‹ Histoire de la papautë pendant le XIV" sic̀cle, avee des notes et des pièces justificatives (volume 2)Chapitre 38 sur 44 · LUTTE DE L'ÉGUSE AVEC L EMPIRE · texte numérisé non relu

LUTTE DE L'ÉGUSE AVEC L EMPIRE

de l* Apocalypse f un pontife perfide et cruel ( 1 ) , qa'nn monarque, mieux intentionné que Louis, eût peut-être été séduit. D'ailleurs, on s'efforçait de lui persuader qu'il était supérieur au pape, bien loin d'en être dépendant, et qu'il pou- ?ait au besoin lui faire sentir sa puissance. Cette doctrine était celle de deux hoiiinies fameux alors, Marsile de Padoue et Jean Jandun. Us se trouvaient parmi les réfugiés franciscains, et, quoique étrangers à leur ordre, ils partageaient leurs erreurs et leur aversion pour Jean XXll. Les chroniques qui parlent de ces deux personnages donnent peu de détails sur leur existence antérieure. On sait seulement qu'ils avaient reçu le bonnet de docteur dans l'Université de Paris, qu ils s'y étaient acquis une grande réputation en qualité de dialecticiens, qu'on citait leur éloquence comme remarquable (2), et tout porte à croire qu'ils méritaient cette double célébrité. Inspirés par la modestie, leurs talents eussent été précieux à l'Ëglise ; dirigés par l'orgueil, ils en devinrent le fléau, et un annaliste du temps les appelle une race de vipères (5). Par quel événement leur retraite en Germanie avait-elle été déterminée? L'histoire ne le note point; mais il est permis de conjecturer que la témérité de leurs upmiuns n'y était pas étrangère.

D'abord, à leur arrivée à la cour, et quoiqu'ils eussent

été présentés par de hauts personnages, Louis les accueillit froidement, et leur dit d'un ton assez brusque : a Par €t Dieu t qui vous a fait abandonner un pays où régnent « la paix et la gloire, pour venir dans une région désoa lée par la guerre, et où habitent la misère et la tribula-

(1) Aventinns, Annales Bolonim, L VU, c. vn.

(2) Albertin Hussat dit do Hanile de Padooe : Phîlosophiœ gninis et orediBertns. (Udoviciu Bavaroa, ad Alium, p. 779.)

Genîmina vipannim., continu. GuUiâ. Nang. qM infra.

352 UISTOifiE m LA PAPAUTÉ, UV. Y.

« tion? — Ce qui nous a forcés à Texil, repartirent les

« docteurs sans se déconcerter, c'est l'erreur que nous c< voyons dans l'Église, Notre conscience ne pouvant plus ce tolérer tant de scandales, nous nous réfugions pré» de a vous, sérénissime empereur, à qui, par votre dignité, il « appartient de corriger les abus et de rétablir le bon « état. » Sans doute que, dès cette première entrevue, la supériorité des deux docteurs leur acquit un irrésistible ascendant sur Tesprit de Louis; car, quelque temps après, ils étaient comblés de ses grâces et admis dans son conseil, où, avec libertin de Casai, ils partageaient la confiance intime du monarque (1).

Marsile de TaJoue était l'auteur irun livre sur la juridiction impériale et pontilicaie, mtitulé le Déjeii$eur de la paix (2). Les maximes les plus extraordinaires sur les rapports du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, étaient enseignées dans ce livre. Le docteur, entre autres choses, disait que Jésus-Christ, en montant au ciel, navait laissé à la tête de son Église aucun chef visible ; que Pierre n'avait pas reçu plus d'autorité que les autres membres du Collège apostolique; que la prééminence qui iui est attribuée avait pour unique motif son âge et la supériorité de sa foi (5) ; qu'au législateur humain, supposé fidèle, appartenait le droit d'inslituer les évéques, d'élire le pape lui-même, déjuger les évêques comme Pilate avait jugé Jésus-Christ, de les déposer (4) ; qu'au législateur humain fidèle appartenait encore le droit de convoquer les conciles

(1) Continuât. Gulliel. de Nang., ad ann. 4S18 et 1836.

(2) nefenior pacis, ad împeratoreni Gœsarêm Ludovicam IV, en trob parties. J*ai entre les mains la première édition de ce livre, faile en152S.

(5) Defensor pacis, pars II, c. xvi.

(4) Id., pars IJ, c. tv, ivn, pi et xxv.

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