‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 17 sur 44 · DANTE · texte numérisé non relu

DANTE

émolions, voilà qu'elle la ressaisît, et, la transportant avee

une irrésistible puissance, l'oblige à rrissonner ou à répandre des larmes en face de quelque nouveau spectacle lugubre ou attendrissant. Au reste, les chants qui décrivent Tenfer sont la portion incontestablement la plus sail- • lante de ce voyage mystérieux. On reproche à Dante de grands défauts, des images étranges et contre* nature, un langage parfois trivial^ des chants languissants et d'une lecture difficile, une versification soum ni dure, irrégulière. Mais ces défauts, fruits, pour la plupart, de l'imperfection où était alors la langue italienne, ne sont que de faibles taches qui disparaissent dans les splendeurs de l'ensemble. Une machine poétique nouvelle, et. partant, une poésie nouvelle, un style tantôt sublime, tantôt pathétique, toujours nche ; des traits passionnés qui vont jusqu'au cœur, des images pittoresques qui frappent tout i coup, sans qu'on s'y attende, comme les grands accidents de la nature, et subjuguent f âme, telles sont les beautés qu'on rencontre à chaque instant dans la IHvimCammediaé A l'époque où elle parut, elle provoqua un concert universel d'enthousiasme. Florence, qui avait proscrit soa auteur, fonda, en 1575, une chaire spéciale pour commenter son poème. Cinq siècles écoulés sur sa renommée n'ont servi qu'à la faire grandir, et, longtemps encore, les artistes et les poètes viendront y chercher les plus nobles inspirations de leur génie.

Toutefois, en faisant l'élogede la DivinaCommedia, nous ne prétendons point approuver les satires et les oiij ruses calomnies qu'elle renferme contre les papes et les princes de rÉglise. Ce n'est point d'après les fictions capricieuses et malignes du chantre gibelin que Ton doit former son jugement sur les personnages célèbres de son époque ; et nous ne comprenons pas que des écrivains modernes aient

I7d fllSTOlRË D£ U PâFÂUTë» UV. U.

ésë puiser ded témoignaged h ttne pareille source. Si, étiàâ l'œuvre immortelle de la Divina Conmedia, le talent que déploie le poêle a un incontestable droit à noire admiration, les injustices que s* y permet trop souvent Thodime doivent exciter l'indigna lion de tout cœur honiiête.

Pendant que Benoît XI travaillait à pacifier Florence, il ne perdait pas de rue la grande affaire qui avait causé leÀ malheurs de Boniface, Savoir : le démêlé de ce pontife avec Philippe le Bel. Ce prince n'avait pas été piiitôt instruit de l'élévation defienoit XI à la Papauté, qu'il s'était empressé de lui envoyer ses félicitations par une afnbassade solennelle^ composée dos seigneurs de Mercueit, dé Yezenobre, et de Pierre de Belleperche, chanoine de l'église de Chartres (1). Mais, avant qne cette ambassade se ttX mise én mouvement pour Rome, Pierre Pérédo. prièur de Cheza, que Philippe le Bel avait expédié du vivant de Boniface, et qui n'était arrivé que pour être témoin de ses Ainérailles, Pierre Pérédo, dis-je, eteité par Nogarei» se présenta à Benoît XI avec le Mémoire qui renfermait les plaintes de son maître contre le pontife défunt, les procédures du conciliabule de Paris, et le dessein d'en poursuivre l'exécution devant un concile général. La situation da pape se trouva d'autant plus difficile qu'il était placé éâtre sn conscience, qui reculait devant une satisfaction injuste, et le danger d'irriter par un refus le terrible monarque qui venait si récemment de lui apprendre à craindre sa vengeance. Sa prudence lé tira d'affaire; il fit répondre à Nogaret, par Tarchevêque de Toulouse, que, dans les instructions données à Pérédo, un changement de pontificat n'avait point été prévu ; que l'étal des choses n'était plus le même depuis la mort de

(I) Freiites du différend, p. m.

BENOIT XI ET PfllLiPPË LE BEL. ' Kî\

Bonifaee; qu'en conséquence les intentions du xA de

Franco pouvaient avoir subi des modifications sur lesquelles il était bon d'être instruit ; qu'il désirait ardemment terminer à la satisfaction de tous un démêlé fatal à rÉglise, mais qu'il le suppliait, avant de commencer aucune poursuite, d'attendre de nouveaux ordres de sa cour (i).

Les plus simples convenances exigeaient que les représentants français cédassent à d'aussi justes considéraùons. Ils y cédèrent, en effet, et Guillaume de Nogaret revint en France rendre compte à Philippe le Bel des bonnes dispo* sitiûns du nouveau pape. L'ambassade dont nous) avons parie n'était point encore sortie du rojaume; le roi lui adjoignit Nogaret. Mais Benoit XI , sans attendre son arrivée et pour montrer à la cour de France le désir qu it avait de la paix, commença par délier Philippe le Bel de toutes les censures que son prédécesseur avait fulminées contre lui. La bulle qui contenait cette absolution était datée de Borne, et du â avril (2). Quelques semaines après, le pape data de Viterbe une conde bulle qui révoquait la réserve que Boni face Vllf avait faite des provisions de toutes les églises cathédralésf et régulières de France (5). Enlin, le 15 mai, étant à Pérouse, il expédia une troisième bulle, dans laquelle il déclarait absous tous les prélats, ecclésiastiques, bâroUs et nobles qui se trouveraient excommuniés, ir l'exception pourtant de Guillaume de Nogaret, dont il réservait l'absolution d'une mamère spéciale au Saint- Sége apostolique (4).

(I ) llist. du différend, p. 25, et Baillct, p. 238.

(•2; Bulle : Qiianto nos, fili, Preuves du différend, p. 207.

(3) Bulle : Ut eo mairi'^, Preuves du différend, p. 209.

(4) BuUe : SaBCiœ m&Uis ^cleii^e, Preuves du cUfEérend, p. 208.

m * lilSTOlïUil DE LA PAPAUTÉ, LIV. II.

On aurait dit que Benoît XI avait voué le 43 mai à la

clémence, car co même jour vil panûlFe encore deux autres biilles , dans lesquelles le pape amnistiait la contumace des prélats français qui s'étaient abstenus de comparaître à Rome sur la citation de son prédécesseur, révoquait la suspension des grâces, annulait Tactc qui avait délié les sujets du roi de France du serment de lidélité, et rétablissait toutes choses en l'état où elles se trouvaient avant l'explosion du démêlé (1). 11 n'y mettait qu'une seule exception, et cette exception était encore pour Guillaume de Nogaret. Dans le pardon général, les Colonna ne furent pas oubliés. On se rappelle quelle masse d'anathèmes avait été lancée sur cette lamille coupable. Elle l'aillil y succomber; mais les circonstances la sauvèrent, et il ne restait plus au nouveau chef de l'Église qu'à la gagner par ses bienfaits. 11 révoqua donc lout ce qu'avait fait Boniface VIll, soit contre les deux cardinaux, soit contre les autres membres de la famille, ses partisans et alliés, et leur rendit tous les droits et priviléofes dont ils avaient anciennement joui. Toutefois, respectant jusque dans le pardon les motifs que Boniface YIII avait eus de punir, il ne crut pas devoir pousser ses faveurs jusqu'à rendre la dignité de cardinal à Jacupo et à Pietro Colonna; leurs liieus conlisqués restèrent également sous le séquestre, et la défense fut renouvelée de rebâtir et de fortifier la cité de Palestrina, de lui restituer le nom de ville et d'évèché sans la permission expresse du 6amL-biége (2). Ici les Colomia se montrèrent niodérés. Ils acceptèrent, avec reconnaissance, les grâces qu'on leur accordait ; et, persuadés que le pape avait des mesures à garder, ils se résignèrent à attendre, pour celles

(1) Bulle : Duduiu Bonifacius, Preuves du diiïérend, p. 229, et bttUe : Ad statu m luum, p. 230.

(2) Bulle : Dudum booai mémorise, Preuves du différend,' p. 227.

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