AVIGNON. SI
mise, lorsqu'au milieu de son abaissement se leva tout à coup pour elle une ère de gloire qui allait la placer au rang des cités les plus célèbres. Par Tarrivée de Clément V dans SCS murs, Avignon va devenir la seconde capitale du monde chrétien, le centre de tout le mouvement politique et religieux, le siège de la cour la plus magnifique de FEurope. Cet événement, qui devait opérer une révolution inouïe dans FÉglise, commença par changer totalement Texistence d'Avignon.
Si Ton en croît Pétrarque, il s'en faut bien qu'Avignon méritât l'honneur que lui fit le pape en venant y étaler les pompes de la cour romaine. 11 nous représente cette ville perchée sur le sommet d'une roche escarpée, limitée dans son enceinte, percée de rues étroites, sales, infectes et bordées de maisons basses et mal construites (1). c< C'est une cité, dit-il, petite et dégoûtante ; je n'encionnais « point de plus puante. Elle ne devrait tenir que le dera nier rang. Quelle honte de la voir devenir la capitale du « monde (2) I » Il y a un peu de mauvaise humeur dans cette peinture. Gâté par le spectacle des cités italiennes, qu'ornaient encore les restes de la grandeur romaine, et que le goût du luxe moderne avait déjà décorées, le poète ne voyait qu'avec dédain les rustiques constructions de notre cite gauloise, d'ailleurs dans un état de ruine. Mais, si Avignon mérita d'abord quelques-uns de ces reproches, elle ne tarda pas à les démentir. Son enceinte s'agrandit rapidement par le séjuui des papes; le concours prodigieux d'étrangers qui affluaient dans ses murs grossit sa population. ËUe descendit de la hauteur dans la plaine; des édifices nouveaux s'élevèrent, embellis par le luxe et le
(1) Petrarcluc Opéra, édil. Basil., iu-fol., p. 8o2.
(2) Id., p. mi.
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goût du lemps; des quartiars splen:!ides pour Fépoque furent consfraits en quelques années -, les Italiens y apportèrent ies t'il^i Ij coî:1' et ^rjik.;- (juV'^e allirail, la magnificence, les ulï'.ires, ie raouvement. Ce fut bientôt une des villes les plus riches, les plus grandes et les plus belles de 1 Europe.
Toutefois, cet accioissenient si rapide de grandeurs et de richesses ne s'effectua point, pour Avignon, sans quelque détriment de son état moral. C'était chose inévitable, avec les Ilots d'étrangers qui y débordaient de tous les pays (l)« Pétrarque se plaint encore avec amertume de la démoralisation dont la nouvelle résidence papale était le théâtre, 1! s'étonne que Ton ne trouvât ui loi, ni charité, ni religion, ni pudeur, d lus un lieu dont la présence du souverain pontife aurait dû faire un sanctuaire (2). Hais ce n'élail point la i'aiîlede la cour romaine.
Cette cour, en arrivant à Avignon, s'y trouva d'abord à Tétroit; toutmanquait pour une réception convenable. I/eSa* cré Collège fut obligé de se partager. Plusieurs cardinaux allèrent s'établir à Orange. Les armes qui paraissent encore sur quelques maisons de cette ville attestent le séjour qu'ils y firent (5). Plus tard, ces princes de l'Église se' créèrent une tlemeure plus rapprochée do la nouvelle capitale, en construisant de l'autre coté du Rhône, sur la terre de France, la cité à l'aspect si féodal de Villeneuve, qui leur doit peut-être son oriL;iiio, et sûrement l'importance dont elle a joui depuis celte époque (\), Pour Clément V, il alla prendre» au couvent des Frères Prêcheurs, le modeste loge-
(1) PotiarchtT Opéra. Incolaruiu coHuvie exuudaus. (Seuil., 1. X, ep. u.j
(3) Bnr'nvpî , DiLlionnnire historique . biogi'aphique 6t bibliographique du d^^parli iner.l de VaucîusG, in-8°, article Clément V
(4) Joudou» p. 472 el suiv.