‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 19 sur 44 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Gondave de Pérouse. — Élection de Beiirand de Got. — Son histoire. — î! reroit i Lusignan, en Poitou, la nouvelle de son élévation. — Son retour à Bordeaux.

— 11 prend le nom de Clément V. — Mande en France la cour romaine. — Soo couronnement à L^on. — Origine de la Cavalcata. — Affreux malheur arrité i celle de Clément V. ^ FaTeart de ce pape envm Plûlippe le Bd. — Il foroM le projet d'une croisade. — Tourne toa attention snr lltatie. — Lé^lion, en Toscane, du cardinal Napoléon des Orsini. ^Voyages et maladie dn pape. — Conférences de Poitiers. — RéiroluUons en Hongrie, et légation da cardinal Genlilii dans ce royaume. — Affaire de la croisade. -—Jean de Montecorvino et ses succ^ apostoliques en Orient. — LcsTartares. — Haïton l'Arménien. — Poursuites de PWlippe le Bel contre la mémoire de Boniface VIII. — Le cardinal de Pralo conseille au pape de convoquer un concile général à Vienne. — Assn^>inrît de rcmpereur Albert. — Clément V réussit à fuirt élire à sa place Henri de Luxembourg.

— Clément Y part de Poitiers et se rend à Avignon. — Notice historique sur cette cité. — Mauvaise humeur de Pétrarque contre elle. Séjour de Clément V dans le Gomlat-Venaissin. ^ Reprise des poursuites de Philippe le Bel contre Boniface TIII. — Cl&nent T permet les procédures. — Afbire touchant Ferrare.

— Ambition de Venise. — Modération de Clément T. — Injustice de la république. — Bulle du pape contre elle. — Légation du cardinal de Pélagruc. — Déftite des Vénitiens à Francolino. — Procédures à Avignon contre Boniface VIII.

— Clément V décide enfin le roi à s'en rapporter i sa décision dans l'alîaira de son démêlé.

Les divisions qui avaient entravé l'administration de Benoit XI se manifestèrent d'une manière bien plus funeste dans le conclave qui suivit la mortde ce pontife. Deux partis rivaux ne tardèrent pas à s'y dessiner; l'un guelfe, et dévoué à la mémoire du pape Boniface VIII; l'autre gibelin, el

ÉLCGTION DE CLÉMENT Y. 1T7

partisan de Philippe le fiel. A la téte da premier se fai- ]»aieDt remarquer les cardinaux Hatthœo Rosso des Orsini

et Fi ancesco Gaetani, neveu de Boniface. A ]a tête du second figui aient les cardinaux Napoléon des Orsini et Nicolas Aibertini de Praio (1). Chaque parti cherchait, dans réleciion iuluie du chef de l'Eglise, le triomphe de ses idées ou de ses intérêts. Les Guelfes demandaient un pape qui soutînt la politique de Boniface VIU; les Gibelins en voulaient un qui favorisât Philippe le Bel et les Colonna. Celte opposition de vues, qui partageait presque également le conclave, le fit traîner en longueur. Le roi de France sut en profiler. Menacé, dans les derniers jours de Benoît XI, d'avoir à rendre compte de sa conduite sacrilège, il lui importait qu'une de ses créatures fût placée sur la chaire de saint Pierre, et il mit tout en jeu pour arriver à ce but. Jacopo el Pietro Colonna, ces deux cardinaux: dégradés par Boniface VIll, et que le conclave avait attirés à Pérouse, le tenaient au courant de ce qui s y passait (2). Ils reçurent ordre de n'épargner aucun moyen pour faire tomber les suffrages sur un membre de la faction gibeline. Fidèles aux injonctions de leur protecteur, ils employaient tantôt leur crédit, tantôt les sollicitations, mais surtout l'appât de l'or, pour gagner les cardinaux du parti guelfe (3). Peut-être auraient-ils réussi» s'il se fût agi de toute autre chose que de la Papauté* Mais il est une passion qui ne cède ni au crédit, m aux sulUciUùoiis, ni à l'argent :

(1) Giovanni Villani , 1. Vlll , c. i.xxx. Je ne sais où Sismondi, t. IV, p. 229, a vu que le cardinal de Prato s'appelait Aquasparta.

(2) Ferretus Vicenliniis, t. IX, p. 1014.

(3) Inde Philippus illuni auro poUicilisque magnis apuil onines laborantein precibus oncravit. qnalenus voli sui desiderio potiatur, ncc desistere, priusquam ardua gesta [jcregerit. Pelriis ilaque. opulenlissimi régis spe ducius, omnes quos aurum silientes noverat, poUiciUs, doais, corruœpere ausus est. (Ferr. Viceut., loc. cit.) '

m HiSTOUffi DE u PAPAirri, uv. m.

c est rambition. Elle dominait les chefs du conclave. Malthseo Rosao, dont rinQuefice entraînait les Guelfes, résola de placer sur la chaire de saint Pierre un de ses neveui,

ou d'y arriver lui-même, n'enleiulail à rien. D'un autre côté, Napoléon des Orsini, chef des Gibelins, ne voulait point que les suffrages tombassent sur une autre téte que la sienne, et refusait tous les candidats qu'on lui propobail (1). Les manœuvres des Colonna trouvaient encore un autre obstacle dans les cid)ules des seigneurs de Rome et des princes de la chrétienté; qui, tous, Toulaient un pontife dévoué à leurs intérêts (2).

Ballotté par tant de passions, le conclave, après dix mois, était moins avancé que le premier jour, et la barque de Pierre, que tant d'orages avaient battue, que tant d'orages menaçaient encore, était exposée à flotter longtemps sans pilote et sans gouvernail, loisqu'un incident vint tout d'un coup changer la face des choses. Les Pérusiais, au milieu desquels se passait cette lutte scandaleuse d'ambition et d'intrigues mondaines, impatientés de voir les hommes que l'amour seul de TÉpouse de Jésus -Christ aurait dû faire mouvoir, immoler sès intérêts les plus sacrés aux profanes vues de la cupidité, les Pérusiens, dis-je, s'indignent et se soulèvent. Us accourent au palais où se tenait le conclave, Tassiégent, en enlèvent la toiture, et refusent aux cardinaux les objets les plus nécessaires à la vie jusqu'à ce (ju'ils aient élu tin pape (5). Peut-être cette violence fut-elle un coup de la politique de Philippe le Bel, habilement préparé par les Colonna et les autres émissaires français qui étaient avec eux. Nous sommes d'àu-

(1) Mattha us ctiam et Napolco^ de f;c iisi, magnis conatibus mtebaïUui-, ul eorum alter statualur in sede. (Ferr. Yicent., loc. cit.) P) ïd.

(;S}Id.

ÉLECTION DR CLÉMENT V. m

tant plus autorisés à ia supposer, qu'un ^cie du 4 4 avril 1305 atteste que trois envoyés do roi, frère Ithier de

Nanteuil, prieur de Saint- Jean -de -Jérusalem, maître Gaufirdi de Plessis, chancelier de Tours, et Jean Mouchet, arrivèrent à Pérouse et y excitèrent les soupçons de la Sei^ gncurie, qui ne leur permit de séjourner dans la yille (ju après les avoir obligés de déclarer par-devant notaire qu'ils n étaient venus dans aucun mauvais dessein, mais uniquement pour aecâérer Féleetion du chef de TÉglise (1 ) . Quels que fussent les auteurs de celte violcuce, elle obtint son effet. Les cardinaux, réduits à rexliémité, furent forcés de se décider. Mais, toujours aussi éloignés de s*entendre sur l'un d'entre eux, ils résolurent de fixer leur choix sur un sujet placé hors du sacré ^collège (2). C'était là sans doute ce que les Goloniia attendaient. Us avaient leur candidat tout prêt, c'était Tarohevéque de Bordeaux (5). Le récit du chroniqueur qui nous a servi de guide induirait à croire que ceux-ci le lîrent proposer par les cardinaux dévoués à la France. Par un concours de circonstances dont il serait malaisé de saisir l'enehaînemont, le prélat gascon plut aux deux partis : aux Gibelins, parce qu'ils le savaient secrètement ami de la France, aux Guelfes, parce qu'il était une créature de fioniface VIU. Les présents de Phifippe le Bel imposèrent silence aux opposants (4), et le 5 jum 1505, la veille de la ièLe de la

(1) Preuves du différend, p. 277.

(2) Ferretus Vicenlinus, loc. cU. — Giovanni Villani, 1. VIII, loc. cit.

(3) ï cardinal! pcr volonla dcl re di Francia e pcr industria de' Colonnesi, elessono messer Ramoudo del GoUo. (Cronaca di Dino rompacni, t. VIIÎ. p. 517.) Il ajoute que le cardinal de Prato favorisa beaucoup l'éluctioa do ce caiulidal.

(4) Clemens... id aiiro retrio donîsque maximis adhortantibus, i l Pétri studio incessabili , prae cœiehs in apostolorum sede papa deceruitur. (Ferr. Viceol., loc. cil.)

Pentecôte, Tarchevéque de Bordeaux fîit élu pape (1). {Pièces jmt if., n* 7.)

Le nouveau pontife s'appelait Bertrand de Got oud'Agout-, il était né en Gascogne, au village de Villandrau. Il fallait bien que sa famille comptât au nombre des plus nobles de la province, puisque nous voyons cette famille étendre ses alliances jusqu'aux célèbres maisons de Périgord et d'Armagnac (2). Il nous est parvenu peu de détails sur les premières années de Bertrand de Got. Nous savons seulement qu'il étudia les belles-lettres à Toulouse, qu'il apprit le droit à Orléans, puis à Bologne (5), et, si nous en jugeons par la capacité (jn'il déploya plus tard, il dut étrepartoiU un écolier distingué. 11 devint ensuite chanoine et sacriste de réglise de Bordeaux, vicaire général de son frère, Béraud de Got, archevêque de Lyon (4), enfin chapelain du pape. 11 était revêtu de cette dernière dignité lorsque Boniface Viil le promut à révéché de Gomminges [S), d'où il ne tarda pas à rélever sur le siège métropolitain de Bordeaux. Bertrand ne paya pas ces Aiveurs d'ingratitude. Il prit le parti de son bienfaiteur dans son démêlé avec Philippe le Bel, et s'attira le ressentiment de ce monarque, impatient de toute résislauce. C'est sans doute à ce ressentiment qu'il faut attribuer les ravages que Gharles de Valois exerça sur les domaines de la maison de Got pendant la guerre de Gascogne (6). Ces injustices ne servirent qu'à l'attacher plus fortement à la cause de Boniface. Nous trouvons le nom de l'archevêque de Bordeaux parmi ceux des

{i) Voir les Vies do c-c pape, ap. Baliiz., Vit® paparum, U l.

(2) Baluz., f. î, aii notas, p. Glâetseq.

(3) Id., ad notas, p. (rll

(A) Colonia, Ilist. liii raire de la ville de Lyon, t. ii^.p. 344.

'S) Baluz., ad notas, p. 622.

6} fi&illet^ ilist. du démêlé, p. 262.

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