‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 35 sur 44 · ÉTAT DE L'EUROPE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE L'EUROPE

Oa a fait à Jean XXII, plus qa'à tout autre de nos pontifes français, le reproche d'avoir dépaysé la Papauté. Comment Jacques d'Osa, dont l'éducation, les habitudes, les amitiés étaient italiennes, qui avait passé une grande partie de sa vie dans la Péninsule, et qui nourrissait les plus vastes projets qu'un pape pùi concevoir - coiiiinent Jacques d'Osa, dis-je, ne dirigea-t-il point ses pas \ers la capitale du monde chrétien, et préféra-t-il Thumble séjour de la roche des Dons aux splendeurs de la ville éternelle? Mais c'est là précisément ce qui prouve qu'une malheureuse nécessité, et non une aveugle fantaisie, commandait à la Papauté cette absence que les Bomains ont tant déplorée. Mieux que personne, le vieillard de Gahors appréciait la véritable situation des choses ; il jugeait que la restauration de la puissance pontiiicale dans son siège naturel n'était point encore opportune, et qu'un autre point d'appui que celui de Rome était nécessaire pour faire mouvoir les ressorts de l'autorité apostolique.

£n effet, jamais les factions qui divisaient l'Italie n'avaient été plus acharnées les unes contre les autres. La ligue guelfe, formée à Florence lors du voyage de Tcnipereur Henri VU, avait survécu à ce prince. Pour s'opposer à ses entreprises, les Gibelins en avaient organisé, à leur tour, en Lombardîe, une autre sous la direction de Matthgeo Viscomti, qui avait remplacé, dans la seigneurie de Hilan, la famille des délia Terre, et s'était établie sur ses ruines. La ligue guelfe, ayant à sa tète le roi de Naples, était de beaucoup la plus puissante, il est vrai ; mais la gibeline rachetait son infériorité numérique par le talent de ses chefs. Matthaeo Viscomti, à Milan ; Cane délia Scala, à Vérone; Passérino Bonacossi, à Mantoue; Frédéric de Montefeltro, à Urhino, et surtout Castruccio Castracani degli Intermmeili, à Lucques, étaient les hommes les plus

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habiles dans la politique et dans la guerre que l ltalie eût vus depuis longlemps. !)éjà la Lombardie était le théâtre des luttes sanglantes des deux partis; les révolulions qui bouleversaient la ville de Gènes allaient bientôt les amener l'un et l'autre au pied de ses remparts, et prêter un nouvel aliment à leur ambition ainsi qu'4 leur fureur.

Le nouveau pontife no devait pas tafder à être compromis dans ces luttes. Le besoin de relever Tautorité papale en Italie» celui de réparer les échecs essuyés par les Guelfes pendant la vacanôe du Saint-Siège, tout le portait à y prendre nno part active. Un de ses premiers soins fut de conliraier au roi de Naples les titres dont Clément Y Tavait revêtu (1), et de dépouiller des ennemis des titres de vicaires impériaux qu*îls tenaient d'Benri VÏI. Par «ne bulle du niuis d'avril 1317, il déclara solennellement que la mort de cet empereur les en avait privés. Le langage du pape, en cette occasion» était décidé. Il disait que les droits de Tempire terrestre aussi bien que ceux de l'empire céleste ayant été remis aux mains du bienheureux jPierre, la juridiction impériale, pendant la Vacance de TEmpire, appartient au pontife romain, qui fexerce par lui-même ou par ses vicaires, et que quiconque, sans l'aveu du Saint-Siège, continuait les fonctions qui lui avaient été confiées par le défunt empereur, offensait la religion et attaquait la majesté divine (2).

L'Empire était vacant, en effet, car deux concurrents s*ea disputaient le trône. Après la mort de Henri de Luxembourg, les électeurs se divisèrent en deux factions, dont l'une voulait pour empereur Frédéric, duc d'Autriche;

(I) Bayaald, ann. 1810, n*».

(9Id.,ano. 1917, ii<*97.

DOUBLE ÉLECTION A LWIBE. Sd5

l'autre, Louis, duc de Bavière. De prime abord, le parti de Frédéric se trouva le plus puissant. Mais Louis, par des largesses habilement distribuées, réussit à en détacher un certain nombre de grands barons qui passèrent dans le sien, et rendirent les forces moins inégales* Dans cet état de choses, les électeurs se rassemblèrent» ceux (pii tenaient pourl^Âutriche, ayant à leur tête Tarchevêque de Cologne, à Saxenhausen; ceux qui tenaient pour la Bavière, ayant pour chef rarchevéque de Mayence, dans un des faubourgs de Francfort, sur l'ancienne place des Élections. Chaque parti dé* clara son candidat empereur. Ces deux cleclions illégales furent suivies de deux couronnements qui, dans les traditions de 1 Empire» ne Tétaient pas moins. Louis de Bavière reçut la couronne à Àix-la-Chapelle des mains de rarchevéque de Mayence, auquel n'appartonail point cet honneur; et Frédéric d'Autriche, bien que couronné par l'archevêque de Cologne, ministre légitime de cette cérémonie, le fut à Bonn, dans un lieu où il ne devait pas Vétre (1).

Mais, quand droits des deux concurrents auraient été moins contestables en principe, ils manquaient, l'un et l'autre, de la condition la plus essentielle à leur existence légale, je veux dire de l'approbation du Saint-Siège. Le chef de l'Église, inconnu alors, n'avait pu évoquer les prétentions des deux rivaux à son tribunal suprême* et décider auquel revenait Théritage d'Henri VU.

Si cette anarchie de l l^iq^irc simplifiait la situation de Jean XXII vis-à-vis de l'Italie, en revanche elle compliquait étrangement ses rapports avec rÂllemagne. Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche, chacun de son côté, en avaient appelé au pape (2), et Jean XXII devait bientôt

(1) Sunivil Burcardi Corpus Eistoriœ germanise, 1. 1, per. a, p. 6T4 et seq.

(2) Id., p. 675 et 677.

fllSTOlRE DE LA PAPAUTE , LIV. IV.

entrer comme arbitre dans ce grave démêlé. Or, quelque

dût être son jugement, on ne pouvait espérer qu'il serait accepté de tous. Trop de passions et d'intérêts étaient en jeu. Un conflit entre le Saint-Siège et la moitié de l'AUe* magne était donc imminent, et il ne tarda pas à éclater. Mais, avant d'aborder cette dernière lutte de la Papauté avec l'Empire, aussi bien que les événements dont l'Italie fut le théâtre, nous devons raconter un ordre de faits qui, par leur nature exclusivement théologique, sembleraient avoir dû leur être étrangers, et qui pourtant, par un enchaînement de circonstances particulières à cette époque, y occupent une large place.

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