AMBASSADE DES ROMAINS
leur fit attendre sa réponse pendant deux mois. Elle fut telle qu'on pouvait le prévoir. Le pape accepta au nom du seigneur Roger, sans préjudice de ses droits comme sou- Terain pontife, la charge de sénateur, qu'il fit exercer par Matteo de Figli d'Orso et Paolo de' Conti ; il accorda la réduction de cinquante ans pour le jubilé séculaire, réduction qu'il consigna solei&ienement dans sa bulle Unigenitus Dei Filius du 23 janvier 4343; mais quant à la question de sou retour à Home, il l'éluda, assurant les ambassadeurs que personne plus que lui ne dési« rait le rétablissement de la Papauté dans son siège naturel; qu'il saisii'.iit avec ardeur le moment favorable de le réaliser, mais que ce moment ne lui paraissait pas venu (>!). Pétrarque mit tout en œuvre, dans ses conversations particulières avec Clément Tl, pour le séduire et détourner ses regards du côté de l'Italie; il n'en obtint jamais que des paroles évasives (2). L'aimable pontife n'était point disposé à quitter le beau pa^fs de France, les vertes campagnes du Gomtat-Venaissin, avec leur ciel riant, la cité tranquille et festoyante d'Avignon, pour aller liahùerdes campagnes mornes, des ruines illustres, à la vérité, mais des ruines, au milieu d'une population turbulente et indocile.
Décidé à imiter ses prédécesseurs, Clément VI poursuivit la construction du palais que Benoît XII avait laissé jnachevé. Il fit bâtir la façade actuelle, la grande chapelle, la salle des audiences et les terrasses supérieures. C'est aussi à lui que Ton doit les belles peintures dont on voit encore des restes dans la salle du consistoire (ô). Il acheva le pont qui unissait autrefois les deux rives du
{{) Aecetsum ejus ad urbem non posse tune, Ûcet velle, ae asserensi ad tempus possibile réservant, (Balme, lU' Yita, p. (2) De Sade, t. II, p. 51.
(S)Baluie, l»ViU,p.a61.
td HISTÛIM D£ LÀ PÂPÂUTt LIV. VU.
Rhône (1). Plus taitl, ét lorsque Avignon eut été aequis à
rÉglise, il commença cette élégante ceinture de remparts dans laquelle la ville est renfermée (2),
Sous le point de vue des faits politiques et des rapports de la Papauté avec ces faits, la position de Clément VI était difficile. Benoît XII en mourant avait laissé les choses dans la confusion ; oar, nous TaVUns dit, ce pape, bien qu animé d'intentions pures» manquait de la science des affaires* De nouvelles difficultés étaient venues s'ajouter aux anciennes: l'Europe offrait sur tous les points des situations critiques. En Espagne, les excès de Pierre le Cruel» roi de Castilie» Tambition de Pierre le Gérânonieux» roi d'Aragon, les entreprises de tous les deux préparaient à la Péninsule des scènes désastreuses. La France et TAngleterre, réum»s un instant par la sagesse dés négociateurs» mais toujours ennemies par la rivalité de leurs chefs, recommençaient les hostilités l'une contre l'autre. En Allemagne, Jean de Bohème était en armes contre Louis de Bavière ; tandis que celui-ci, toujours obstiné dans sa révolte contre TEglise rcMoaine et protecteur d'une poignée de sebismatiques» menaçait une seconde fois l'Italie. Naples, à la vérité, était encore en paix sous T administration de son roi liobert; mais ee monarque, vieilli avant l'âge* était sur le bord de la tombe» et déjà, parmi les siens, s'agitaient les éléments funestes d'une révolution.
Au milieu d'une telle complication, il fallait un pontife
(1) 6alase,U*Vila, p.S7$.
(2) Le pape fit tracer ces fortifications par Jean-Ferdinand d'Hérédia, chAtelain d'Émposte, chevalier de SaintJean, qall fit général tant pour Avignon que pour le Comtat-Venaissin. Ces provisions sont du 28 décembre 154T. Le pape voulut que l'enceinte de la ville fût vaste, et qu'on y renfermât les faubourgs avec le grand hôpital fondé par Bernard d'Assas et par Marie Grossis, son épouse. (Manusc. Fornéiy, 1. V, p. biblio* thèque de Garpentras.)