‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 23 sur 44 · RESSENTIMENT DE PHILIPPE CONTRE BONIFACE YIII · texte numérisé non relu

RESSENTIMENT DE PHILIPPE CONTRE BONIFACE YIII

jours la veageance du roi» Clément V comptait sans doute que le temps, qui use tout, affaiblirait sa passion et la

rendrait moins exigeante. Il jugeait mal ce prince. Dans ce cœur haineux, qui se repliait sur ses colores, le temps, loin d*en afïaiblir Timpression, semblait en retremper la force. II ne vit pas plutôt le pape libre de ses premiers soins, qu'il revint à la charge, et lui demanda de procéder sans délai contre Boniface. Il voulait que ce pontife fût condamné comme hérétique/que son nom tùt rayé du catalogue des évéques de Rome, enfin que son corps, q^umé du sépulcre, fût brûlé, et sa cendre jetée au vent (i).

A cette demande, qu'on n'avait plus de motif de repousser, le trouble s'empara de la cour pontificale. Gibelins et Guelfes, Français et Italiens, tous s'émurent. Jamais une prétention si impudente u avait été manifestée, même par les ennemis les plus déclarés du Saint-Siège. Où s'arrêteraient les eiigences du roi? Voulait-il opprimer la puissance apostolique et en faire un vil instrument de sa tyrannie? Quel scandale inouï pour TÉgUbe! Boniface avait gouverné l'Église pendant huit ans ; il avait institué des évéques, créé des cardinaux* Hais procéder contre lui comme intrus et hérétique, n*était-ce pas mettre en question la validité de tous ces actes? Quelle bonibie confusion dans r£glise 1 et le pape et les cardinaux s'arrêtaient consternés (2).

Cependant il fallait prendre un parti ; les instances du roi devenaient pressantes, importunes (5)« L'on était, au

(1) Giùvauui Villani, 1. Vlll, c. xci. — Nicolai Iriveli Chronic, ap. Spicilegium Aclierianum , ann. ISOG. — Conrad Yiccrius, de Henrico VII, ap. Beruni gerni. Script. UrstizU, t. U, p. 6o. — Diiio Coiupagni, Crouaca. — Mural., t. IX, p. 524.

(2) Giovanui Villaiii, loc. cit. — S. Anloninus, t. Ul, til. 2i, c. i.

(3) iBstanlia importuna, dit Nicolas Trivet.

milieu de son royaume, pour ainsi dire en sa puissance ;

que devait faire la cour romaine? Acquiescer était un crime; résister, c était s exposer à la violence d'un homme qui ne ménageait rien. Dans cette terrible alternative de se rendre coupable d'une honteuse faiblesse ou de voir se renouveler Tattenlat d'Anagni, la position de Clément Y était une des plus critiques où se soit ja* mais trouvé un pape. S'il faut en croire un de ses biographes, la pensée lui vint de fuir. Mais, après avoir examiné les moyens de réaliser un semblable projet, il dut bientôt y renoncer à la vue de l'active sm'veillance dont toutes ses démarches étaient environnées (i); et, dans

(1) Baliue, 1. 1, p. e.'L'aatenr cîté va jusqa'i dire que Clément V tenu une évasion sous un nom supposé i/iuhaUermi fictUme penmuili, et que le malheur voulut qu'il fût reconnu par les gens du roi, et ramené dans k ville (fed a ^itiditddm, qui pro rege erani, a^rniluf ... comjpulma fit Pictoom ffvmeara). L'auteur n'affirme pas ce Ait : il le met sur le compte de la rumeur publique (ut dieitur), et je crois bien qu'il n'a jamais eu lieu» car on n'en voit aucune trace dans les autres chroniques du temps. Mais une anecdote fiiusse ne court jamais le monde sans supposer quelque réalité. Or, cette réalité esi que Clément V subit i Poitiers la tyrannie de Philippe le Bel, qui voulait , bon gré » mal gré , Tamener à ses vues. Pourquoi , s'il n'en avait pas été ainsi, ce pontife serait-il resté seize mois à Poitiers, lorsqu'il ne devait, de prime abord, y faire qu'un séjour de quelques semaines? Baluzc (notac, p. S85) a cru résoudre crtte difficulté en disant que Clément Y y fut malade; et, à cet égard, il cite le témoignage de Ptolémée de Lucques. Hais Ptolémée de Lucqucs rapporte é?idemment au pape, à Poitî r^^ ce qui ne s'applique qu'au pape à Bordeaux. Curia, dit^il, rationeinfirmitatis papœ, per unum anmm quasi sopita itetiU La cour romaine fut en effet inactive à Bordeaux ; mais elle ne le fut point à Poitiers, où nous voyons qu'elle Irnita les affaires les plus sérieuses. D'ailleurs, toutes les lettres de Clément V antérieures à son arrivée â Poitiers parlent de sa muladie ; aiicnnn de celles qui l'ont suivie ne touche ce point. Il y a donc erreur do date dans Ptolémée de Liicqu*^s , ce qui n'est pas rare dans les chroniqueurs du moyen âg<». il est vrai que nément V était faible et soulFrant quand il sf mil en route pour la capitale du Poitou; mais tout prouve qu'il se rt mil et ne rechuta point. Rapprochant donc les faits, je n'hesiie point à croire que Clément V n'ait

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son embarras, il cherchait autour de lui un conseil (i).

Enfin le cardinal de Prato ouvrit cet avis : « Saint Père, «dit-il. je vois un remède au mn] présent: c'est r!e persuaa der, s*i] p. l ;'0 e, .iu roi qae ^ àeui. nde -caicrme une «question diiiiici.e, r^rdne, et sur iAque^'C ]e.^ cardinaux « sont p^rt-gé t qu'une tere que^Mion ne peut êlre traitée a que '-1-U.7 un cor''.i;c p-ir^^r-' : '[v^ d' ' Pur-, m milieu « d'une si grave Jiib co. . exuinen ues inculpations sou- « levées contre Fonifice Vlif ?er.H plus solennel, et la satis- « ctioîi i u r;)i pa^ c /n: u e. Si ion vom objecte la a cruinle que les préjugée ue> Père^ n iniiueat fcur leur ju- « gement, dites que voui ne ferez nu!îe mention de cette « alT'dre rlans h bu'îedeconvoca' k iu qui ne devra alléguer « d autres iriOlio que ;-vréronaaUonLes mœurs et les inté- « réts généraux de 1 Eglise. L'urgence du concile étant dé- « montrée et reconnue, vous en fixerez la réunion à Vienne, « en D: uphiné ; car, outre que la po .ilion centrale de celte « ville la rend d un accès facile à tous, son indépendance « du royaume de France vous y mettra à Tabri de toute a contrainte de la part du roi (2). »

Cet expédient ainsi développé par le cardinal de Prato plul au pape, et le tira de peine. Bien que mécontent d'ajourner encore sa vengeance, Philippe !e Bel ne put se refuser à la convocation d un concile général. Lui-même l'avait demandé autrefois, en avril appelé à son autorité suprême : on était cen^é entrer e'ons ses vues. D'ailleurs, il était juôle que le pape voulût partager la responsabilité d'un acte aussi considérable que celui de procéder contre

tu la p nsc d"' fuir, < l qu'il ue j>ut l\xécuUr, p^u'co que le roi le tenait comme captif à Poili(:r.s.

(t) U!c vero h'Xrere ce luareque Clenit ih , tjuidnam consiUi in re tam inexplicubiîi Coi>cieL (Conrad Viceiius, loc. cit. '

(2] Giovanni VilUaii, l. Vlll, c. xci. — S. Aiuoninus, t. iii, lit, 24, c. i.

on souverain pontife. Ainsi, ce prince consentit à laisser

raffaii'c ad juji^ement (ruii concile général, à la condition touteiuis que le pape coiiimencerail lui-même les informations dans le plus bref délai (4); ce que promit Clément T, en indiquant pour terme du commencement des débats le 2 février de Tannée 1509 (2).

Quoiqu'il iùt sous la griffe de Taigle, ce pontife sut encore trouver le moyen de déjouer un plan du roi qui aurait été des plus Ainestes à la Papauté s'il eût réussi. Yoici le fait auquel se ralLachait ce jdan. L'empereur Albert avait un neveu dont il retenait Théritage pour le soustraire, dit-on, à sa prodigalité. Celui-ci, ayant atteint sa dix-neuvième année, réclamait son bien avec instance; mais, n'obtenant que des refus, il conspira contre la vie de son oncle avec Rodolphe de Wart, Waitber de Ëschembach et Uiric de Balm. Un jour du mois de mai 1308, l'empereur se rendait à Pdiinfeld, où se trouvait Timpératrice Elisabeth. Les conspirateurs faisaient partie de la suite qui accompagnait le monarque. On arrive sur les bords de la Reuss, vis-à-vis l'antique cité de Windisch ; Jean et ses complices traversèrent les premiers la rivière, Albert les suivit avec un seul ofûcier, le reste du cortège et Léopold son fils attendant sur l'autre rive. Comme il traversait lentement les campagnes situées au pied des monts que couronne le château de Hapsbourg, les conjurés se rapprochèrent de lui : « Jusqu'à quand laissece rons-nous chevaucher ce cadavre? » s'écria Rodolphe de Wart (3). Ce fut comme un signal, ilulassingen, domes-

(1) De quibus Tempkriorum elBonifiidi aegociis poterit Testra Sanctt* Us, inlerfan examinata plenius verîlate in condlio... féliciter ordinare. (Bp. Philippi, Preuves du différend, p. 290.)

(2) Balle : Dudum postquam, ap. Rayaald, ann. 4. (S) Quamditt istud cadaver equitare perroittemus?

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