‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 24 sur 44 · MORT DE L'EMP£R£UR ALBERT · texte numérisé non relu

MORT DE L'EMP£R£UR ALBERT

liqne de Rodolphe de Wart, saisit le cheval de Temperear

parles rênes, a Rend.^-juui mon héritage! » lui dit ^un ntiveu en le frappant à la gorge; Rodolphe de Wart lui enfonça son épëe dans le corps» el Ulric de Balm lui fendit] ia tête d'un coup de sabre. Les assassins s'enfuirent, et l'empereur, tombé de cheval, expira baigné dans son sang (4). Le meurtre d'Adolphe de Nassaw était vengé.

Celte mort tragique rendait TEmpire vacant; les ambitions s'y précipitèrent aussitôt. Celle de Philippe le Bel ne resta pas en retard. Ce prince mit sur les rangs des candidats son frère Charles de Valois. Déjà presque maître du Saint-Siège, il espérait obtenir la pourpre des empereurs, et réunir ainsi dans sa maison tous les genres de puissance. C'était là un beau rêve ! pour le réaliser, il lit recommander son frère aux électeurs d'Empire par ceux des cardinaux qui voulaient l'exaltation de la France, n'importe à quel prix. Nous avons une lettre du cardinal Raymond, datée de Poitiers, dans laquelle le comte de Valois est représenté à l'archevêque de Colognè comme le candidat le plus capable d'occuper la place du défunt empereur (2), Tout semblait favoriser les vœux de Philipi)e le Bel; les électeurs ne s'accordaient point, l'élection traînait en longueur, et le roi, au courant de toutes les intrigues, se préparait avec ses barons, ilans le secret de son conseil, à les tourner à sou prulil, en forçant le souverain pontife lui-même à appuyer le comte de Valois.

Heureusement les projets du Louvre transpirèrent, et Clément V en fut instruit ; il en mesura sur-le-champ les énormes conséquences. Qu'allaient devenir ia Papauté, l'Italie elle-même, s'ils s'accomplissaient? N'avait-on pas

(1) Albertus Augustinensis, ap. Undzium, 1. 1, p. 114.— Stravii Bar« caidi Corpus Historiœ germanic», t. î, p. 64S.

(2) Baluze, t. U, p. 119*

Uigmzeu by CjOO^Ic

212 HTSTOmE DE U PAPAUTÉ. LIV. HI.

déjà fait Yer aï tîes prétentions de Philippe? Que noserait'il pas lorsque sa puissance n'aurait plus de bornes, il s'en ouvrit au cardinal de Prnto. Celui-ci répondit que

le seul moyen c e prévenir ;e> r'e seins eu roi était de >ignider aux ("ecle^av. t'e iiAlcr I é)e' iioM un empereur, s'ils ne voulaient voir l'Ég^'-e et l'Empire tomber aux mains <^es Fr/^ne?^i> ; puis ii conseiiln ('c leur proposer pour candiuat ilenri de Luxembourg, noble cœur, vaillant chevalier, catholique sincère, auqtie! sûrement nul d*entre eux ne songer>it.

Clément V eiilra vivement d.in^ le iJée «lu canlinal. Le point difliciie était de les meitre à e :é -ulion, car le temps pressait, et outre ce] a ii falhit dérober aux yeux des amis que le roi de Fr-.uice avnit eans le Sacrii Co'lége les démarches qu'on allait îaire, IJ ailleurs, où trouver un messager assez sûr pour lui conOer une commission si délicate? Mais le cardinal de Prato avait le secret de Texécution comme la science (iii conseil. 11 enveloppa ses démarches d'un mystère si impénétrable, il choisit si hion son messager, que tout arriva ainsi que Clément V le souli.4i[.ul (l). Les archevêques de Mayence et de Trêves, . auxquels probablement le^ recommandations du pape avaient été adressées, gagnèrent deux autres électeurs, et le comte de Luxembourg fut éîu roi de:. Romains le ^7 novembre loOH il y :v; it ; éj i longtemps que Clément Y n'était plus à Poitiers, (jt^uct^ ju$hj., n' 9.)

En effet, la convocation d'un concile général ayant été résolue et amiuncée, touleN le ^ranaes afi'iire^ uevaient y être renvoyées. Les conterences turent donc rompues, et Clément V, vers la lin d août de i année 1308, put s'échap>

(1) Giovanni Vtllani, K VUI, g. ci. — S. Antonintis, t. III, lit. SI. c. i. — IKno Compagni, p. jiâ4.

(S) Alberilnus Mussatus, L l, rubr. tv«

VOYAGE DE CLEMENT V. m

per de Poitiers (1). Jusqu'alors 1p. cour pontilicaîc avait élé errante de Lyon à Bordeaux, et de Bordeaux à Poitiers. La tyrannie qu'on venait d éprouver dans cette dernière ville fil eniin ï^nllv au pii|;e \c be-oiîi (r;;voir une résidence fîxe, où !e j^^>uvoir np j^toiique put jouir de sa liberté d action* Clément Y aurait alors volontiers pris le chemin de Rome. Mais moins que jamais cette capitale du moixle chrétien offrait au cher de rE«îIise un asile indépendant et tranquille. Les factions de la noblesse y perpétuaient le désordre* Les choses en étaient au point que, en 1506, les Romains s'adressèrent à Milan pour obtenir un sénateur qui rétablît l'ordre dans l;i ville (2), On leur envoya Paganino délia Torre. Mais tout porte à croire que ce magistrat, désespérant du succès de sa mission, se relira avant la fin de sou temps, puisque th>u<^ {i'ou\ ons pour sénateurs, pentliint la dernière luuiUe (ie loOU, Gentile de Figli d Orso et Stefano Colonna (3). D'un autre côté, depuis la mort de Benoît Xf , la guerre avait de nouveau éclaté entre les Orsini et les Colonna, et, dans le monienl même, eus deux familles puissantes se préparaient à une bataille d'oiî les Orsini devaient sortir vaincus et presque détruits { 't). Le séjour à Rome était donc impossible. Le souverain pontife se décida enfin pour Avignon (5). A la vérité, celle ville était placée sous la domination de la maison d'Anjou; mais, grâce à l'esprit ' d'indépendance qui l'animait, elle avait depuis longtemps obligé ses maîtres à se contenter d'un pouvoir nominal.

(1) Baluze, l. I, \}. 15.

(2) Corio, Storia di Miluiio, pai*s il, p. 538. (5) Vitale, t. T, p. 210.

(4) Giovanni Villaiii, 1. Vlll, C. rxviï.

(oj Judicatum fait per papam cum collegio quod curia irausfcrretur Aveiiionem; cl hoc prouunciatum fuit ex orc summi ponlificis. (Baluze, t. I, p. 31.)

S14 BISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. Ul.

Et puis, elle était enclavée dans le Comtat-Vonaissin, que le Saint-^iége possédait depuis le traité conclu à Paris» le lâ avril. 12^8, entre Lonis IX, Raymond VII, comte de Toulouse, et le' cardinal de Saint-Ange. La cour romaine s*y trouverait donc h la fois chez elle, et dans une position rapprochée de l'Italie, avec laquelle il serait facile de correspondre, soit par terre, soit par mer.

Cette détermination une fois arrêtée, Clément V licencia sa cour (1), car les dépenses excessives occasionnées dans les voyages précédents par le nombre et la qualité des personnages qui composaient cette cour avaient provoi|iii des plaintes (2). Chacun prit la route qui lui convint. Quant à lui, ne conservant qu'une faible suite, il se dirigea vers Bordeaux. Il séjourna dans cette ville jusqu'au milieu de décembre, époque à laquelle il se mit en chemin pour Toulouse, en passant par Àgen. 11 célébra la féte de Noël dans la capitale du Languedoc, et y demeura jusqu'à rÉpiphanie (5). Ce jour-là même, il partit pour se rejiiire à Saint-Bertrand de Coniniinges, son premier évéché. Le 16 janvier, il y lit la translation du corps de saint Bertrand, un de ses prédécesseurs et son patron, le déposa dans une riche et précieuse chasse qu'il avait fait faire à ses dépens, et dont il lit présent à son ancienne cathédrale. Quatre cardinaux, deux archevêques, les évéques de Toulouse, 'd*Âlbi et de Maguelonne, trois autres

(1) Curia(|ue soluta est et cardinalium pluribus licenlialis. (Baluze, t. [, p. 13 et 31.)

(2) Doroinus venit Cluniaciim, ubi multa damna fecit.Siînilii* r apud Bituricas cl iSivernum fccit expnsas immodiratas. Undc Lcclisiae Franciaî plurimum sunl grnvalaî. (Baluz t. K y. A, cl ad notas, p. 581.)

(3) Il y a dans Guillaume Bardin d(s détails curieux sur la réception du pape dans la capitale du Languedoc ; mais l'autorité de ce chroniqueur est vivement attaquée par les auteurs de rHisloire du Lauguedoc. (Voyex t. IV, note 15.)

AVIGNON. 21 o

é?équ6s et cinq abbés» Tassisièrent dans cette touchante cérémonie. De Gomminges, le pape vint h SainUiaudiés,

puis au monastère de la Prouille. Il y arriva le 29 janvier (i).De là il continnn sa roule par Carcassonnc. Uarchevéque de Narbonne, Gilles Aycelin, le reçut et le défraya magnifiquement avec sa suite, le premier dimanche de carême, dans son château de Monlels, où il l'avait invité. Le 26 février, il était à Montpellier, d'où il alla à Narbonne; il s'y trouvait le 5 avril. 11 revint ensuite à Montpellier par Béziers; puis il passa à Nîmes, et arriva enfin à Avignon vers la fin d'avril 1309 (2).

En quittant les rives du Tibre pour celles du Rhône» la Papauté, on peut le dire, échangeait la splendeur contre l'obscurité. Qu'était-ce, en effet, qu'Avignon auprès de Rome? qu'était-ce que la cité la plus renommée du pays de France auprès de cette ville éternelle» à qui chaque siècle avait payé le tribut d'une grandeur? dé cette ville, deux fois la reine du monde, d'abord par la puissance de la victoire, ensuite par la suprématie de son siège épiscopal ; de cette ville où venaient se réunir tous les souvenirs de la gloire et de la religion? Ici, Rome impériale présentait à l'admiration des pciiplt\s ses nioiuiuients encore debout et mpreints de toute la magnificence des anciens maîtres des nations ; là, Rome chrétienne montrait à la piété des tidcles les tombeaux de ses deux grands apôtres, Pierre et Paul, ceux de ses innombrables martyrs, ses catacombes, ^core teintes de leur sang, et cette majestueuse suite de pontifes, aux pieds desquds s'inclinaient, depuis des siècles, les royautés de la terre.

Mais, si Avignon n'avait pas Timmorteile gloire de Rome,

{i) Marlenne cl Durand, CoUectio ampUssiiuavelerum Script., t. Il, p. Abb. (2)Qist. du Languedoc» t. lY, p. 144 et 145.

Uiyilizeu by LiOO^lC

elle possédait, à sou lour, ues iivanu ges dont Rome ne il plus depui ^^ que l art, en y '.ba adonnant à ellemême la nj ture ]ùa ; . ub:inie que beiîe, avait permis à la sîéri itù' (le y i .K, tiiic. 1: :e j..;uv.;il olïrir aux chefs de rÉgiise son ciel |ji e^(|ue italique, son air pur, ses sites pittoresques et accidentes, ses campagnes verdoyantes et semblables h une suite de délicieux jardins, son beau fleuve, et, plus que loul cela, le calme et la paix qu'ils chercliaient depuis si longtemps sans la trouver.

Toutefois, Avignon n était pas complètement privée d'illustrations, et il ne sera pas inutile h noire sujet de dire quelt^ue chose des événement- qui composent son histoire jusqu'au moment où elle devint à jamais célèbre par la possession du siège ipostolique. Si nul Itistorien n'a pu dire avec certitude d'oti vient à reile ville le nom d'Avîgnon» s'il est sim|;:emeni yrec, ou bien formé de deux mots celtiques, signiiicatifs de la physionomie des lieux où elle est bâtie ; si une égale obscurité enveloppe son origine, il est certain qu'eue ;([)|)iraît, à une antiquité reculée, comme le chef-iieu principal du pays des Cavares. Plus tard, elle le fut d'une colonie romaine (1), et obtint, sous ce titre, une importance politique et commerciale remarquable. Strabon ("2), en eiïet, Pline (3) et Poraponius Mêla (4) la citent comme la première et la plus opulente du pays des Cavares, bien qu'aucun de ces géographes ne nous ait laissé des détails propres à nous fniie connaître sa grandeur et sa richesse. 11 est probable qu'elle sut maintenir sa prospérité pendant tout le temps que l'Empire se soutint avec gloire* Hais, à l'époque de sa chute,

(1) Plolomct (l'^oijraph. J. II, c. x.

(2) Strnbonis G o,?r.-|)li.. 1. IV.

(5) Plinii Ilist. nul., 1. lit, c. [V.

(4) Poniponii Mêla Silu orhis, 1. II, c. v.

AVlGNûiN. 2i7

et au milieu des désastres qui sio^iialèrent cette période sanglante'. e!!(î C Ai riéc: s.îireiaent dc'croilrc comme toutes les autres \i:ies p^xées sar ic théâtre ties invasions barbares. Alors e-îc passa sous ia domination des Visigolhs; puis, siicbessiveirieiil . sons ccl !c (!('s I>'.ir'>x)ii>40s, des Ostrogolhs, des Frauks auslruNicns. Klic resta à ces derniers. Enfin, après avoir souffert les dévastations des musulmans, Avignon fut heureuse et tranquille sous le règne brillant des héros de la secundo race de nos rois. Lorsque, dans le milieu du neuvième siècle, le gigantesque empiré fondé par leur génie tomba en lambeaux entre les faibles mains qui le régiss:iienl, Avignon l'ut enclavée dans les domaines de Boson, beau-irère de Charles le Chauve, fon- (hteur de la monarchie méridionale, qui porta le nom de royaunic d'Ai'ies {■■),

En 1 ri % à ia suite de longs et violents débats, cette ville devint la propriété des comtes de Provence et de Toulouse, qui s'accordèrent à la posséder par indivis. Mais, avant cette époque même, Avignon prolessaii une indépendance qui lui donnait les allures d'une ville libre. Elle avait des podestats, des consuls, un sénat, la faculté de batti'C monnaie, une milice, en un mot, des institutions qui la rendaient semblable aux républiques de l ltalie (^), ' Et cette indépendance jouissait d'une consécration légale qu'Avignon tenait de F i'iii[)ercur Conrad le Saiique, héritier de r autorité des anciens rois d'Arles (•">), et que Frédéric reconnut et approuva en 1157 (4). Ce droit de

(I) LeUrcs historiques sur I<; Comtal-Veuaissiii, dans le t. LVUi des Mélanges de la bibliothèque de Lyon, p< 25 et 24.

(3) Joudou, Avignon, son histoire, ses papes, etc., inH2, Avignon, 1842, p. 38.

(5) LellTxiS historiques, p. 44 et 45.

(4) Joudou, p. 34.

66 gouverner par ses propres lois Ait peutrétre un des mo* tifs qui )>ortèrent les seigneurs de Provence et de Tou*

louse, Alphonse et Raymond, à tenir Avignon en commun. Mais il arriva de là qu'appartenant à deux maîtres elle ne fut réellement à personne* A part la suzeraineté, d'ailleurs purement nominale, des deux seigneurs, Avignon était une véritable république : aussi lui en a-t-on donné le nom.

Cet ordre de choses dura jusqu'au commencement du treizième siècle. C'est la période la plus glorieuse et la

plus llorissante d'Avignon. Mais alors cette ville, emportée par le fanatisme religieux qui agitait les provinces méridionales de la France, se mêla aux discordes que suscilaieiil les Albigeois, et se déclara pour ces derniers. Louis YIU vint fondre sur elle avec toutes les forces de son royaume. Trop faible pour résister, elle fut prise après troisr mois de siège et démantelée (1). Là finit sa prospérité. Elle passa ensuite sous In domination de Charles d'Aajou et des comtes de Poitiers. Ces princes tirent revivre sur ce iief les anciens droits des comtes de Provence et de Toulouse. «Mais en Tan 1290, moyoïnant certaines conventions, Philippe le Bel, mariant son frère Charles, comte de Valois, avec Marguerite, lille de Charles II, roi des Deux-Siciles et comte de Provence, céda tous les droits qu'il avait sur la ville d^Avignon, comme sucoé* dant aux anciens comtes de Toulouse; et ainsi la cité entière fut possédée par les comtes de Provence (^i).

Mais Avignon n'était plus que Tombre d'elle-même. Ruinée comme elle Tavait été par la guerre, l'espérance de recouvrer son ancien lustre ne lui semblait plus per-

(1) Voir les détails daus Fautooi, Istoria délia cilta d'Avigooiie,

2 vol.. t. I. 1. n.

(2) Joudou, p. 6o.

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