‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 15 sur 44 · BENOIT XI · texte numérisé non relu

BENOIT XI

de comiMttrê à personne le gouvemail de TÊglise, et qu'il Toulait le &ire mouToir lui seul avec tigueur et selon

ses propres vues. Le premier feoiii qui l'occupa dans sa nouvelle position fut la réconciliation des partis qui diviséient la Toscane*

Depuis qne Pistoie avait introduit à Florènce, comme une contagion, ses Noirs et ses Blancs (1), les noms de Guelfe et de Gibelin avaient en quelque sorte disparu pour fiiire place à ces nouvelles dénominations. Les Noirs défendaient les principes guelfes, les Blancs ceux des Gibelins. Tous, au reste, avaient hérité des mêmes passions. C'était Tusage que chaque parti se personnifiât dans Tune de ses familles les plus influentes, et y prît ses cheis. La famille des Donali chez les Noirs, celle des Cerchi cïkni iesiiiancs, étant, sans contredit, les plus puissantes, les plus aux affaires publiques, furentnaturellement investies de cet honneur (2). Les Donati, issus d'une noblesse ancienne, habitués à la magnificence, et ne jKiraissant jamais en public qu'environnés des pompes de la grandeui , ndliaient à eux cette haute aristocratie qui mot dans une république les honneurs au-dessus de la fortune. Les Cerchi, au contraire, t>ortis avec le secours de l'industrie des rangs plébéiens, avaient sur le peuple cet ascendant que donnent des richesses qu'on lui fait partager, et, par là même, comptaient un plus grand nombre de partisans (3), Ils comptaient aussi les hommes les plus distingués par leiurs talents : Dino Compagni, qui nous a laissé une assez . lonnc histoire de son époque (4); les deux poètes Guide

(f ) Voir commeiit ees deux factions avaient été iraosportées é Florence, dans la Vie du nante, par le eomte César Baliio, 1. 1, c. x. (2) Gio?aiuii Villani, I. VIH, c. xxxmt.

(5) BenTenuto da Imola, Comment, in Dantis Gommediam, ap. Nunt., AntiquiUtes itatics, 1. 1, p. iOâO.

(4) Voir Murât., Script, rerum iUl., t. XX.

leO HISTOIRE DE lA PAPAUTÉ» LIV. II.

Cavalcanti et Dante Alighieii, se faisaient gloire de marcher sous leur bannière. Guido Cavalcanti appartenait à Tune des plus puissantes maisons de Florence. Né ardent Gibelin, il s'était, pour ainsi dire, identifié avec ce parti en épousant la fille de Farmata degli Uberti, son chef le plus renommé. Corso Donati avait en lui un ennemi personnel (i). Au milieu des agitations de la politique, Guido faisait des vers qui avaient pour sujet unique l'amour el la galanterie, comme tous ceux de ce temps-là. L'objet de ces vers était une femme de Toulouse, nommée Mandetta, dont Guido semblait avoir fait la dame de ses pensées. Ils jouissaient alors d'une grande répulaiion, la méritaient à quelques égards et préludaient aux canzoni bien autrement belles de Pétrarque (2).

Diinte Alighieri était un personnage plus célèbre encore. Né en 4265, il avait étudié sous le fameux grammairien Brunetto Latini , qui avait rempli de sa réputation la dernière moitié du treizième siècle, et auquel Florence était redevable de parler un langage plus correct et plus élégant (3). Par les soins d'un maître aussi habile, Dante fit de grands progrès dans toutes les sciences du temps (A). La conformité d*opinion politique, et, bien plus encore, les mêmes goûts littéraires, le lièrent d'amitié avec Guido Cavalcanti , dont il fait l'éloge dans sa Divim Commedia. Dante porta les armes avec gloire, et ses services militaires, si l'on en croit Mario Filelfo, lui valurent plusieurs ambassades honorables à Rome, a Naples» en Hongrie» en France même, dans

(1) mno Gompagni, 1. 1, p. 481.

(2) Gingaené, Bist. Uttéraire d*Italie, t. I, p. (5) GiOTanni Villani, 1. VII, c. clsii.

(4) Tiral>oschi, t. V, part. II, p. 476 el 477.

LES KOms ET LES BLAISGS. 161.

lesquelles il représenta dignement le peuple florentin (1)< L'adjonction de tels hommes était un renfort qui aurait

dû assurer la prépondérance aux Blancs. Mais Vieri deî Cerchi, leur chef, comme tous ceux que ie hasard de leur position, et non la supériorité du talent, a poussés à la tête d'un parti, était au-dessous du rôle qu'on lui faisait jouer. Il n*avait ni assez de caractère, ni assez d'activité, pour profiter des avantages que les circonstances mettaient entre ses mains. Le chef des Noirs, au contraire, Corso Doiiati, actif, entreprenanl, plein d'énergie, suppléait par les qualités à 1 lulénorité de sou parti. De cette manière, la puissance des deux factions était à peu près égale* Leur animosité Tétait aussi. Bans la disposition des esprits, les griefs des deux laïuiiles pré|)ondérantes se trouvaient partagés par toutes les autres, et leurs moindres querelles se changeaient en guerres civiles. Une rixe dans laquelle Ricovero dei Cerchi perdit le nez devînt le principe des plus grands désordres (2). Boniface Yili, dont l'aclivité s'étendait à tout, désirant mettre (in à ces scandales, manda à Rome Vieri dei Cerchi, et le pria de faire la paix avec Corso Donati. ajoutant à ses prières les promesses les plus briilaiites. Mais Vieri répondit qu'il n'était en guerre avec personne, et il revint à Florence sans avoir donné aucune satisfaction au paj)e (5). Alors Boniface envoya à Florence le cardinal Matth;eo d'Aquasparta avec une mission pacifique. Rien n'est plus difiiciic que de traiter avec les passions politiques, quand elles sont arrivées jusqu'à la haine. Les Blancs, qui jouissaient dans ce moment de la prépondérance, déclinèrent la médiation du légat, et le cardinal

(«) Tiraboschi, p. m) et 481.

(2] BenveuiUo da Iinola, p. 1040. — César liailio, l. i, c. (5) Beuveuuto da imola, p. 1040.

m HISTOIRE DE U PAPAUTÉ, LIV. II.

se vit forcé de partir, laissant t ndctois, m se retirant, Florence sous lo poids d'un interdit (1).

A cette occasion, la Seigneurie, irritée que les querelles de quelques citoyens troublassent la tranquillité de tous, fit un acte de vigueur et condamna à Texit les chefs des Noirs et des Blancs, qui durent se rendre, les premiers dans le territoire de Përouse, les seconds â Sarsana. Dante, alors prieur, fut un de ceux qui prononcèrent celte sentence, que r historien Dino Goropagni assure avoir conseillée (â). Hais cet expédient, que les hommes modéréi des deux partis avaient imaginé pour imposer silence aux dissensions, ne fit que les ammer davantage. Le lieu d'exil des Donati n'était pas éloigné de Rome, Corso y court. Là, parle crédit des amis qu'il s'était faits à la cour ' pontificale, du cardinal d'Aquasparta entre autres, il réussit à persuader à Boniface YIII d'appeler à Florence quelque prince étranger, puissant, qui s'y présenterait avec des forces imposantes, et d'essayer d'une médiation armée oft toute méditation pacifique échouait. C'était préparer la destruction des Blancs, car l'intention de l'habile Donati était bien de tourner cette médiation, ainsi connue» au profit de lui-môme et des siens (5).

Boniface VIII entra d'autant plus volontiers dans ce dessein, qu'il servait sa politique d'un autre côté, et jeta les yeux sur Charles de Valois. Ce qui avait été résplu fut exécuté, malgré l'opposition des Blancs, de Dante surtout, qui voyait dans un semblable projet la ruine de la patrie (4)« Le prince français, mandé par le pape, parut on

(1) Benvenuto da Imola, p. 1041, — Giovauni Villaiii, 1. Vlli, c. xxiix. — •Machiavelli, Storie florentine, 1. II.

(2) Cronaca, L I, p. 482. — Giovanni Villani, I. VIII, c. ja. (5) Benvenuto da Imola, p. 1040.

(4) Tirabosdil, t. V, part. Il, i. III, n' 5.^Cé«ar BaUio, 1. 1, c. u.

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