‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 30 sur 44 · RÈGLEMENTS DU CONCILE · texte numérisé non relu

RÈGLEMENTS DU CONCILE

Templiers resteront flétris et déchus, et la sentence qui les abolit pèsera sur leur mémoire de tout le poids de T autorité irréfragable de TÉglise.

Un grand acte de réforme était accompli par la suppression de Tordre du Temple, Clément V et le concile travaillèrent à coûipléter leur œuvre en portant leur attention sur d'autres points envahis par les abus. Guillaume Durant! les avait signalés dans son excellent mémoire. Il fut immtdiatement question des exemptions. Depuis longtemps les prélats réclamaient contre leurs inconvénients, et le fait des Templiers était de nature à compléter leur déconsidération. Il était évident, disait l'archevêque de Bonr|^es,que les Templiers ne se seraient point livrés à Timpiété et à la corruption s'ils eussent été sous la surveillance immédiate des évé* ques (1 ) . Les défenseurs du privilège avaient peu de choses h répondre à une objection aussi puissante. On crut un instant que le terme des exemptions était arrivé, car elles avaient dans l'assemblée une forte majorité contre elles. Toutefois, quand la discussion eut fait jaillir la lumière, le concile se décida pour un moyen terme, celui d'interdire aux prélats certaines vexations qui provoquaient de justes plaintes, et aux exempts Texercice de certaines fonctions qui semblaient exclusivement dévolues au ministère séculier (2). Le concile dut se montrer plus expii* cite à l'égard des abus qui déshonoraient le corp^ ecclésiastique. Il s'en faut pourtant que ses décrets embrassent tous les articles énumérés par GuilJaume Duranti, car ceux que nous lisons dans les actes renferment simplement pour les clercs la défense de vaquer à des commerces peu convenables, et de porter des vêtements indéfi) Rayoald, ann. 1312, 24.

(2) Voir aux Clémentines, 1. V. les lit. VI et VII, de Eicessibus praelatomm et de Ëxcessihus privilégia torum.

m mSiOlRE DE LA PAPAUTÉ, LIV. IV.

cents (1). Mais on sait que piusiairs des actes du concile

de Vienne ne sont point arrivés jusqu'à nous (2).

Parmi les règlements de cette célèbre assemblée, nous devons en remarquer deux : celui qui concerne les faôpi* taux, et qui remet la direction de ces établissements entre les mains tle personnes sages, intelligentes, sensibles aux misères des pauvres, capables d'en être les tuteurs (5) ; et celui qui prescrit d'administrer les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie aux criminels condamnés à mort, contre l'usage cruel des juges laïques, qui, par haine du mme, refusaient à ces malheureux une consolation que la justice divine ne leur interdisait point (4). Ainsi, quand l'humanité manquait à la législation de nos pères, Tauto* rité de rËglîse était là pour Ty rappeler.

Il y a un décret du concile de Vienne qui doit, à tout jamais, assurer à cette assemblée et à son chef la reconnaissance de la science (il faut le dire, aujourd'hui suflout que de stupides phraséologues accusent l'Église catholique d'entretenir l'ignorance), c'est le décret qui a introduit en Occident l'étude des langues orientales. Ce décret ordonnait que l'hébreu, l'arabe et le chaldéen seraient, à l'avenir, publiquement enscîignés partout où se trouverait la cour romaine, et dans les universités de Paris, d'Oxford, de Salamanque et de Bologne ; que deux professeurs, pour chacune de ces langues, seraient entre-

(1) Clémentines, 1. m, tU. I et II, de Vita et Honestate clericomm.

(2) Il y a une ancienne tradition à Vienne, que pludeurs fragments de roriginaî des actes de ce concile, s*«tant trouvés dans une boutique, y avaient été déchirés par des gens qui ne 8*y connaissaient pas. (Maupertuis, Hist. de TÉglise de Vienne, p. 215.)

(3) Eorum gubernatio viris providis, idoueis, et boni testimonii commit* tatur, qui sciant, velint et valeant loea ipsa et eorum bona ulîliter gerere. (Clémentines, 1. III, t. XI, de relîgiosis Domibus.)

(4) Id., I. V, t. IX, de Poniitentiis et Bemissiontbns.

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tenus à Paris par le roi de France, et ailleurs par le pape et les prélats (1).

Pendant que Tattention de la cour romaine était absorbée par les travaux du concile de Vienne, il se passait, de l'autre côté des Alpes, des faits importants pour la Papauté. Henri de Luxembourg parcourait rilalie, et bouleversait les constitutions de ses petits États, en s'eiTorçant d'y rétablir rautorité impériale. On se rappelle que Clément Y, en approuvant, en 1509, Télection du nouveau roi des Romains, avait exigé qu'il ne retardât pas au delà de deux ans son couronnement à Rome. Ileuri s'était montré docile à la volonté du souverain pontife. Depuis plus de soixante ans, Tltalie n'avait vu d'empereur; la grande querelle du Sacerdoce et de l'Empire paraissait oubliée; le pape fondait les plus belles espérances sur une expédition où les bannières de TËmpire se montreraient unies à celles de TÉglise, et Louis de Savoie n^avait été investi du sénatoriat que pour préparer les voies à cette expédition (2). Du fond de sa solitude de Malaucène, Clément V prescrivit tous les honneurs qui devaient être rendus à l'empereur à son entrée dans la cité des apôtres, et jusqu'au moindre rite à observer dans son conronnemeut. Gomme à cette époque les affaires de l'Église ne pouvaient lui permettre d'accomplir personnellement cette cérémonie, il désigna cinq cardinaux pour le remplacer, savoir : Nicolas de Prato, Arnaud de Pélagrue, Léonard de Gardn, Francesco Gaetani et Luca di Fieschi (5) .

La nouvelle d'un voyage de l'empereur à Rome émut vivement les esprits dans toutes les villes où dominaient les factions guelfe et gibeline. Aussi, lorsque Henri, vers

(1) Clémentines, 1. V, 1. 1, de Magistris.

(2) Joannes de Cermenate, ap. Murât., rer. ital. Sciipi., t. IX, p. i£62.

(3) Raynald, ann. i^U, vf^ Q, 7 et seq.

ITO mSTOIBE DE LA PAPÂUTi, LIV. IV.

la fin de 1310, se mit en marche pour exécuter les vo> lontës du pape, trouva4-il, à Lausanne, ieé députés de presque tous les États de l'Italie (1). Il n'y eut que les principaux États guelfes, savoir : Florence, Sienne, Lucques, Bologne et Naples, qui s'abstinrent. Peut-être ces États regardaient*ils comme une marque de faiblesse de prévenir le chef de l'Empire. Fiers de leur union cl de leur force, ils voulaient en montrer l'orgueil ; croyant ne rien avoir à craindre, ils dédaignaient une démarche qui avait Tair d'une soumission. L'empereur rassura tout le monde en annonçant ses intentions pacifiques, et la plus stricte impartialité entre les divers partis. Âu reste. Je noble caractère de Henri de Luxembourg, sa loyauté reconnue, le petit nombre de soldats qui raccompagnaient, étaient une garantie suiTisaute de ses promesses.

De Lausanne, T^pereur se dirigea vers Turin, en passant par le mont Genis, et y arriva au commencement d'oclobie lu 10. 11 trouva dans celle ville des députés romains qui se rendaient auprès du pape pour le prier de venir lui-même accomplir la cérémonie du couronnement. Les instructions de ces députés leur donnaient le pouvoir illimité de faire tout ce qu'ils jugeraient utile au bien public. Us manifestèrent les meilleures dispositions à r égard du prince (2) .

De Turin à Milan, la marche de l'empereur ressembla à un triomphe. Guido délia Terre, seigneur de Milan» avait promis de lui faire traverser la Lombardie, le faucon sur le poing. Cette promesse sembla d'abord se réaliser. Tous les seigneurs cisalpins se mirent en mouvement pour ve- .

0) GioTanni VilUni, 1. IX, c. vit,— Conrad Vicerios, de Benrico Vil,

(2) Nicolaus episc. botrontinennff, Henriei VU Uer iuUcnm , ap. Baluie, t. n, p.imetISMH.

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