrophe de ce grand pape. Le3 Gibelins triomphaient, et la tentative impie de Nogaret avait été comme le signal d'une terriUe réaction contre l'autorité pontificale. Échappés de l'exil, et ne tenant plus aucun compte des sentences qui pesai^t sur leurs têtes, les Colonna avaient reparu dans Rome» et avec eux toutes les passions compagnes de la discorde. La face de la ville était changée; la force brutale y faisait la loi. Les chefs des partis opposés, dans la crainte les uns des autres, ne marchaient qu'environnés de satellites armés. Pleins de confiance en leur puissance, ils méprisaient hautement les anathèmes de TÉglise (2), et, pour eux, l'autorité des sénateurs Gentilo dei Figli d'Ûrso et Luca Savelli était sans considération. Ce qui rendait les partis rivaux si audacieux, c'est qu'ils trouvaient parmi les cardinaux eux-mêmes, sinon des chefs ^ du moins

(1j Ncc odio vei limore correptus in quemquam nisî juste ferebiUir. {Perretus Vicenlinus.) (2) Fenretus Vicentinug, 1. ill, p. 4012.

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éêê fauteurs* La politique de Philippe le Bel était parveaiie à pénétrer dans le sacré collège. £iiToyés de Paris à

Rome, Guillaume du Chastenay et Hugues de Celles avaient réussi à y faire valoir la cause du roi, et six cardinaux s'étaient fait un honneur de donner leur adhésion à la con- ^«Ksation du concile général (1). Une semblable défection prêlail au dcsordie toute la force qu'elle enlevait à la Papauté.

Au milieu de cette anarchie, Benoit XI, seul, livré à luimême, n'ayant, en raison de Tobscurité de sa naissance,

ni parents, ni alliés, dont il pût opposer le crédit ou la puissance à la tyrannie des nobles (2); mal servi, d' ailleurs, par la modération de son caractère, lorsqu'il aurait été nécessaire de déployer une soudaine énergie, Benoît XI, dis-je, était réduit à gémir au fond du cœur sur des excès qu il se voyait inhabile à réprimer.

Cependant, malgré la faiblesse où le réduisait le dés- ordre des factions, ce pontife fut assez heureux pour ramener Frédéric de Sicile au respect du Saint-Siège. L'ambition de ce prince n'avait pu longtemps s'accommoder des . réserves que Boniface VIII avait mises au traité qui lui ga- . rantissait la royauté de la Sicile. A la faveur des événements qui étaient survenus , il avait cru pouvoir y faire des brèdies notables. Àu lieu de compter les aimées de son règne de la conclusion de la paix, il se mit ft les dater du principe de l'usurpation. C'était là consncrerle droit de conquête, et mépriser les conventions passées avec rÉglise et Naples. Qui sait où se serait arrêté Frédéric, une fois engagé dans cette voie? Benoît XI ne lui permit

(2) Preuves du (liflVi enii, p. -210 et 251.

(3) Non enim agnalos cogaatosve ex humili natus progeuie, ad so accer» sendos habebat , non nepotes iilos, quorum Mucia £retu$, auderet securu^ : ' (Ferretus Vicentinus, loc. cit.) * *

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pas d'y avancer davantage. Moins de deux mois après son élection, il lui envoya une lettre remplie de vib reproches sur sa conduite, et où les droits du Saini-Siége étaient impérieusement réclamés (1). Frédéric n'était probablement pas en mesure de braver l' autorité pontificale. Il se hâta de répondre au pape dans le langage le plus humble, confessa de nouveau qu'il tenait son royaume non de la force, mais de la libéralité de T Eglise; renouvela la promesse de payer un tribut de 3,000 onces d'or, assura qu'en cas de guerre il enverrait un secours de cent cavaliers, et reconnaissait pour s<?s amis et ses ennemis les amis et les ennemis du JSaint-Siége (2).-

Mais cette soumission ne compensait que bien faiblement pour Benoit XI les mortifications qu'il essuyait à Rome. Sa situation dans cette capitale devenait de jour en jour plus critique, et Tavenir ne lui laissait entrevoir aucune espérance de la rendre meilleure. Il la supporta cependant jusqu'à la fin de l'hiver. Mais, lorsque le printemps eut ramené l'époque où l'on quitte d'ordinaire le séjour de la ville pour celui de la campagne, il songea sérieusement à abandonner Bome pour n'y plus revenir. Si l'on en croit T historien auquel nous empruntons ces détails, le dessein du pape était d'arracher le siège pontifical à une cité si turbulente, et d'aller le fixer en Lombardie, où il espérait trouver plus de tranquillité et d'indépendance (5). Plus tijrii, peut-être, aurait-il franchi les monts. Le besoin de respirer un aii* plus pur devait lui servir de prétexte pour sortir de Rome. Devenu ensuite maître de

(1) Raynald, ann. ir>04, 49. •

(2) Id., ann. 1304, u"* 50 et 51 .

(3) Tacila mente conciperet cilia magnani ItaUain apud Lougobardos ; fcdem apostoUcam sibi statuere, ut et in posterum ibidem esset forte ; iiiansura. (Ferreliis Vîcentiuus, 1, III, p. 1012.

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ses actions, il aurait réalisé son dessein. Que cette pensée fttt vraîment la pensée du pape, nul ne le peut dire. Ce

qui esl certain, c esl (j ne les circonstances élaienl de nature à r inspirer. Les cardinaux semblèrent la pressenlir, car, lorsque Benoit XI leur désigna la ville d'Assise pour le lieu où il souhaitait passer la belle saison, il rencontra d'abord parmi eux une vive opposition. Tous manifestaient hautement leurs répugnances pour un séjour si étranger à leurs habitudes. Malgré sa ténacité, Benoit XI aurait peutêtre à la fin été obligé de céder à leurs réclamations, s'il n'eut tout à coup trouvé un appui imprévu. Le bonheur voulut que les vues du cardinal Mattheo Rosso des Orsini s'accordassent avec le projet du pape.

Mattheo Rosso appartenait à la branche de la famille Orsini dans laquelle s'étaient conservées plus pures les opinions guelfes; tandis que les deux autres branches avaient, plus ou moins, fait alliance avec le parti gibelin. Créé caiiliual par Urbain IV, Mattheo Rosso portait la pourpre depuis plus de quarante ans. Il avait assisté à douze conclaves, et vu, comme prince de l'Ëglise romaine, treize pontificats. L'expérience de la cour, Fhabitude des grandes ail a ires, le talent de se rendre nécessaire dans certaines occasions, l'illustration de sa naissance, une fortune considérable, en avaient fait un des personnages les plus importants de Tépoque* D semblait né pour la tiare. Plus d'une fois il s'était vu sur le point de l'obtenir, mais toujours il avait échoué près du but, précisément à cause de sa trop grande puissance, et il était forcé de se contenter de la première place dans le sacré collège, duiiL il était doyen, et où il exerçait, du reste, une influence incontestable. Tel était Mattheo Ilosso. Ce cardinal, contre l'attente générale, appuya dans le consistoire la proposition de Benoît XI, en montra la justice et l'opportu-

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nité (!)• Userait diflicile de dire le motif qui poussa cet esprit éniinenuneiit politique à seconder ainsi te dessein do

pape. Voulail-il réellement le sen ir, ou bien espérait-il obtenir plus de crédit auprès du poniiie eu 1 isolant? On ne sait* Quoi qu'il en soit de ses intentions, il ramena à son opinion tous les opposants, et le départ iiit résolu. Les préparatifs du voyage furent promptemenl acbevés, et, sans perdre de temps, Beuoit XI sortit de Rome avec toute sa cour. Une multitude considérable raccompagna jusqu'aux portes. On aurait dît que les Romains, en le voyant s'é<loigner des mui s de la ville éternelle, prévoyaient que de longtemps ils ne reverraient leur pasteur. C'est de cédé" part de Benoît XI que Ton doit dater la translation du Saint-Siège. Ce pape l'avait méditée» il était réïmé à son successeur de raccomplir.

De Rome, Benoît prit le chemin de Viterbe, se reposa seulement à Orrieto, et arriva en peu de jours à Pérouse. La population de cette ville le reçut avec des transports de joie et raccompagna jusqu'au palais pontifical.. Ces hommages, qui contrastaient si étrangement avec la tyrannie qu'il avait subie à Rome, relevèrent le eourage de Benoît, il respira comme délivré d'un poids incommode, et, au lieu de pousser tout d'un trait jusqu'à Assise, comme il eu avait eu d'abord le projet, il résolut de fixer quelque temps sa cour à Pérouse (2).

Si Mattheo Rosso s'était UaLté de régner plus facilement sur le pape, après l'avoir éloigné de Rome, il dut promptement revenir de son erreur. Rendu 4 rindépendance, Benoit XI ne tarda pas à montrer qu'il n'avait riidentien

(J) iMaUluTus, qut semper dolis pectiis annavei-al, suiucnii causani itineris corde priTmeditans , inter iiatrcs suos cuucepluiu iaudavit papie proposilum. (Ferretus Viceiiiijius, loc. cit.)

(-2) Ferretus Vicentinus, loc. cit.

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