‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 29 sur 44 · PROCES DES TEMPLIERS · texte numérisé non relu

PROCES DES TEMPLIERS

prison d'État du diocèse de Toulouse. Il y rencontra un

Templier que ses crimes y avaient conduit. Ces deux misérables, ne comptant plus vivre longtemps, se iirent réciproquement leur confession. Or, le Templier révéla à son compagnon d'infortune que, lors de son entrée en religion, il s* était souillé d'un grand nombre d'erreurs concernant Dieu, le salut de son âme et la foi catholique ; erreurs qu'il avait renouvelées à plusieurs reprises depuis sa profession. Puis il raconta ces erreurs dans leur ordre et détail. Ces aveux, qui chargeaient une congrégation pour laquelle Taversion du roi s'était fait connaître, parurent comme une bonne fortune à Squin, et il résolut d'en profiter pour obtenir sa mise en liberté*

Le lendemain, il fit avertir le commandant d'un autre fort royal de se reiKli e dans la prison, et lui déclara que, si on voulait le mener au roi de France, il ferait des révélations d'une importance telle, qu'elles équivaudraient pour ce monarque à l'acquisition d'un royaume. Toute tentative pour obliger le prisonnier à mettre une autre personne que le roi dans la confidence du secret qu'il an-* nonçait fut inutile. L'officier en éi^'ivit donc à Philippe le Bel, qui donna sur-le-champ Tordre de lui envoyer Squin sous bonne garde. La vie et la liberté devaient être la récompense de ses révélations, si elles étaient conformes à la vérité Squin arriva devant le roi, et lui raconta toutes les abominations qu'il avait recueillies de la bouche de son compagnon (>!).

Si prévenu qu'il fùL contre Tordre du Temple, Philippe le Bel eut d'abord peine à croire à la déposition de Squin ; mais elle servait trop bien son ressentiment pour qu'il ne résolût pas de l'approfondir. Il fit aussitôt saisir quel»

(I) Baline, 1. 1, p. 99 et 100.

m iliiiTOIRE DE U PAPAUTE, LIV. IV.

ques che?alier8 suspects, et donna ordre de les confronter

avec Squiii (1). A la <3:rande surprise du roi, les dépositions de ces prisonniers offrirent une affreuse conCormité avec ies révélations de Squin. li ne douta plus alors que Tordre entiLi du Temple ne fût livré à une corruption secrète et inouïe, et il résolut de travailler activement à son abolition.

Tout porte à croire que ces faits étaient accomplis avant la fin de l'année 1505. Dès ce moment, les Templiers durent trembler pour Tavenir. Cependant, pour arriver k leur destruction, il y avait plus d'un obstacle à surmonter. La condition même des Templiers en était un grand. Ces chevaliers, par leurs vœux, leur constitution, aj^r* tenaient à la religion, étaient affranchis de la juridiction laïque, et ne relevaient que de l'Église. Pour les attaquer, le concours du souverain pontife devenait nécessaire, et la difficulté était de l'obtenir. Les premières ouvertures que Philippe le Bel en fit à Clément Y, par ses officiers, avant son couronnement, et par lui-même, à Lyon, lors de ce couronnement, ne lui donnèrent pas de grandes espérances. Ce pape ne put ajouter foi aux accusations inouïes dont on chargeait les Templiers. Il les rejeta dV

(1) Villani donne aux personnages qui ravéïèreat au rot les crimes des Templiers les nonu de Prieur de Honlfaucon , dans le Toulousain, et de Noffodei. Mais, d'un cdté, on prouve que ce Prieur de Hontfiiucon n'est qu'un personnage supposé, vu qu'il n'y a dans le Toulousain aucun endroit ni commanderîe du nom de Montlaucon; d'un autre côlé, il n'est pas sAr que NoCTodei ait été Templier : en aorte que le rédt de Villani n'est que d'une fiiible valeur historique. Je n'y vois qu'une corruption de celui qu'on lit dans Baluze. Mats on dit que la révélation de Squin n'eut lieu qu'après l'entrevue de Poitiers, et qu'ainsi elle ne put être la cause des poursuites contre les Templiers. Je répondrai à cette difficulté par le texte même de l'auteur, qui dit, sans fixer aucune date : Tmpore hujus CImmUt papm eùnH^U, Je ne vois donc aucun inconvénient à placer le hïi de Squin au commencement du pontificat de Clément V.

PROCÈS DES TEMPUEBS. m

bord comme d'atroces calomnies, et ne songea point à y

donner suite. En 1307, à Poitiers, les ambassadeurs du roi remirent cette aiTaire sur le tapis ; même incrédulité . de la part du pape, et même indifférence pour s'en occuper (4). Seulement, il écrivit au roi qu un certain iiombro de clievalioi s ayant manifesté le désir de purger les odieuses accusations qu'on imputait à leur ordre, il allait ordonner une enquête juridique, et le priait même de lui envoyer les preuves qu'il avait déyd recueillies. En effet, dès le mois d'avril 1307, le grand maître Jacques Molay, et, avec lui, Rimbaud de Garon, précepteur d'outre-' mer, Geoffroy de Gonneville, précepteur de Poitou et d'Aquitaine, Hugues Peyraud, précepteur de France, s'étaient rendus à Poitiers pour se justiûer et solliciter une enquête solennelle (2). Puis, comme si les explications de ces cbevaliers l'eussent pleinement satisfait, Clément V en était resté là.

Uhorreur et T invraisemblance des inculpations soulevées contre les Templiers expliquent l'incrédulité de Clé-

(I) Dndam, circa nostrœ promolionis ad apicem sumnii pontificatits initium, etiam antequam Lngdunum, ubi recepimug nostr® coronationis in* aigoia, TeiiiasemQs; et post tam iln quarn aÛti, sécréta quoraïudam nobis insinuatio intimavtt quod... sed quia non erat Yerisimile, nec cradibîle TÎdebatar... anrem nolnimus inclîuare. (Bulle : Regnans in cœlis, Dupay, p. 244.)

(3) A roemoria tua non credimus eicidisse quod Lugdanis et PiotaTia de ikcto Templariorom tam per le quam per luos pluries loctttus fuisti. Et Ucet ad credendam qus tum dicebantur cum quasi incredibilia et imposai* bilia vîderentur, nosiram animum m potuerimus applicare... quia vero magîster militiœ Templi ac mnUi pneeeptores a nobis, nednm semel sed pluries cum magna inatantia petienmt quod nos snper illis vellemiis inquirere verilatem, ad magistrî et Templariorum instantiam diligentis iaquisillonis indagium tnfra paucos dies proposnimus inclioure. (Epist. Gle- ' meutia ad Pbilippiim Polcbrum. (Âp. Baloae, t U, p. 75.)— ftaynouard, p. 1$. — Dapuy, Bist. de la condamnalien des Tempfiera, p. 8.

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252 mSTOlRE D£ LÀ PAPAUTÉ, LIV. IV.

mentV. Bien d'autres la partageaient avec lui (1). Mais sa répugnance à soumettre ces inculpations à une enquête juridique avait un autre motif. Peut-être ce pontife, qui avait appris à connaître Phili[)pe le Bel, soupçonnait-il déjà que, dans une téle comme celle de ce prince, le dessein de poursuivre les Templiers, d'arriver à les trouver coupables, pouvait fort bien cacher un autre but que celui de servir la cause de la religion et de la morale, le but de s'eiiijiarer de leurs riches domaines. L'état déplorable de ses finances, les accusations qui pesèrent sur lui plus tard, induisent à croire que ce soupçon était fondé.

Hais, Philippe le Bel n'était pas homme à se dëconrager par les résistances qu'il renconU .ut. Prévoyant bien que le pape voulait temporiser, et que de simples sollicitations le détermineraient difficilement à commencer une enquête sérieuse, il imagina un moyen de l'y contraindre. Ce moyen était de prendi e lui-même l'initiative, de faire un grand éclat en arrêtant de sa propre autorité, et sous le prétexte du bien public, tous les Templiers de son royniinie. Ce coup d'Llal {'ut concerté avec un secret et exéculé avec une précision remarquable. Le 15 octobre 1307, sur un mandement cacheté que les officiers royaux devaient ouvrir par toute la France le même jour et à la même beure, tous les Templiers, sans en excepter le grand maître, lurent arrêtés, enfermés en divers châteaux sous bonne garde, et leurs biens placés sous le séquestre (2). A l'instant, Philippe le Bel se saisit de la maison du Temple à Paris, y transporta le trésor

(1) U roi d'Angleterre Edward, écrÎTant au roi de France, Ini disait : ff Et quia tam abominabilibus et execrabilibns dictis, baetenas inaudids

* nobia et prœfiitis pnelatis, eomitiboa et baronibos, ab inilio fides làcUis adhibenda minime videbatur.» (Bjmeri Acta et Fœdera, 1. 1, pars IV, p. M.)

(2) Baline, 1. 1, p. 100.-* Continuai. Nangiac., d'Achery, t. UI, p. 61,

PROCÈS DES TE&lPLlËfiS. 253

royal, les archives du royaume, et y prit son logement (1).

A la nouvelle de cet attentat commis sur la juridiction ecclésiastique, la cour de Poitiers s'émut, le pape écrivit au roi pour lui en exprimer sa surprise et son indignation. 11 lui reprocha d'oublier les traditions de ses ancêtres, dont Tobéissance au Saint-âiége apostolique avait toujours été si exemplaire, d'outre-passer les bornes de son pouvoir en se déclarant l'arbitre des sujets immédiats de l'Église, et en portant la main sur leurs biens; et, pour montrer qu'il n'était pas dans ses intentions de s'en tenir seulement aux reproches, il suspendit les pouvoirs des archevêques, éveques, prélats et inquisiteurs de France, évoqua toute Taffaire des Templiers en cour de Rome, et envoya sur-le-champ, à Paris, Bérenger de Frédol, cardi* nal de SS. Nérée et Achillée, et Etienne de Suisy, cardinal de Saint-Cyriaque, avec mission expi esse de réclamer les biens ainsi que les personnes des Templiers, et de rétablir toutes choses dans Tordre légal (2). Le fait du roi avait tellement indisposé Clément V, que, plus de huit mois après Tarrestation des Templiers, lorsque Philippe le Bel vint pour la seconde fois à Poitiers, ce pontife s'en était encore plaint vivement à Guillaume Plasian, dans une audience où ce ministre lui exposait les raisons de cette mesure, et lui avait dit qu'aucune raison n'excusait l'illégalité qu'on s'était permise en cojnmençant une affaire si grave sans le consentement du Saint-Siège apostolique (5) .

Le roi s'attendait bien que le mécontentement du pape s'exhalerait en plaintes; mais ce coup d'autorité l' étonna,

(1) Dupuy, Hist. de la condamnaUon des Templiers, p. 8. — Voir l'ordonnance de Philippe le Bel, p. 218 des Pièces justificatives.

(2) Dupuy. p. 9 et 10.

(3) Baliizfî, l. I, p. 29.

S54 UiSXÛlRE Dfi U FÂPADTÉ, UY. IV.

ci, quoiqu^il s'efforçât de répondre sur le ton fier aax bulles de ClémeiiL V, en l'accusant d'une indifférence coupable, ses paroles hautaines déguisaient mal son emba^ ras (4). Il fléchit, remit aux mains des cardinaux com*

missaires les personnes et les biens des Templiers, et, pour justifier aux yeux du souverain pontife Topportanité de son coup d'État, il fit conduire à Poitiers soixantedouze chevaliers déjà interrogés à Paris, afin qu'il les examinât lui-même (2). Dans le fond, la soumission du roi ne coûtait qu'à son amour-propre, son but réel était atteint : il avait obtenu, 'pour l'exécution de son projet, la coopération du pape. Les choses allaient prendre désormais une tout autre face.

Jusque-là, Clément V ou avait cru à l'innocence des Templiers, nu avait douté de l'énormité des charges qu'on leur imputait. Mais, quand il eut entendu lui-même, en plein consistoire, le procès-verbal renfermant les dépositions de ces soixante-douze chevaliers, qui s'étaient accusés sans y avoir été forcés par aucune contrainte; quand il eut entendu, de ses propres oreilles, un membre de l'ordre, homme de grande autorité et générosité (3), lui faire ingénument l'aveu d'excès abominables (4), il fut frappé d'horreur, et ne vit plus, dans les Templiers, qu'une plaie affreuse dont l'Église était affligée, et qu'il fallait se hâter d'extirper. Sur-le-champ, il expédia des lettres pressantes dans lesquelles, non-seulement il levait la suspense portée contre les évêques de France, mais leur ordoimaii encore de procéder avec diligence contre

(1) Dupuy, p. 10, 11 et 12.

(2) Id., Lcllrc de Philippe le Bel, p. 225. — Bulle : Reguans in

cœlis.

(3) Mngnaî generosilatis ai aucloriLaLis vininj.

(4) LeUre de Clément V à Edward, r»>i d'Aiigielern^. (Dupuy, p. 221 }

PROCÈS DES TSIAPLIËRS. ^

les chevaliers qui se IroiiveraieiiL dans leurs diocèses(l). Alors commença cette enquête fameuse, qui changea l'Europe en un vaste tribunal d'instruction.

Cette enquête dura quatre ans consécutifs. Elle révéla des choses incroyables. On éprouve, en effet, de Thcsitation à croire que les membres d'un corps religieux, iusli* tué pour défendre la religion, et qui Tayaient jusque-là défendue avec une héroïque intrépidité, se soient portés, non pas isolément, mais par une coutume généralement consacrée, à Thorrible impiété de renier Jésus4!2hrist, de cracher sur le signe auguste de la rédemption, de le fouler aux pieds, de rendre un culte à des idoles obscènes, de se livrer aux plus honteuses sodomies, et que c'était par la pratique de telles infamies que ces membres étaient agrégés à l'ordre (2). Cependant, quand on relit tes pièces authentiques qui nous restent de ce grand procès, quand on entend encore les nombreux témoins qui, en divers lieux, à diverses époques, ont afBrmé ces impiétés, force est bien d'y ajouter foi. Car ce ne sont pas seulement quelques membres obscurs de l'ordre qui confessent son ignominié, ce sont ses premiers dignitaires, le grand maître luirméme, qui, à Paris d'abord, en présence des inquisiteurs et des officiers du roi, puis à Chinon, devant les cardinaux commissaires, avouent les turpitudes dont on

(1) Voir, dans Dupuy, plusieurs bulles de commissions adressées aux évêqiies, et surtout l;i huile : Subit assidue, p. 268.

(2) Ces accusiilioas sout en partie indiquées dans la bulle : Regnans in cœlis et dans celle : Facicns miscrlcordiam , qu'on lit en lête du procès des Templiers; mais elles sont bien plus détaillées dans la pièce, conipo- 8ée de deux ceni YÎngMrots articles, envoyée par le pape à tous les arche- Tcques, évéques et commissaires apostoliques. (Dupuy, p. 262.) On peut Toir, sur l'idole nommée Bafltometus, les recherches historiques de NIcolaî (sixième accusation) et Topuscule de H. Mignard. (Voir aux Pièces justifi* cativcs, n*^ ii,)

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m HISTOIRE DE LÂ PAPAUTÉ, UV. IV.

les accuse (1). Et, de plus, ce n'est pas seulement en

France que se rencontrent de pareils témoins; les l)iilles du pape, adressées aux princes et prélats de la chrétienté, ont étendu les investigations juridiques sur presque toute la surface du monde. En Angleterre, en Irlande, en Espagne, en Toscane, en Lonibaidie, on Allemagne, les Templiers sont saisis et interrogés, et, dans la plupart des lieux, un certain nombre de chevaliers corroborent, par leurs aveux, les dépositions des chevaliers français. La justice pourtant oblige de dire qu'en Allemagne, en Espagne, et dans une partie de T Italie, les enquêtes se montrèrent favorables à Tordre (2) .

Il est vrai aussi que bien des aveux ont été anacliés par les tourments de la question, et que plusieurs Tem-

(1) M. Michclet, dans la GollectioD de documents inédits sur Thisloire de France, imprimée par ordre du roi (première série, Histoire politique), a publié le procès des Templiers, dont Bupuy ne nous avait donné (ftte quelques extraits. C'est le manuscrit de la Bibliotbéqoe royale. Cette pièce renferme llnterrogaloire que le |[rand maitre et deux cent trente et un ebcvaliers ou frères servants subirent â Paris pa^devantles commissaires pontificaux. L'éditeur y avoue que cet interrogatoire fut conduit lentement et avec beaucoup de ménagement et de douceur. Il reste deux manuscrits aulhentiques du grand interrogatoire. L'un, copié sur vélin, fut envoyé an pape, et il est enfermé sous la triple clef du Vatican ; fautre, sur simple papier, fut déposé au trésor de Notre-Bame de Paris. U porte à la dernière page les mots suivants : « Pour surcroît de précautions, nous avons déposé ladite procédure, rédigée par Tun des notaires en acte authentique, dans le trésor de Notre-Dame de Paris. » (Préface.)

(2) On peut voir les différents procès faits aux Templiers dans les pays autres que la France. Us sont imprimés dans le recueil de Dupuy, aux Pièces justificatives. Eu général, il règne beaucoup de confusion dans les diverses dépositions des chevaliers. Les uns nient tout, les autres affirment tout; celui-ci avoue un point, celui-là un autre; peu s'accordent à dire les mêmes cho^e^. Nicoiaî, dans son savant Ëssai sur les accusations intentées aux Templiers, cherche à expliquer ces contradictions en remarquant qu'il y avait dans Tordre plusieurs réceptions, et que tous les frères n'étaient pas initiés aux mêmes secrets. Ceci conste des dépositions de frère Sta*

PROCÈS m xmum, m

pliers en firent plus tard des rétractations. Sans doute»

les lortures de la question étaient un moyen aussi équivoque que barbare de connaître la vérité, et il faut applaudir à notre civilisation de les avoir bannies des procédures criminelles. Mais, si Ton ne peut affirmer que tous les aveux arrachés par les louririents soient vrais, on ne peut conclure qu'ils soient tous faux. Donc, dans le procès des Templiers, le grand nombre d'aveux obtenus, quoique par ce moyen, seront toujours une preuve trèsforte de la culpabilité de Tordre. Quant aux rétractations alléguées, en leur attribuant la plus grande valeur qu elles puissent avoir, elles prouveraient simplement Tinnocence personnelle des chevaliers qui les firent, tandis que la persistance des autres à maintenir leurs premières dépositions charge le corps entier. D'ailleurs, toutes les dépositions n'ont point été arrachées par la torture. Les soixante-douze chevaliers qui s'accusèrent à Cliinon, en présence des cardinaux, le llrent après la simple formalité du serment, avec toute liberté et spontanéité, sans aucune coaction ni menace de coaction (1). Nous avons encore les deux cent trente et un chevaliers français interrogés à Paris, depuis Tannée 1309 jusqu'à Tannée 1511, par les commissaires pontificaux, et qui n'eurent point à souffrir de violence. U suffit de parcourir les nombreux procès-verbaux de leurs interrogatoires pour se con-

pelbrugge, qui dit formellement : Quod duœ sunt prvfcsswim in ordhw Templi, la Ikita it bona, 2a contra [idem (Diipuy, p. 592); de frore Thomas deTocci de Tlioroldeby (p. 396 1, et de frère Jean de Stok (p. 399), et du rapport de Vinquisileur Guillaume de Paris, qui dit : Mais ce ne «ovent pas tous U frères, fors H grand maistre v li ancien (p. 202).

(1) Prestilo jurainento... libère ac sponte, absque coactione qualibet et terrorc, c oi im ipsis tribus car Jinalibus... deposueruQt, (BuUe : Ad om- - aiuiQ fere uoLiliam, Dupuy, p. 278./

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vaincre qu'ils furent traités avec beaucoup de ménage»

ment et de douceur. On n'employa pas davantage les menaces et les tourments contre les chevaliers anglais, écossais» irlandais» dont les procès furent instruits en Angleterre. Or, tant de témoignages libres ne confîrment-ils pas sufiisammeiU la vérité des témoignages obtenus par la question (\) ? (Pièee$ juiUfieatim^ n** 14 •)

Les procès-verbaux des interrogatoires faits dans les diverses provinces de la chrétienté furent apportés au concile de Vienne. Clément Y Tavait recommandé aux prélats, afin que la justice, éclairée par tant de lumières, ne fût point exposée à s'égarer. Tous ces actes furent examinés, confrontés et soumis à une critique d'autant plus rigoureuse, que le jugement qui en devait résulter importait davantage (2).

Quand on eu fut là, toutefois, l'assemblée se partagea en deux opinions. Les uns soutenaient qu'il était de l'équité d'accorder aux Templiers la faculté de produire, devant le concile, leurs moyens de défense ; qu'un membre aussi illustre ne devait pas être retranché du corps de rÉglise, sans qu'on eût suivi à son égard les règles sa* crées de la justice. Les autres répliquaient qu'il fallait abolir promptement un ordre dont plus de deux mille témoins avaient constaté la corruption; que la légitimilé d'une pareille nicMire était suffisamment justifiée par r évidence des preuves (3), On procéda à l'appel nominal, et Ton découvrit que la grande majorité des pères tenait pour le premier parti. Une chronique digne de foi nous apprend qu un évéque italien, les archevêques de Ueims, de Seps et de Rouen, se déclarèrent seuls

{i) Nicolaï, p. 36 et Buiv.

(â) BuUe : Regnans in cœlis.

(S) ftayuald, ono. 1511, n" 55, ex ms. vatic.

PROCÈS DES TEMPLIERS. 86i

pour lo second, qui ëtaiL celui du pape et des cardinaux (i). '

Le premier parti était incontestablement le plus juste et le plus légal ; mais de graves inconvénients s opposaient à ce qu'on T adoptât : d abord, la difficulté d'obtenir des défenseurs légaux, puisque déjà les chevaliers, en présence des commissaires pontificaux, avaient déclaré nettement que, étant prisonniers, ils ne pouvaient m ne Toulaient constituer de mandataires (â) ; ensuite la diflGh eulté plus grande encore de citer l'ordre tout entier au concile, attendu que, dans plusieurs provinces, il avait été absous des accusations portées contre lui. D'ailleurs (et j'inclinerais à croire que c'était là le motif principal), cette cil ition n auraiL point été sans danger pour l'indép^dance de rassemblée. Déjà, en ^510, à Mayence, dans un concile assemblé par Tarchevéque Âychpalter, sur les injonctions du pape, pour y examiner les accusations intentées à Tordre, une scène scandaleuse et violente avait eu lieu. Vingt Templiers s'étaient tout à coup précipités en armes dans la salle des délibérations ; l'archevêque président n'était parvenu à les calmer qu'en leur promettant de porter leur protestation aux pieds de Sa Sainteté, puis il s'était déterminé à les absoudre (5). Un incident arrivé au concile de Vienne ferait présumer que la répétition d'une semblable violence n'était point un danger imaginaire. Le roi de France n'avait pas encore

(i) Balaie, 1. 1, p. 43. — Walsingham, in Edvardo.

(S) Quod <iuia capvt babebant, hoc sine Hcentia focare non poterant, nec debebant, dicentes quod procoratorea ad hoc coastitaero non intendebaot, nec volebant; offerentes ae paratoa coram dicliacoromissariis comparere, et quod pefsoaaliler possint eaie in coDcilio generali. (Processus Templarioram.)

(3) Dupuy, p. 3o6.

M HlSTOiBË D£ LA PAPAUTÉ, U\\ IV.

paru à Vienne ; sept chevaliers, dans une sëanee, et deux dans une autre, se présentèrent aux pères du concile, en Tabsence du pape, offrant de prendre la défense de Tordre ; ils assuraient que quinze cents à deux mille chevaliers, qui demeuraienl à Lyon ou dans les environs, se joignaient à eux pour cette dciense. Les intentions de ces chevaliers pouvaient être fort droites^ mais leur déclara*» tion avait un caractère plus belliqueux que pacitlque. Le pape s'en alarma. T.es neuf cljevaliers furent arrêtes par ses ordres, retenus en prison» et il se hâta d'écrire au roi pour l'informer de cet événement, le pria de veiller à la garde de sa personne, Taverlissant qu'il avait cru lui-même devoir employer des précautions spéciales pour sa sûreté (I). (Pièces jttUifkaiivei, v!* 12.)

Malgré ces inconvénients réels, la majorité des pères recula toujours devauL la responsabilité de porter une sentence définitive de condamnation sur un ordre dont on n'avait pas entendu la défense* U fallait prendre un parti pourtant. A la fin, et après des conférences qui durèrent tout rimer (2), un prélat distingué par sa piété et par sa science (on croit que ce fut Guillaume Duranti» évêque de Monde] proposa un moyen terme qui fut adopté. Ce moyen consistait à prier le pape de se charger luimême de prononcer, en vertu de la plénitude de son pouvoir apostolique, la sentence en question (5).

Conséquemment, le 22 mars 1312, Clém^t V, ayant

(1) Lettre de Clément V au roi de France.

(2) Post convenlus multos variosquc traclatiis, militai delibcrationes habitie fuerunt in prjemissis. (Conlinunl. Nangiac, d'Achery, t. Ill.j — Clemens papa cum suis cardiualibus et praclalis per tolam hyemem sequenlcm continue in pluribus Iractatibus diversis perinansit. (Baluzc, 1. 1, p. 107.)

(S) EcclesiiB Dei mirabilitcr expedirct quod Dominus noster, sîve de rigore juris, sive de plenitudine potcstatis, istum ordinem ex officie suo omnino toUeret. (Raynald, ex ms. valic. : Jam laudato.)

PBOCÈS ÛBS TfiAlPLIEBS. M

assemble un ffrand nombre de prélats en consistoire secret, abolit l'oidie de sa seule autopité. Puis, le 5 avril suivant, au milieu d'un consistoire public auquel assistaient Philippe le Bel, ses trois fils, le prince Charles de Valois, son frère, environnés d*un cortège imposant de barons, et en présence d'une foule immense que la curiosité avait rassemblée» il publia la bulle d'abolition (1). Soigneux de ne point violer les formes juridiques, Clément Y déclarait dans cette bulle qu'avec l'approbation du saint concile il supprimait Tordre du Temple, par voie de provision; c est-è-dire, par précaution, par voie de règle* ment apostolique, et non par voie de combiiiHiation, de justice, de sentence définitive, attendu que le procès n'a- • vait point été fait à Tordre selon les règles du droit. Mais il ajoutait que cette suppression était irréfragable, et que personne, à l'avenir, ne devait être assez osé pour embrasser cet ordre, en porter l'habit, et se qualiiier du nom de Templier (2).

Ce décret amenait deux questions importantes : quel usage allait-on faire des biens des Templiers? que devaiton décider relativement à leurs personnes? Sur Tusage auquel on allait destiner les immenses possessions de l'ordre déchu, les bistoriens rapportent qu'une discussion longue et animée s'engagea dans le concile. Quelques prélats voulaient que ce riche héritage servît à doter un nouvel ordre religieux dont le but, comme celui de l'ancien, serait de faire la guerre aux infidèles. La majorité

(1) Baluze, 1. 1, p. 59, 75 el 107. — Continu. Nangiac, d'Achery, l. III.

(2) Ejus ordinis statum, h.tl ituin atqiie nornen, non sine cordb amari- 'tudine et dolore, sacro approbanle concilio, non per modum doflnitivjç sententiae, cum eam super secundum inquisilîones et processus su|)er his habitos, non possumus ferre de jure; sed per viam provisionis, seu ordinationis aposlolicae, irrefraiabili et perpetuo valitura, sustulimus sauclione. (BuUe : Ad providam Chrii>li, Dupuy^ p. 422.)

M UlSTOiBË m LÀ PAPAUTÉ, LiV. IV.

des pères, à la tête desquels se trouvait Clément V luimême, combattirent cet avis. Les raisons qu'ils lui opposaient étaient fortes. L'expérience, disaientrïls» avait assez prouvé que Texistence simultanée de deux ordres religieux militaires différents faisait naître de dangereuses rivalités ; que la cause sainte n'avait que trop souffert de celles qui animaient les Hospitaliers et les Templiers. Combien de fois de misérables points d'honneur n'avaient-ils pas fait cou* 1er un saiig qui n'aurait dû être versé que pour la défense de la religion ! Combien de fois les expéditions les mieux concertées n'avaient^Ues pas échoué, parce que les hommes qui en étaient l'âme différaient entre eux d esprit et de volonté! Et n'était-ce pas une pareille discorde qui avait entraîné la ruine de Ptoléipaïs? Déjà, le pape Nicolas lY, pour en finir avec les querelles qu'enfantaient ces fatales rivalités, avait eu la pensée de fondre ensemble les Hospitaliers et les Templiers, et de n'en iàire qu'un seul corps. Pourquoi maintenir les inconvénients de la division, lorsqu'une circonstance favorable s'oiïrait de ramener les choses à l'unité? Et ils proposaient de transporter aux Hospitaliers eux-mêmes les biens en ques> tion. Cet ordre n'avait rien perdu de sa ferveur première ; on savait que tout récemment ses chevaliers venaient de se couvrir de gloire en faisant la conquête de l'île de Rhodes (1), qui assurait aux chrétiens Tempire dés mers du Levant, et devait servir de point d'appui aux expéditions futures. On avait donc tout lieu de croire que ces biens ne seraient point emplojés dans un but étranger à leur destination (2).

Cet avis, le plus sage sans contredit, fut adopté, et le

(1) Celte ile avait été prise le août ISIO*

(2) Raynald, auii. m% n**5.

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pape, dans sa bulle même d'abolition, investit, à perpétuité Tordre de i Hôpital de toutes les possessions des Templiers, avec tous leurs privilèges, immunités, indulgences et libertés (1). On excepta toutefois de cette donation les biens qui se trouvaient dans les royaumes de Castille, d'Aragon, de Portugal, de Majorque et de Minorque. Gomme la situation de ces provinces les obligeait à repousser fréquemment les attaques des Maures d'Afrique, Clément par une bulle spéciale, adjugea ces biens aux chefs respectifs de ces États, pour leur servir de dédommagement et de subside (2). Plus tard, sous le pontiûcat de Jean XXII, et malgré les raisons qui avaient porté Clément V à ne point mstituer une nouvelle congrégation militaire, deux nouveaux ordres, celui de Notre-Dame de Montesa, en Aragon, et celui du Christ, en Portugal, s'élevèrent sur les ruines des Templiers; ils héritèrent des biens de leurs prédécesseurs, et Jean XXli leur accorda son approbation (3).

Quant aux personnes des Templiers, les dîspositions du concile furent mêlées de douceur et de sévérité. Le pape se réserva la décision qui concernait les personnages les plus éminents de Tordre; le sort des autres fut laissé à l'autorité et à la sagesse des conciles provinciaux. Et, à cet égard, les pères tracèrent quelques règles pour prévenir l'arbitraire. La clémence Ait recommandée en faveur des chevaliers qui, après Taveu de leurs crimes, en manifesteraient le repentir ; on devait les distribuer dans les

(I) Bulle : Ad providam Christi.

^) Cette exemption, déjà exprimée dans la bulle : Âd providam Ghristi, le pape la renouvelle dans une constitution spéciale datée de Liveron, au diocèse de Valence. (Raynald, ann. 1512, n* 6.)

(S) Histoire critique des Templim, t. II , 1. XV, p. 525 et Gon* xalo de lUescas, Hiat. pontif., parle, p. 19.

monastères où on leur accorderait, sur les biens de Tordie déchu, une honorable subvention destinée à soutenir et à

consoler leur existence désormais brisée el flétrie. Mais, pour ceux qui n'opposeraient aux charitables exhortations qu'une impénitence obstinée, ou que la rechute plongerait de nouveau dans le désordre, on statua que les peines des deux droits leur seraient rigoureusement appliquées (1). Ici nous ne ferons point au concile de Vienne r inepte reproche d'avoir autorisé Térection des échafauds pour châtier des crimes contre la foi. C'était la législation du temps. Il ne pouvait que s'y conformer. D'ailleurs, on n'avait pas attendu la décision de cette assemblée pour sévir contre les Templiers; le pouvoir séculier avait déjà pris l'initiative* C'est à Tannée 1540 et à l'année 1511 que Ton doit rapporter les grandes exécutions, et surtout celle des cinquante-neuf chevaliers brûlés à Paris, en dehors de la porte SainL-Auloine, exécution qui frappa le peuple d'élonnement et de consternation (2). Or, soit que ces terribles exemples eussent amené un grand nombre de prisonniers à rétracter leurs erreurs, soit plutôt que la douceur qui présidait aux conseils des évéques se communiquât aux tribunaux civils, les exécutions, après le concile de Vienne, furent moins nombreuses et moins éclatantes. Parmi celles qui eurent lieu à cette époque, l'exécution du grand maître Jacques Molay, et de Guy, dau* phin d'Auvergne, fut sans contredit la plus malheureuse; mais l'Église n'y eut aucune part.

Comme nous Tavons dit, le pape s'était réservé k luimême do décider du sort de ces illustres prisonniers, ainsi que de celui des principaux de l'ordre. Ces derniers

{i) Circa impœnitcntes vero et rclapsos... jastiUa et censura ecdenastica obscrvetur. (Baîuze, 1. 1, p. 76. Voir aussi la p. 408.) (2) Baluze, 1. 1, p. 72 et m.— Bupuy, p. 45.

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étaient Hugues Peyraud, visiteur de France, et Geoffroy

de Gonneville, visiteur d'Aquitaine. En effet, dans le but de statuer sur ce qui les concernait, les cardinaux Pierre de la Chapelle Taillefer, Landolphe Brancaccio, et Pietro Colonna, assistés de Farchevéque de Sens, Philippe de Marigny, et de quelques autres prélats, s*élaient rendus à Paris. Les quatre grands dignitaires parurent d'abord devant ces représentants du Saint-Siège apostolique, et y reconnurent de nouveau comme vrai tout ce qu'ils avaient déclaré dans leurs précédents interrogatoires (1). Mais, lorsqu'il s'agit de leur notifier la sentence qui les condamnait à une prison perpétuelle, alors, au grand étonnement des juges et des spectateurs (2) de cette lugubre scène, le grand maître, et le visiteur de Normandie, Guy, dauphin d'Auvergne, se levèrent et prononcèrent, à haute voix, une rétractation complète de tous les aveux qu'ils avaient faits. Sur-le-champ, sans passer outre, les cardinaux commissaires remirent les prisonniers entre les mains du prévôt de Paris, et renvoyèrent au lendemain la décision de cette étrange affaire (5). Mais, pendant que les juges délibéraient, le roi, qui venait d'apprendre ce qui s'était passé, sans s'inquiéter du pape ni de ses représentants, ordonna le supplice des deux Templiers. En vertu d'un arrêt émané delà cour, les deux victimes furent traînées et livrées aux flammes dans une petite île de la Seine située entre le jardin du roi et l'église des Âugustins, et

(1) Gttm |)r«cli€li quatuor nullo exceplo crimina sibi imposila palam et publiée conliessi fuissent, et In higus confessione persistèrent. (Continuai. Nangiae., t. tll Spicilef^i.)

(2) Ex imperalo... non absqne multoram admiratîone. (Id.)

(S) In manu prœpositi parisiensis ad eustodiendum duntaxat traduntur, quousque die aequenti deliberatiOnem super iis haberent pleniorem.

(Id.)

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qui est aujourd'hui le terre-plein du Pont-Neuf. Les assistants les entendirent, avec stupeur, prolester jusqu'au dernier soupir et de leur innocence et de celle de Tordre entier (1). (Pièces jmtifimikes, n*43.)

Les Templiers avaient duré cent quatre-vingt-quatorze ans. Jamais TÉglise n avait vu dans son sein un ordre plus riche, plus noble, plus puissant* Sa chute a ret^U et retentira encore longtemps dans Thistoire. L'illustration des membres qui le composaient, leur gloire, leurs souffrances, leur catastrophe, nous intéressent même, bien que le temps ait mis cinq siècles entre eux et nous, et que le souvenir des chevaliers ne se rattache à aucun monument de leur grandeur passée. Leur infortune seule en est la cause. Tel est le pouvoir du malheur, qu'il commande la sympathie, lors même qu'il est mérité. Aussi les Templiers ont-ils trouvé de nombreux défenseurs. La pitié porte avec elle je ne sais quelle gloire dont on est jaloux. Sans doute, ce serait une œuvre digne d'éloge que celle qui laverait l'humanité d'une tache honteuse, en montrant que les accusations intentées aux Templiers ne lurent que des calomnies. Mais il faut se défier de ces justifications tardives où le principal triomphe qu'on semble ambitionner est de pouvoir accuser un p.ipc. De telles justiûcations ne sont ni assez modérées, ni assez désintéressées, pour ne mettre que la vérité en lumière. On y déclame beaucoup, on y raisonne peu ; on y incidente vivement sur des faits accessoires, sur ce que les passions de l'homme ont pu jeter de misères dans ce long et triste procès ; mais on n'y traite que faiblement le point essentiel ; savoir : Les Templiers étaient-ils innocents? Or, tant que la logique humaine n'aura pas résolu ce point, les

(4) Cûiuiuuat. Nangiac, t. III Spicilegii.— Baluze, t. L p. 79 et 110.

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