‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 26 sur 44 · AVIGNON · texte numérisé non relu

AVIGNON

nient qu'on lui avait préparé,- il no lo quitta point tout le temps qu*il séioumn à Avignon (1). Rien n'indique que ce pontife ait jamais eu l'idée d'y élever le palais qu'on y voit 'OU rrHi ni. concention c vnni!' J'ox ion ^le ce projet api^ r c:â ù ^;:s .siJ.ca.-v.ou.'.s. T^iul poile rn^'ine à croire que les yne:> ce CIcrrîeiit Y n él:ienl point déiiniti«i vement arrêtées ;\ A' ignon. Lorsoîie, en ^T-lO, visitant le Conil;i1 VfMi •■'c;'-ni, ro ('vun..;r!e que 'o ; pontifes romains possédaient aepui pi»..: de qij ire- ingts rms s'\ns le connaître, la be ii(6 dos sites, la riches'^e des cani]' ignes, l'euroii! niclK-niv-. i' t '- yc: V.^ u \o ro'r. iîc. A peu r'e di=t;iice (.e ■ u'C' oi, y ^ vdil un mouuir.lère ; vec une église, appelée Notre i).;me-Liî-Groze:,u, îjppia tcncntà l'abbaye de S'\înt-Viclor deivhrsei'le. Ce monastère était alors dans le meilleur ét;;t, et sa f^ituation sur le haut d'une colline dominant une fraîche vallée, arrosée par la fontaine duGrozeau, qui a sa source à quelques pas du cloître, ofTrait, dur nt huit moi ; t!e 1 année, un (lélicieux séjour. Le pape y lit construire à la hâte un château dont il reste à peine quelques ruines, il aima depuis à s'ensevelir dans cette villa, y vivant quelquefois solitaire et éloigne rie la cour. C e: t liavo ce châîeau qu il ro^jUt Thommage nés contadins. Plu.7ieur;i bullen, ces nominations à c'es emplois el des réglementa r -minirti'îtif^, ?^ont iatés de ce lieu (2).

Le.> Aviguon -i ne : r Oi cnt p a ; à : apercevoir de l'éclat que i épandait .;ur leur cité 1 arrivée c. un hote tel que Clément V. Des Lpectucles nouveaux fr ppèrent bientôt leurs re^^ards. Chaque jour de ; prince , le< barons, accciu aient ian e leur cour au souverain pontife et déployaient la pompe

ii) Baliize, 1. 1, \\ Vi.

(2) llisl. du ConitaL-VenaUsin et de la ville d'Avignon, ms. de Fornéry, Bibliothèque Garpentras , l. V, p. 365 et 364. — Barjavei , article Clément V

S22 HISTOIRE DE LA PAPAUTÉ, LtV. Itl.

de leurs cortèges. Robert, (ils de Charles If, dit le Boiteux, roi de Naples et comte de Provence, devenu, jiar la mort de son père, héritier de sa dignité et de sa puissance, vint à Avignon recevoir, en qualité de vassal du Saint-Siège, rinvesliture de ses États. Clément V le couronna roi le premier dimanche d'août 4509, et Robert étala, dans cette auguste cérémonie, toutes les splendeurs de la royauté (1). Ouelques jours auparavanU le 26 juillet, il avait soleuneileiiient couiirtné au nouveau roi des Romains, Henri de Luxembourg, son élection, dont une brillante ambassade était venue lui apporter le décret (2). Clément n'avait point eu de peine à reconnaître un empereur qui était sa créature; néanmoins il mit à cette faveur la condition expresse, pour Henri, de ne point retarder au delà de deux ans d'aller recevoir à Rome la couronne irapériale. Peut-être espérait-il qu'un voyage de l'empereur au travers de Tltalie mettrait fin aux troubles qui agitaient cette péninsule (5). 11 avait alors en vue de réprimer ceux de Rome, car, au mois do février de l'année 1310, il envoya dans celle capitale Guillaume de Saint-Marcel, son pénitencier, avec la mission de ramener, par de paternelles exhortations, les nobles à la concorde (4) ; et, cette mission n'ayant point obtenu son effet, il nuuiiua avant la lin de l'année, pour sénateur, Louis de Savoie à la place de Fortebraccio, deTigli d'Orso, et de Riccardo degli Annibaldi, qui occupaient cette charge (5), et dont Tautorité était à peu près nulle.

Clément V semblait avoir retrouvé dans Avignon, avec

(1) Buluzc ViU-p. t. I, p. 70 et 10-i.

(2) Slruvii BurcarJi, Corpus llisl. germanica'. t. 1. p. 648.

(3) Ad molus Italia; compcsceiido^. (Conrad Vicerins. p. 07.)

(4) Wading, Annales Minorum, t. VI, an». 1510, n"" 10 et 11.

(5) ViUile, t. I, p. 213.

laiPOATUNiTÉS DE PfllUPPfi LE BEL. 82S

le repos, quelque chose de ce cliarme qui s'était répandu avec tant d'enchantement sur les premiers jours de son élévation au trône pontifical. Il ne jouit pas longtemps de ee bienfait de sa nouvdie position. Philippe le Bel semblait avoir juré de ne pas laisser au poulife un seul instant de paix. Toujours implacable et impatient de se venger de Boniface VIII, il vint rappeler au pontife la promesse qu'il lui avait faite à Poitiers; se plaignit que les informations s'opéraient avec lenteur; que l'ouverture des débats, fixée au 2 février de Tannée 1509, n'avait point eu lieu, et exigea qu'un nouveau terme fût assigné aux procé* dures f 1 ) .

Ici, cet acharnement à poursuivre en tonte occasion un pape depuis longtemps descendu dans la tombe serait inexplicable si l'on supposait à Philippe le Bel, pour motif uni' que de cet acharnement, la haine personnelle. Il y avait autre chose. Dans la lutte mémorable de ce monarque contre Boniface YIII, les principes avaient plus combattu que les personnes. C'était le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel qui étaient descendus dans l'arène ; le premier, pour maintenir sa suzeraineté; le second, pour s'en affranchir. La mort du souverain pontife n'avait donc point terminé la querelle, et les pouvoirs étaient toujours debout et en présence. A la vérité, Philippe le Bel avait remporté, à Anagni, une victoire qui, dans un conflit politique, aurait décidé en sa faveur. Mais ce n'était point d'un conflit politique, c'était d'une guerre de droit qu'il s'agissait, et le roi savait que, dans une lutte semblable, le triomphe bru- , tal de la force est moins un succès qu'une défaite. Voilà pourquoi il exigeait que la mémoire de Boniface fût flétrie,

(1) Bulles Excellentiie tan et Redemptor noster, Preuves du dilTéreiMl, p. m et S$$. — Baluae, 1. 1, p. 71

Uigmzeu by CjOO^Ic

224 HISTOIRE DE LÀ PAPAUTE, LIV. \ll

par la sentence «le l Eglise elle-même, comme hérétique. Il voulait un triomphe ]é<Tal, certain qu'en l'obtenant il dépouillerait In Papauté de ce prestige qui était un des appî'is He ?^uprém lie temporelle. D'în*}leiirs, h condc n r ijn Je i>ù lii'ce V-r l'i ' [ Linii^ue iRoyea qui lui restât de légitin^r t li^^vMi ihwÀ l importun «rouvenir agitait sa con'îcier.ce, et que i-:". ju-^tice du lemp?^ dey^iit venger tôt ou : iir s; ii OT^'^^^e.

Clément V Sii^ail t • n ce-:: s^^ns doute, mais il netail pas en f^on pouvoir d éviter les procédures demandées par le roi. [lit au moi rie sfi-leiiinre 1 ' 0 au'il ; e décida à publier la buiie qui devi.ii. f ■ coûter à son cxu.r. Après y avoir rappelé toutes \e^, ?ollic:t tiens que Philippe le Bd lui avrft î^dre^ée ■ diver e^ é] que -, soit à Lyon, soit à Poitier. , de procéder cor. ire Bcniiace Vill, prévenu du crime d'hérésie, il déclarait qu il était enfin résolu de fixer au premier jour juridique, second dimanche de carême de Tannée 13!0, l'audience solennelle où les accusateurs devraient s'expliquer; pon qu'il crût Boniface VIII entaché du crime précité, lui issu de parents orthodoxes, né dans un pays catholiq'ic, élevé au milieu de la cour romaine et à l'ombre du Saini-Siége apostolique, maie parce que, le crime d hérésie étant de tous le plus grave, le plu^. odieux qui puî • e rouiller T homme, il devenait urgent d eu décnarger la mém- i- e d'un pape (i). Ainsi, Clément Y déguirait sous la nécer ité de repousser une odieuse calomnie la contrainte réelle à laquelle il cédait. Le tour éoût hr'hile, io, i il ne l-'' ' it pas que de trahir les répugnances et les anxiété s pontiticales.

La destinée de Clément V avait cela de singulier, que quelque chose d'heureux .se mêlait toujours à ;-.es épreuves,

(i) Bulle : Redemptor noster, Preuves du différend, p. 368.

ACQUISITION DE FERRARB. 225

Dans le temps que la tyrannie de Philippe le Bel mortifiait

en France boii auLoi ilc, en Italie, au contraire, des événements, qui d'abord l'avaient compromise, Unissaient, pour die, de la manière la plu& glorieuse. L'intelligence des faits exige que nous reprenions les choses de plus haut. Le marquis de Fcrrare, Azzo VIII, était morl pendant 1 année 1507, laissant héritier de ses États un fils naturel nommé Frisco, au préjudice des membres légitimes de sa famille, et notamment de Francesco, son frère, seigneur de Reggio. Avec Taide des Bolonais, Frisco se mil d'abord en possession de Ferrare, malgré l'opposition des habitants, humiliés de devenir les sujets d'un })nnce adultérin. Mais, en même lemps, le marquis Francesco s'emparait d'Esté, de Rovigo et d'autres villes. C'était une guerre de succession qui commençait, et l'on ne sait trop quelle en aurait été l'issue, car les forces des deux prétendants étaient à peu près égales. Tous deux le sentaient et cherchaient des appuis étrangers. En cela, Francesco fui le plus heureux. Il se ressouvint que le Saint-Siège avait des droits anciens de suzeraineté sur la ville et le marquisat de Ferrare, et il pensa que tout serait gagné pour sa cause s'il [)arveiiaii à y intéresser le pape. Dans celle intention, Francesco passa les monts. Clément V résidait à Poitiers ; il y courut. Là, après avoir rappelé au souverain pontife ses droits incontestables sur la ville et le marquisat de Ferrare, il le supplia de joindre ses ellorts aux siens pour arracher ces fiefs des mains de Frisco. Clément T accueillit avec joie la proposition de Francesco, et envoya sur-Ie-chanip des commissaires avec un corps de troupes pour revendiquer sa propriété. Les Ferrarais n'en eurent pas plutôt reçu la nouvelle qu'ils se soulevèrent contre 1 1 isco et l'expulsèrent de leurs murs. Celui-ci, obligé de céder à l'orage, el trop iaible pour lutter contre le pape

HISTOlilB DB LA PAPAUTB, LIV. 111.

el Franceseo réunie, traverse les Lagunes et va offrir k Veake h souymûneté de ses États, nuyeimant nm icdô-

VfUicc. L'offre est acceptée pnr le Sénat et ratifiée par un traité. Peui-ètre une pareille transaction avait-elle été soi» licitëe SOHS main; car V^ise, depuis que son paviUon régnait dans FAdrialique, jetait d'ambitieux regards sur la Péninsule, à laquelle sa politique était encore étrangère ei où elle brûlait de poser le pied (4).

Évidemment, tes droits de TÉglise romaini^ élaient violés. Clément V ci ut devoir les soutenir avec énergie, et il expédia d'abord aux Ferrarais une bulle où il leur représentaît Yiyement le dango* de recourir à une protection étrangère, et la nécessité pour eux de remettre au plus tôt leurs intérêts entre les mains de TÉglise, seule capable de garantir leur liberté et de ramener au miKea d'eux la paix et la prospérité ("2) . Deux intemonces apos* loiiques suivirent de près rexpéduion de cette bulle. C'étaient Arnaud, abbé de Tulle, et Onupbre, doyen de l'église de Meaux. Leur mission était de recevoir robéissanee des Ferrarais à l'Église romaine, de dissowlre toute as.^o ciation contraire au bien publie, de repousser tout joug étranger, et de briser toute tyrannie qui aurait pris la place de l'autorité légitime de l'Église.

Les habitants de Ferrare accueillireat avec joie les envoyés pontificaux, prêtèrent, entre leurs mains, sermem de fi^lélicé au Sainl-Siége apostolique, leur remirent les ciels de la ville, voulurent qu ils nommassent eux-mêmes les magistrats, que la justice fàt rendue au nom de !'£glis^, en6» que ses garnisons occupassent leurs forteFessee.

(1) Diiio i ùuipagni, Cronaca, t. IX, 1. 111, p. 530. — Historia Cortusiorum, 1 t. XI . 1 î< c. IX et 3t. — Chrouicon Esteuse, t. XV, p. 3()5.. — GroQa<^ di Bologna, t. XVIII, p. 3ia, 516 et 548.

(2) Raynaid, cim. 1307, n" 14.

ÂCUUISITION DE FËRRÀRE. 227

Les Vénitiens contemplaient avec surprise cette révolution, qui leur enlevait un si beau domaine. Placés alors ^tre le sacriûce de leurs ambitieuses prétentions et une guerre avec FÉglise, ils optèrent pour la guerre, et en firent les préparcilifs. Le bruit en arriva aux oreilles des internonces, qui écrivirent au doge et au Sénat une lettre pleine de modération, dans laquelle ils priaient la République de ne point troubler TÉglise romaine dans sa légitime possession. Cette lettre n ayant produit aucun effet, Tabbé de. Tulle passa lui-même à Venise pour essayer si des représentations, faites de vive voix, auraient plus de succès; maisjes chefs de la République avaient soulevé contre le Saint-Siège les passions de la multitude. L'envoyé pontiflcal est accueilli par une violente émeute : sa personne, on Toutrage; sa vie même est menacée, et, bien loin de tenir compte de ses réclamations, le Sénat ordonne aux milices de la République, sous les ordres de Superanzio, de marcher sur Ferrare, muni d'un équipage de siège. On n'était nullement préparé, dans cette ville, à une attaque si brusque. Aussi les Vénitiens se rendirentrils maîtres, presque sans coup férir, de la forteresse de Thébaldo, du faubourg de la ville, du putit qui uiuL les deux rives du Pô et du château qui les commande (1).

Cette agression complétait les insolences de la République. Toutefois le pape, auquel la rumeur publique l'apprit bientôt, no désespéra point de ramener le Sénat au sentiment de réquité. il écrivit à ses nonces de tenter encore 1» voie des avertissements, déclarant que, si on restituait Ferrare, il était prêt à oublier le passé. Mais il leur ordonnait en même temps de fulminer les coisures ecclésiastiques si, le terme de dix jours expiré^ la République n'a-

(1) RaynaM, ann. 1S0B, n*" 15.

vait point fait droit aux justes réclamations du Sain^

Siège (1). Les Vénitiens ne laissèrent pas à ce dernier monitoirele temps d'arriver jusqu'à eux. Poursuivant rapidement ce qu'ils avaient commencé» ils s'emparèrent du reste de Ferrare, Toccupèrent militairement, Torganisèrent comme une de leurs possessions. Poussés à bout, les internonces s'armèrent alors du glaive apostolique remis entre leurs mains, frappèrent d'anathème à la fois le doge, le Sénat, les exécuteurs de leurs ordres, et jetèrent l'interdit sur les terres de la République (2).

C'était le moment où Clément V arrivait à Avignon. Il y trouva celle nouvelle, (j[ui l'in ila «m dernier point. Non content de confirmer les censures fuluiinécs par ses nonces, il voulut y ajouter la menace de châtiments plus grands encore* si les Vénitiens persistaient dans leur injustice. On lit, dans les registres pontiiicaux, la bulle qu'il publia dans cette occasion; elle est datée du Jeudi Saint 1509. Clément Y,' après avoir montré dans une sorte de préambiiio r[ue les Vénitiens, en s'empàrant de Ferrare, avaient violé les droits sacrés du SaintrSiége apostolique établis de temps immémorial sur cette ville, et fait un oulrage sanglant à l'Eglise romaine, déclare que, si à un temps fixé les Vénitiens ne se sont pas mis en devoir de mériter leur pardon, il déposera leur doge de sa di^ gnité, livrera leurs biens à la confiscation, et armera cou* tre eux la vengeance de tous les pnnces chrétiens (3).

La publication de cette bulle fulminante produisit cependant quelque impression sur les chefs de la République, et des députés eurent ordre de se rendre à Avignon pour justifier, devant le pontife, la conduite de leur gou-

(1) Raynald, ann. 1308, nM6.

(2) Id., ibid.

(S)ld.,i]in.150ll. n<*6.

AGQOISmOTV M FERRARE. m

vernemcnt. Mais, comme ils n'avaient aucun pouvoir de traiter. Clément V les chassa de sa présence sans vouloir les entendre, et déclara les chefs de la République contumaces (1). En conséquence, mettant à exécution les menaces contenues dans sa dernière bulle, il écrivit aux princes chrétiens que les Vénitiens s'étant faits les ennemis de l'Église, ils devaient les regarder comme leurs propres ennemis, leur courir sus, les emprisonner et confisquer leurs biens. Le résultat, pour la République, de cette mise au ban des nations fut, en plusieurs endroits, la ruine de son commerce (2).

Cependant, avant tout, il s'agissait de reprendre Fer* rare. Clément Y, jugeant à cet effet l'autorité d'un légat nécessaire, en revêtit Arnaud dt^ Pélagrue , cardinal de Sainte-Marie in Porticu, son neveu, homme de téte et de cœur. Ce prélat partit aussitôt d'Avignon, et arriva, dans le mois de juin, à Bologne. Il n'amenait avec lui aucune troupe, mais il avait Tordre de publier une croisade qui devait offrir à ceux qui y prendraient part les mêmes avantages spirituels que les croisades contre les infidèles. Ce moyen lui procura, en peu de temps, une foule de hardis aventuriers qui accoururent de la Lombardie, de la Marche, de Vérone, de la Romagne et de la Toscane. Florenre, Bologne, le marquis Francesco, y joignirent leurs contmgcnts (5), et le légat se trouva en état d'attaquer ses ennemis. L'armée pontificale vint se poster à Francolino, où Francesco fit construire un porit destiné à le rendre maill e des deux rives du Pô. Les Vénitiens, qui avaient sur ce fleuve un grand nombre de galères armées, et autour deFerrare des forces de terre imposantes, assaillirent

(1) Baluze, 1. 1, p. 32.

(2) Raynald, ann. 1309, n^T.

(5) Muratori, Annal. d'Italia, ann. 4309.

250 mmm dë la papauté, uv. m.

le pont à la fois par eau et par terre. Cette double attaque

échoua. L'armée de la République, vigoureusemeut aocueillie, fut baltue : une partie fut culbutée dans le Pd, rautre partie taillée en pièces ; le reste cbercha son salut dans une fuite précipitée. Celte grande victoire lut remportée le t28 août 1309 (1). La prise de Ferrare, du chàteau de Thébaldo et l'occupation de tout le territoire ferrarais en furent la conséquence (2).

L'Italie entière applaudit à ce succès des armes pontificales. Elle vit avec joie l'ambitieuse Venise refoulée dans ses lagunes, et, lorsque le cardinal de Pélagrue se présenta à Florence, il y fut reçu en Iriomphe. Le peuple se porta à sa rencontre, toutes les pompes religieuses et militaires furent déployées, et la République lui fit un présent de 2,000 florins d'or. Les Florentins s'étaient parliciilièrement distingués à la bataille de Francoiino ; cette circonstance ajoutant plus de prix encore à leurs bommages, le légat les releva solenndlement des censures dont les avait frappes le cardinal Napoléon des Orsini (3). U accKuréa la même faveur aux Bolonais. Ainsi se termina cette longue et funeste querelle du Saint-Siège avec les deux républiques de Florence et de Bologne. Née de l'explosion des factions blanche et noire, longtemps maibeureuse pour l'autorité pontificale, elle finit à son avantage. Ces succès relevèrent un peu le courage de Clément V.

11 en avait besoin, car les procédures touchant la mémoire de Boniface VUI allaient commencer. En effet, pour obéir à la citation publiée le 25 septembre à Avignon, dans laquelle les accusateurs de BouUace VIU étaient som-

(1) Gronaca di Bologna, p. SH9 et 390.

(2) Baluze, 1. 1, p. 60.

(SQ Gronaca di Dîno Gompagni, L III, p. 890. —Giovanni Yiilani, I.YIU,

c. GT.

PROCÉDURES COISTUL BONIFACE Vill. 231

més de eûtii|Miraître devant Sa Saintèté, pour y élre écoutés dans leuts dires et réquisitions, Guillaume de Nogaret, Guillaume Plasian, Pierre Gakrd , Pierre de filanase et Alain ûé Lambale» ambassadeurs du roi, arritèrent à âyîgnon» D'un autre côté, Jacopode Mutina» Francesco, fils de Pietro Gael.uii, Theobaldo, seigneur de Venozoni, chevalier d'Anagni, Crcsccnzio de Pagliano, Biaise de Piperno, Conrad de Spoleto, Jacopo de Sermineto, Thomasio de Miirro, Gozio di Arimini, lialdrcd Bizelh, chanoine de Glascovv, rsicolas de Yerulis, et Fernand» chapelain du cardinal de Sainte-Sabine, chargés de soutenir la défense^ s'y trouvèrent aussi. Un accident grave survenu à Rinaldo de Supino r empêcha d'y être présent.

Les débats s'ouvrirent le 16 mars 1310, au milieu d'un grand consistoire que le pape avait convoqué pour donner plus de solennité a T audience qu'il accordait aux deux * partis* (hi y fit lecture de la citation; après quoi Guillaume de Nogaret prononça un long discours justificatif des intentions du ix)i dans cette affaire. Les défenseurs, par l'organe de Jacopo de Mutina et de Baldred Bizeth, se contcntëratit de protester qu'ils n'entreprendraient la défense de BonifaceYIIl qu'autant que les accusateurs auraient le droit de poursuivre, et le tribunal celui de juger la mémoire de ce pontife. Clément V, prévoyant à ce début que les débats seraient longs et compliqués, nomma Bérenger, évêque de Tusêuluin, etÉtienne, cardinal du titre de Saint- Cyriaque in Termis, pour recueillir les actes qui contiendraient les raisons des parties, et les ajourna au âO mars (1).

Cejourdà, les accusateurs communiquèrent aux deux cardinaux commissaires la requête que Nogaret avait présentée au roi le 12 mars 1302, pour demander la eonvo*

(1) Preuves du différend, p. 368, 370 et 371 .

252 HISTOIBE DE LÂ PAPAUTÉ, UV. III.

cation iVwn concile générai (4), les actes d appel à ce concile et les diverses procédures faites à Paris contre Boniface,

du vivant même de ce pontife (2). Ils se plaignirent ensuite de la teneur aussi bien que de la uotiiicâliou. de l'acte qui les citait à comparaître, comme peu conforme au droit; déclarèrent qu*ils le rejetaient (3), récusèrent de plus huit cardinaux soupçonnés, par eux, d'être trop favorables à Boniface , et demandèrent leur exclusion du consistoire (4), Dans la séance suivante, le 27 mars, ils requirent une pareille exclusion pour Baldred Bîzeth et quelques autres des défenseurs, sou:^ pi étexte que ces personnages leur étaient inconnus et avaient peu d'intérêt dans Taffaire (5). Mais Baldred Bizeth, prenant la parole au nom de ses collègues, récusa à son tour Guillaume de Nogaret et ceux qui se portaient pour accusateurs avec lui (6).

Ces questions préjudicielles furent le sujet presque unî- (pie des débats jusqu'au 13 mai. Ce jour-là, le pape les résolut en disant que ceux-là seuls devaient être admis au nombre des accusateurs et des défenseurs de Boniface Yill qui auraient donné, par écrit, des motife raisonnables,

(1) Voir i la page 56 des Preuves du différend.

(2) Id., p. S72.

(5) Baillet (p. 286), relatant cette plainte des accusateurs contre racte de citation ^ attribue cet acte à Boniface VUI. Pour prouver Terreur de Baillet, il suffirait de dire que Boniface VIIl n*a jamais publié d'acte pareil; maïs les accusateurs, dans leurs récriminations, désigoent, à n*en pouvoir douter, Tacte comme Vœuvre de Clément V, quand ils disent \ N«e Sa/MUtm Vettra, ta\m «esiri tewttnHia, eUgere deèuU tam in^urUmm tamqve perieuUuwn moâMsn eitandi tti tmta eauua fidei *. Évidemment Baillet n*a pas lu les procédures.

(4)Id., p. 379 et seq.

(o) Id., p. 388.

(6) Id., p. 389.

* Id., p. 376.

PaOGÉDUiŒS CONTRE BÛlilFACË VilU , 235

légitimes et canoniques, de se porter pour tels, el qu'on ne devait en exclure que ceux contre lesquels on aurait donné, par écrit, des motifs raisonnables, légitimes et canoniques d'exclusion (I); ce qui était mettre les deux partis d'accord, en leur refusant également ce qu'ils demandaient. Comme il n'est plus fait mention des plaintes des accusateurs sur Tact^ de citation, ainsi que de la récusation des huit cardinaux, il est permis de croire que GeuxHïi s'étaient désistes sur ces deux points.

Les séances ne furent, reprises que le 3 août ; alors on en Tint à la discussion. Les accusateurs s'efforcèrent d'établir la vérité des nombreux griefs dont ils chargeaient la mémoire deBoniface Vïll. Plusieurs étaient inouïs, incroyables, et se réfutaient d'eux-mAmes (2). De leur côté, les défenseurs ne laissèrent' aucune inculpation sans réponse, et développèl'ent amplement leurs moyens. Selon eux, le tribunal et les accusateurs, dans cette affaire, étaient également incompétents : le tribunal d'abord» parce que le pape ne pouvait être jugé par aucun de ses frères lorsqu'il était accusé d'hérésie ; l'Ëglise universelle seule, représentée par le concile général, avait le droit de connaître d'une pareille charge; les accusateurs ensuite, parce qu'ils- étaient les ennemis les plus acharnés de Boniiace VUI, et ceux même que ron avait vus fiprurer dans le sacrilège attentat d'Anagai. Ces raisons étaient pleines de force. Mais, quand les défenseurs abordèrent la catastrophe d'Joiagni, quand ils peignirent, avec le ton de l'indignation et de la douleur, les outrages, les violences auxquels fioniface s'était trouvé en butte pendant trois jours, les scènes d'horreur dont le palais pontifical avait

(1) freuves du différend, p. 410.

(2) Id., passim.

été le théâtre, le vol du trésor de l'Église romaine, l'accusation disparut tout entière dans rimmense forfait des isie* cusaleurs (l).

Contre de tels arguments, toute réplique devait cire faible. Hais les défenseurs de fionifaôe avaient à lutter contre des adversaires peu faciles à décourager, et qui comptaient sur d'autres moyens pour gagner leur procès. Il fallait répondre pourtant, et ils le firent avec un artifice contre lequel la défense n'avait point songé à se prémunir. Ils déplacèrent la question, incidentèrcnt sur quelques pièces suspectes d'altération ou de fausseté, et obligèrent ainsi les opposants à se défendre sur des poiats accessoires et de peu d'importance. 11 s'ensuivit, de l'emploi de cette tactique fallacieuse, ce qui devait arriver des procédures traînèrent en longueur. A force d'allégations d de réponses, les deux partis ne s'entendirent plus, et un an après l'ouverture des procédures l'affaire était moins avancée que le premier jour.

Dans le fond, cette confusion servait mieut Clémelit Y qu'une discussion lumineuse. D.ins le cas d'un trioniplie trop complet de la part des défenseurs, il aurait été obligé de prononcer l'absolution de Boniface VIIL fit quels dau> gers ne l'attendaient pas là. L'impossibilité où se trouvaient les deux partis d'établir clairement leurs aflirmations ou leurs négations légitimait, par Tinoertitude qu'elle faisait naître, la détermination qu'il avait prise de s'abstenir. H sut habilement en profiter pour tenter la voie d une médiation. 11 avait déjà écrit, le 23 mai 1510, à Charles de Valois, de supplier le roi, son frère, pour qu'il remit définitivement la solution de son démêlé au jugement de l'Église, vu les dangers qui se présentaient dans la poursuite de

(1) Preuves du diliéreiidi p. 5iô et seq.

PROGÊDUAËS CONTRE 60NIFÂGE VIU. 23ë

celte affaire (l). Il trouva alors le moyen d'intéresser à la cause de T Eglise quelques autres grands barons du royaume. Tous ensemble apnt réuni leurs instances au« près du roi, celui-ci se laissa enfin fléchir (2), et, au mois de février 1311 , il donna, à Fontainebleau, des lettres patentes par lesquelles il acquiesçait d'avance, et sans retour, à la décision du pape dans raffaire de son démêlé, soit qu'il la prononçât lui-même, soit quilla formulât par l'organe du concile général (">) qui était sur le point de se réunira Vienne. En effet, tout s'ébranlait pour cette sainte assemblée, et, des points opposés de la chrétienté, les évêques se dirigeaient vers la métropole du Dauphiné.

(1) Preuves du diftérend, p. 290 et seq.

i%) Hist. du diff(Tend, p. 58.

(S) M., lettre de Philippe le Bel, p. 299.

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